Concrètement, cette stratégie repose sur trois axes :
Depuis ses débuts, BVNK décrit le stablecoin comme un rail de paiement supplémentaire, complémentaire des cartes et des systèmes de paiement instantané — les « rails non liés aux cartes », comme le RTP aux États-Unis .
BVNK ne propose pas simplement un portefeuille de cryptomonnaies. L’entreprise fournit une infrastructure destinée aux entreprises et aux fintechs, avec des outils de paiement, de conservation, de conversion et de conformité .
Ses principales briques comprennent :
La société opérait dans plus de 130 pays et comptait notamment Worldpay, Deel, Flywire et Corpay parmi ses clients ou partenaires . Les cas d’usage couvrent les paiements interentreprises internationaux, les règlements de marchands, la gestion de trésorerie et les salaires versés à l’international .
L’opération constitue également un cas d’école pour le capital-risque européen. Concentric faisait partie des premiers investisseurs institutionnels de BVNK et était entré au capital alors que la start-up était valorisée autour de 4 millions de dollars .
Le fonds a également participé à la levée de 40 millions de dollars en série A, menée par Tiger Global en mai 2022, puis a continué à soutenir l’entreprise lors de tours ultérieurs .
En prenant comme référence une valeur d’acquisition comprise entre 1,5 et 1,8 milliard de dollars, la mise initiale de Concentric représenterait un rendement d’environ 375 fois ou davantage, avant prise en compte de la dilution. Il s’agit d’une estimation, et non d’un rendement communiqué dans les comptes détaillés de l’investisseur . Concentric a publiquement décrit la transaction comme un événement majeur pour l’écosystème des stablecoins .
Le rachat marque une évolution dans la stratégie de Mastercard. Le groupe travaillait déjà sur des cartes liées aux cryptomonnaies, des méthodes de règlement fondées sur la blockchain et son Multi-Token Network. Avec BVNK, il ne se contente plus de nouer des partenariats : il acquiert directement une infrastructure spécialisée .
Cette approche se distingue de celle de Visa, qui a aussi expérimenté le règlement en stablecoins et noué des partenariats dans ce domaine, notamment autour de Circle et de Solana. L’acquisition de BVNK reste toutefois l’un des engagements capitalistiques les plus importants jamais pris par un grand réseau de paiement dans ce secteur .
Le soutien de Citi Ventures illustre parallèlement l’intérêt croissant des banques traditionnelles. Le fonds a présenté BVNK comme une infrastructure permettant aux entreprises de transférer, échanger et conserver des stablecoins et des monnaies fiduciaires sur des réseaux nationaux et internationaux, dans une économie numérique fonctionnant en continu .
La portée de l’opération tient moins au mot « crypto » qu’à la nature des activités visées. Les stablecoins quittent progressivement les seuls échanges d’actifs numériques pour s’insérer dans les paiements B2B, la paie internationale, les règlements de fournisseurs et la gestion de trésorerie .
En rachetant BVNK, Mastercard parie donc que la prochaine génération des paiements sera multi-rails : cartes, comptes bancaires, systèmes de paiement instantané, blockchains et actifs tokenisés devront fonctionner ensemble. Pour les entreprises, la promesse est celle de transferts plus rapides et disponibles en permanence. Pour les réseaux de paiement, le contrôle de cette couche d’interopérabilité devient un enjeu stratégique.
Le message envoyé par Mastercard est clair : l’infrastructure des stablecoins n’est plus considérée comme un simple complément expérimental, mais comme une composante potentiellement essentielle de la compétition mondiale dans les paiements .