Si l'enterrement officiel a eu lieu en juin 2026, les bruits de couloir couraient depuis des mois. Début janvier, Jez Corden, rédacteur influent chez Windows Central, avait été le premier à tirer la sonnette d'alarme lors de son podcast. Selon lui, le projet n'avait tout simplement "jamais vraiment dépassé le stade du concept" et n'était plus en développement actif, l'équipe s'étant recentrée sur celui que l'on nommait encore Hellblade 3 .
L'information avait jeté un froid. L'espoir de voir un jour cet ambitieux survival horror s'était donc déjà largement éteint bien avant la déclaration officielle. Les révélations de Corden se sont avérées d'une exactitude clinique.
Le 7 juin 2026, la sentence est tombée sans ambiguïté. Dans une interview pour le Xbox Wire au sujet du tout nouveau Senua, le patron du studio, Dom Matthews, a décidé de jouer carte sur table. « J'ai pris la décision de ne plus continuer à travailler dessus. Ces décisions ne sont jamais faciles, mais je l'ai fait pour saisir l'opportunité d'avoir tout le talent et l'expertise du studio, la totalité des 85 créatifs, travaillant ensemble pour réaliser le potentiel de ce que Senua peut être », a-t-il expliqué .
Ce choix marque un tournant historique pour le studio. Pour la première fois depuis le développement de DmC: Devil May Cry en 2013, les 85 employés de Ninja Theory sont réunis sur un seul et même projet . Une mobilisation générale qui permet d'imaginer l'ampleur démesurée de ce nouveau Senua.
Annoncé dans la foulée, Senua délaisse le nom Hellblade pour s'imposer comme une suite spirituelle. Ce n'est ni un Hellblade 3 ni un simple épisode narratif, mais un pur "jeu d'action-aventure" qui promet un système de combat bien plus profond, un monde ouvert deux fois plus grand que celui de Hellblade II (sorti en 2024) et une exploration gratifiante avec un level design interconnecté .
Côté calendrier, il faudra patienter jusqu'en 2027 pour l'essayer sur Xbox Series X/S, PlayStation 5 et PC . Ce revirement vers un gameplay plus musclé et une distribution plus large (exit l'exclusivité temporaire Xbox, le jeu sortira day one sur PS5) dénote une volonté claire de conquérir un public plus large, bien loin du jeu d'auteur intimiste et radical qu'incarnait Project Mara.
L'abandon de Project Mara n'est pas un cas isolé. Il faut le lire à l'aune de la grande contraction que traverse l'industrie du jeu vidéo entre 2024 et 2026. Face au durcissement des budgets post-pandémie, à l'explosion des coûts de production et à la pression financière de la maison-mère Microsoft pour des sorties à fort impact, de nombreux studios Xbox ont dû rationaliser leurs activités.
Des cas emblématiques comme la fermeture temporaire (puis la résurrection par un autre éditeur) de Tango Gameworks, ou les restructurations chez 343 Industries et Playground Games pour se concentrer sur leurs licences phares, sont là pour le rappeler . Partout, la même logique s'impose : les projets trop expérimentaux au retour sur investissement incertain sont sacrifiés pour concentrer les ressources sur des blockbusters aux audiences captives. Un appartement photoréaliste, aussi fascinant conceptuellement ait-il été, ne faisait malheureusement pas le poids face à la puissance de frappe d'une icône comme Senua.
En définitive, c'est toute la dualité de Ninja Theory qui se résout dans ce choix. Le studio a longtemps aimé fonctionner en équipes scindées pour nourrir des projets de niche parallèlement à ses grosses productions. En optant pour une union sacrée derrière un seul porte-étendard, il fait le deuil de sa part d'expérimentation la plus radicale. Pour les joueurs qui attendent avec impatience la suite des aventures de Senua, la bonne nouvelle est qu'ils tiendront un jeu gonflé à bloc, nourri par l'attention du studio entier. Pour ceux qui espéraient arpenter, un casque vissé sur les oreilles, les pièces hantées de Project Mara, cette porte vient de se refermer définitivement.