En clair : l’immobilier d’entreprise, ou commercial real estate dans la terminologie anglo-saxonne, sort du gel. Mais il ne repart pas partout, ni pour tous les actifs.
Une enveloppe de cette taille ne repose pas seulement sur un regain d’optimisme. Pour boucler de grandes opérations immobilières, il faut que vendeurs, acheteurs et prêteurs retrouvent un terrain d’entente sur trois sujets sensibles : la valeur des actifs, le coût du financement et les perspectives de sortie.
C’est pourquoi le plan de Brookfield vaut surtout comme signal de marché. Il suggère que le capital institutionnel recommence à circuler. CoStar a rapporté que la reprise de l’immobilier commercial s’accélérait selon Brookfield, avec une amélioration des volumes de transactions et des valorisations . De son côté, Brookfield indique dans ses perspectives 2026 que l’activité transactionnelle a progressé en 2025 et que cette dynamique devrait se poursuivre en 2026 .
Dit autrement : le point bas semble plus proche derrière que devant. Les propriétaires sont davantage prêts à vendre, les acheteurs ont plus confiance dans les prix, et les prêteurs recommencent à accompagner les dossiers .
Le premier changement vient du financement. Brookfield affirme que des marchés du crédit plus actifs soutiennent la hausse des transactions et que la liquidité retrouvée permet une meilleure formation des prix . Pour l’immobilier, c’est central : quand la dette est rare ou trop chère, même un bon actif peut devenir difficile à refinancer, à vendre ou à recapitaliser.
Le deuxième changement concerne les valorisations. Dans son rapport annuel, le REIT de Brookfield indique que les valeurs immobilières ont été recalibrées et que l’environnement de 2026 devrait devenir de plus en plus constructif pour l’immobilier privé . Les perspectives d’investissement 2026 du groupe vont dans le même sens : l’activité est soutenue par la normalisation des taux, des valeurs d’actifs plus attractives dans des portefeuilles vieillissants et des rationalisations d’entreprises .
Le troisième changement est la prime à la taille. Brookfield anticipe une consolidation du secteur après une phase d’expansion rapide, avec des opportunités qui devraient surtout revenir aux gestionnaires disposant d’échelle et de discipline opérationnelle . Cela aide à comprendre pourquoi un acteur très capitalisé peut se remettre en mouvement avant que l’ensemble du marché ne paraisse franchement solide.
Les commentaires de Brookfield pointent vers une reprise ciblée, pas vers un rebond uniforme. Dans ses perspectives immobilières mondiales, le groupe explique que la réussite dépendra de la sélectivité et de la création de valeur opérationnelle ; il cite comme axes de travail le logement, la logistique, les centres de données et l’hôtellerie .
Son rapport annuel de REIT met aussi en avant les secteurs bénéficiant d’un soutien structurel de long terme et d’un contexte offre-demande favorable. Il cite deux acquisitions de portefeuilles logistiques en 2025 et l’avancement d’un nouvel investissement dans les logements préfabriqués, un sous-segment du logement locatif où Brookfield investit depuis 2017 .
La lecture la plus solide concerne donc les actifs où la demande paraît durable, où le financement est plus clair et où l’opérateur peut réellement améliorer la performance. Le signal est beaucoup plus faible pour les biens encore confrontés à une demande incertaine, à des refinancements difficiles ou à un faible appétit des acheteurs.
Le plan de Brookfield est encourageant, mais il ne signifie pas que toutes les catégories d’actifs ont récupéré. Les propres perspectives du groupe conditionnent l’opportunité au retour de la liquidité, à la formation des prix, à la sélectivité et à l’exécution opérationnelle . Ce sont des conditions, pas des garanties.
Le bureau illustre bien cette nuance. Bisnow a rapporté que des dirigeants de Brookfield voyaient un potentiel de rebond du marché des bureaux grâce à un niveau de construction très bas et à une offre réduite, avec une reprise plus robuste possible si cette offre contrainte rencontrait une demande en amélioration . Le mot clé est « si » : un meilleur équilibre entre offre et demande peut aider, mais cela ne veut pas dire que tous les immeubles de bureaux en profiteront de la même manière.
La même logique vaut pour le reste de l’immobilier commercial. Les capitaux reviennent d’abord vers les actifs les plus lisibles. Les biens plus fragiles ou plus complexes peuvent encore devoir passer par des baisses de prix, des recapitalisations ou des changements d’exploitation avant de se négocier normalement.
La vraie confirmation viendra des transactions effectivement conclues, pas seulement des intentions annoncées. Trois indicateurs seront déterminants : la progression des signatures, la disponibilité du financement et l’extension du redressement des valorisations au-delà des actifs les plus qualitatifs.
Brookfield rattache la reprise à des marchés du crédit actifs, à une liquidité retrouvée et à une meilleure formation des prix . Les commentaires rapportés par CoStar vont dans le même sens, avec une hausse de l’activité transactionnelle, des volumes et des valorisations . Si ces tendances se prolongent en 2026, la reprise de l’immobilier commercial paraîtra plus durable.
Les 20 milliards de dollars d’opérations envisagées par Brookfield constituent un signal important : les marchés de capitaux immobiliers se rouvrent. La liquidité revient, les valorisations deviennent plus crédibles et les grands investisseurs retrouvent de l’appétit après une période post-pandémie difficile .
Mais la réserve est essentielle : il s’agit d’une reprise sélective, portée par des prix recalibrés, des secteurs mieux soutenus et des opérateurs capables d’agir à grande échelle. C’est un signal de redémarrage, pas un feu vert général pour tous les actifs immobiliers .