De son côté, la France a enregistré sa journée de mai la plus chaude jamais mesurée, selon Météo-France . L’Espagne s’attendait à des pics proches de 38 °C plus tard dans la semaine, tandis que certaines régions d’Italie imposaient des restrictions sur le travail en extérieur par mesure de précaution
. Dans l’ensemble de la zone touchée, au moins cinq décès ont été imputés à la chaleur, dont plusieurs noyades en Grande-Bretagne et en France alors que des personnes cherchaient à se rafraîchir
.
Le même système de haute pression qui emprisonnait la chaleur torride a également supprimé la formation des nuages, dégageant le ciel et créant des conditions idéales pour la production d’énergie solaire photovoltaïque dans tout le nord-ouest de l’Europe . L’effet a été spectaculaire : la production solaire de la mi-journée a grimpé à des niveaux bien supérieurs à la demande printanière habituelle, faisant passer les prix de l’électricité en journée en territoire négatif sur plusieurs marchés
.
Pour replacer ce phénomène dans un contexte plus large, les précédentes canicules offrent un précédent éloquent. Lors de la vague de chaleur de juin 2025, la production solaire de l’Union européenne a atteint un record de 45 TWh pour le mois, soit une hausse de 22 % de la production solaire par rapport à l’année précédente . Le parc solaire allemand a lui seul atteint 50 GW pendant les périodes les plus chaudes de cet épisode
. Le dôme de chaleur de mai 2026 a reproduit et amplifié ce schéma, démontrant que le solaire est désormais capable de dominer l’approvisionnement électrique diurne lors de tels événements extrêmes.
Derrière le succès apparent du solaire, le dôme de chaleur a mis en évidence trois faiblesses structurelles du système électrique européen.
L’énorme afflux solaire de la mi-journée a produit plus d’électricité que le réseau ne pouvait en consommer ou en stocker, poussant les prix en territoire négatif. Si cela permet de maintenir le réseau alimenté pendant les heures d’ensoleillement, cela érode la rentabilité des producteurs d’énergie renouvelable et souligne cruellement le manque de capacités de stockage par batteries pour absorber l’excédent de production et le restituer plus tard .
Les canicules s’accompagnent souvent d’une masse d’air stagnante, et cet épisode n’a pas fait exception. La faiblesse de la vitesse du vent a entraîné une chute brutale de la production éolienne, un phénomène connu en allemand sous le nom de Hitzeflaute (littéralement « accalmie de chaleur »). Au coucher du soleil, lorsque la production solaire s’est effondrée, le réseau s’est retrouvé dangereusement dépendant d’un vivier limité de ressources pilotables. Résultat : de violentes flambées des prix en soirée. Les prix « day-ahead » ont grimpé jusqu’à 517,57 €/MWh en Belgique et aux Pays-Bas, l’Allemagne et le Danemark suivant de près avec 476,19 €/MWh .
Les températures ambiantes élevées ont également réchauffé les cours d’eau, obligeant certaines centrales nucléaires et thermiques à réduire leur production, car l’eau entrante était trop chaude pour assurer un refroidissement efficace. Lors de la canicule de 2025, 17 des 18 centrales nucléaires françaises ont subi des baisses de capacité pour cette raison précise .
L’effet net est un écart qui se creuse entre l’abondance solaire de la mi-journée et la pointe de demande du soir — un écart qui ne fera que s’accentuer à mesure que les canicules deviennent plus fréquentes et que la capacité solaire continue de s’étendre.
Avant, pendant et après l’événement, les analystes de l’énergie et les groupes de recherche ont été très clairs sur la voie à suivre. Le centre de réflexion Ember a souligné qu’« il est urgent de procéder à des améliorations de flexibilité propre afin de se préparer à des canicules encore plus fréquentes », pointant du doigt le stockage par batteries, l’interconnexion et la modulation de la demande comme les principales solutions . Jean-Paul Harreman, directeur de Montel Analytics, a averti que sans investissement dans des capacités flexibles, la pression sur le système — et le coût du maintien de sa fiabilité — ne feraient qu’augmenter
.
Le dôme de chaleur de mai 2026 n’a pas seulement été un fait météorologique. Il a offert un aperçu de l’avenir énergétique de l’Europe : un avenir où le succès dépend moins de la quantité d’énergies renouvelables installée que de la capacité du système à encaisser avec souplesse les brusques variations de l’offre et de la demande.