Les chiffres sont éloquents. Rien qu’en mars 2026, les immatriculations de véhicules 100 % électriques (BEV) sur 14 marchés clés de l’UE et de l’AELE ont grimpé de 51 % sur un an, avec plus de 224 000 unités écoulées en un seul mois . Au premier trimestre 2026, les pays de l’Union européenne ont enregistré plus de 500 000 nouveaux BEV, soit une hausse de 33,5 % par rapport à la même période de 2025
.
À l’échelle du continent, les livraisons de véhicules rechargeables ont bondi de 28 % en glissement annuel au T1 2026, franchissant pour la première fois le cap du million d’unités (1,08 million) sur un premier trimestre . Les cinq premiers marchés européens (Allemagne, France, Espagne, Italie et Pologne) affichent une croissance de 36 % de leurs ventes de BEV, et la part de marché des voitures entièrement électriques a atteint un record trimestriel de 19 %
.
« Ce n’est pas un feu de paille, c’est un point d’inflexion », a commenté Gurjeet Grewal, PDG du britannique Octopus Electric Vehicles, dont la demande de véhicules électriques neufs a bondi de 95 % en avril sur un an .
La part de marché des électriques dans l’UE a atteint 20,6 % en avril 2026, contre 15,7 % un an plus tôt, selon l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) . En Norvège, leader mondial de l’adoption, les BEV ont représenté 97,8 % des nouvelles immatriculations en mai, maintenant un taux de 98 % sur les cinq premiers mois de l’année
.
Cette déferlante est confortée par un double alignement des planètes : des politiques publiques favorables et l’afflux de modèles chinois plus abordables. Charles Lester, data manager chez Benchmark Mineral Intelligence, a souligné que l’Europe reste « l’élève le plus performant, en hausse de 26 % depuis le début de l’année, soutenue par des incitations politiques et une présence croissante des constructeurs chinois » .
Le marché américain est le plus bousculé des trois, depuis l’expiration, le 30 septembre 2025, du crédit d’impôt fédéral de 7 500 dollars à l’achat d’un véhicule électrique. L’impact a été immédiat et brutal : les ventes de véhicules électriques neufs se sont effondrées de 28 % en glissement annuel au premier trimestre 2026, tombant à seulement 212 600 unités, le temps que le marché absorbe tout l’effet du changement de politique . La part des véhicules électriques dans les ventes de voitures neuves est retombée à 5,8 %, loin du pic de 10,6 % atteint pendant la ruée vers l’achat de la mi-2025
.
Mais le mois de mai a apporté le signal le plus fort à ce jour d’une stabilisation de la chute. Il s’agit du volume de ventes le plus élevé aux États-Unis depuis la fin du crédit d’impôt, les premières estimations évoquant plus de 85 000 unités écoulées . À l’échelle nord-américaine, Benchmark Mineral Intelligence rapporte une baisse des ventes d’environ 26 % sur un an, mais la tendance mensuelle s’est inversée à la hausse : +7 % entre avril et mai
.
Un facteur clé de cette stabilisation est le prix. Le prix de transaction moyen d’un véhicule électrique neuf est descendu à 54 532 dollars en mai, en recul de 4 % sur un an, marquant le onzième mois consécutif de baisse annuelle . Constructeurs et concessionnaires multiplient aussi les remises – les incitations à l’achat d’électriques ont atteint près de 14 % du prix de transaction moyen en mai, soit près du double du taux moyen du secteur, à 7,1 %
.
Dans le même temps, le marché du véhicule électrique d’occasion est devenu un îlot de dynamisme. Les ventes de véhicules électriques d’occasion ont bondi de 12 % au T1 2026 pour atteindre 93 500 unités, l’écart de prix avec une voiture essence équivalente se resserrant autour de 1 300 dollars . D’ici la fin de l’année, plus de 300 000 véhicules électriques d’occasion devraient déferler sur le marché, élargissant encore l’accès à la mobilité électrique pour les acheteurs les plus sensibles aux prix
.
La toile de fond est celle d’un marché qui a pris un coup dur mais qui s’adapte. Avec l’arrivée prochaine de nouveaux modèles abordables et une concurrence par les prix qui s’intensifie, le marché américain semble en train de se stabiliser sur un plateau durable – certes moins élevé qu’avant, mais plus sain .
Le marché chinois des véhicules à énergie nouvelle (NEV, incluant les véhicules électriques et hybrides rechargeables) livre en mai un paradoxe saisissant : un taux de pénétration record dans un contexte de baisse des volumes de vente au détail.
D’après les données préliminaires de l’Association chinoise des voitures particulières (CPCA), les ventes au détail de NEV ont atteint 974 000 unités, en baisse de 5 % par rapport à mai 2025, mais en hausse de 15 % par rapport à avril . Un jeu de données plus complet de la CPCA, publié ensuite, a ramené ce chiffre à 950 000 unités pour mai, soit un repli de 7,5 % en glissement annuel
. Sur les quatre premiers mois de l’année, les livraisons chinoises de véhicules électriques accusent une chute de 12,8 %, reflet d’une prudence des consommateurs et d’une guerre des prix intense entre marques nationales
.
Pourtant, dans le même temps, le taux de pénétration des NEV au détail s’est envolé à un niveau record de 62,9 % en mai (63 % dans les données préliminaires), contre 61,4 % en avril . Le taux de pénétration dit « wholesale » (qui inclut les véhicules destinés à l’export) a quant à lui atteint 61,1 %
. L’explication tient moins à un emballement des ventes de NEV qu’à l’effondrement de plus en plus rapide du marché des moteurs thermiques. Comme le note CnEVPost dans son analyse, ce record est « réalisé sur fond de baisse annuelle des ventes globales de NEV, soulignant l’accélération de l’effondrement du marché traditionnel des véhicules à combustion interne »
.
Avec un taux de pénétration NEV de 71,6 % pour les marques nationales chinoises et un seuil symbolique de 51 % franchi par les marques de luxe, l’emprise du moteur thermique sur le marché automobile chinois recule bien plus vite que les seuls volumes de ventes de NEV ne le suggèrent .
Du côté du marché dit « wholesale », qui englobe les exportations, le tableau est plus flatteur. Il s’est vendu 1,365 million de NEV en mai, en croissance de 12 % sur un an, porté par une forte demande pour les modèles chinois à l’étranger .
Malgré la zone de turbulences aux États-Unis et l’atonie du marché intérieur chinois, la trajectoire de long terme de l’électrification mondiale reste nettement ascendante.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a projeté en mai 2026 que les ventes mondiales atteindraient 23 millions de véhicules électriques cette année, représentant près de 30 % de l’ensemble des voitures vendues sur la planète – et ce, malgré un premier trimestre en berne marqué par un recul mondial de 8 % .
Le traditionnel Electric Vehicle Outlook de BloombergNEF, publié en juin 2026, corrobore ce chiffre en anticipant plus de 23 millions de véhicules électriques particuliers vendus en 2026 (soit une hausse de 11 % par rapport à 2025) et une part de marché de 27 % à l’échelle mondiale .
Ces deux projections s’accordent sur un constat : l’époque de la croissance facile est révolue et la volatilité liée aux politiques publiques – en particulier aux États-Unis – continuera de créer des conditions disparates selon les régions. Mais la conjonction de la baisse du coût des batteries, d’une gamme de modèles qui s’élargit rapidement et d’une forte demande structurelle en Europe et en Chine devrait maintenir la transition mondiale sur les rails.
Comments
0 comments