Seedance 2.0 est un modèle « quatre modalités » : il traite simultanément du texte, des images, de la vidéo et de l’audio, avec jusqu’à 12 fichiers de référence dans une même génération . Il a rapidement été intégré à plusieurs services de ByteDance, notamment CapCut, Doubao et Dreamina . Sa capacité à transformer quelques indications en scènes narratives sophistiquées lui a valu une forte visibilité en Chine et à l’étranger, certains observateurs le comparant au phénomène DeepSeek dans l’écosystème technologique chinois .
Seedance 2.5, annoncé le 23 juin lors de la conférence FORCE de Volcano Engine et rendu public en juillet, constitue une évolution majeure . Ses principales avancées sont les suivantes :
Le modèle est progressivement déployé dans Jimeng AI et dans la version Pro de Doubao. Une interface de programmation (API) doit également être proposée sur la plateforme Ark de Volcano Engine .
L’effet le plus immédiat concerne le calendrier. Dans une production traditionnelle en prises de vues réelles, il faut acheter ou développer un scénario, réunir une équipe, choisir les acteurs et les décors, tourner, monter, puis promouvoir et distribuer la série. Le modèle chinois « 7+7+7 » — environ sept jours pour la préparation, sept pour le tournage et sept pour la postproduction et la mise en avant — permettait déjà d’aller vite, mais nécessitait au moins trois semaines .
Avec l’IA, cette chaîne est fortement comprimée. Une équipe de cinq personnes peut réaliser une série de 60 épisodes en six jours, pour un coût inférieur à 10 % de celui d’une production en prises de vues réelles . Certaines sociétés produisent même un drama de 100 minutes tous les trois à sept jours, pour moins de 20 000 yuans .
À la base Moli OPC AI Comic Drama, située dans le nord-est de Shenzhen, scénaristes, réalisateurs, ingénieurs de prompts et distributeurs travaillent au même endroit. Le South China Morning Post rapporte que ce centre transforme des bandes dessinées ou de simples concepts vidéo en « comic dramas », puis utilise Seedance pour générer les éléments visuels avant le montage et la mise en ligne .
La nouvelle chaîne de fabrication repose notamment sur les « card drawers », un terme utilisé localement pour désigner les spécialistes qui formulent les prompts et définissent les personnages, les styles et les contraintes visuelles. Une fois les images et les séquences générées, les monteurs les assemblent et les préparent pour la diffusion. Selon la BBC, cinq personnes équipées de quelques ordinateurs peuvent ainsi faire passer un drama du scénario à la mise en ligne en moins d’une semaine .
Les productions pilotées par l’IA coûtent désormais environ 10 à 20 % du budget d’un projet traditionnel en prises de vues réelles . Le délai est passé d’environ 90 jours à sept ou dix jours, et parfois à moins de cinq jours . Pour un drama illustré de 80 minutes, le coût informatique peut descendre jusqu’à 25 000 yuans, soit environ 3 694 dollars .
La comparaison avec les productions classiques est frappante. Un microdrama en prises de vues réelles mobilisait en moyenne 300 000 à 400 000 yuans et une équipe d’environ 40 personnes. Des contenus générés par IA peuvent être produits pour moins de 20 000 yuans avec moins de 10 collaborateurs .
Cette baisse des coûts modifie aussi le niveau de risque : les studios peuvent tester davantage de scénarios, multiplier les épisodes et adapter rapidement leurs formats aux réactions du public. Mais elle entraîne également une pression accrue sur les professionnels de la production traditionnelle.
Les volumes donnent une idée de la vitesse du changement. En janvier 2026, la Chine produisait 470 titres de microdramas générés par IA chaque jour, soit environ une nouvelle série mise en ligne toutes les 90 secondes . En mars, près de 50 000 épisodes conçus nativement avec l’IA ont été publiés sur Douyin en un seul mois .
Le seul segment des dramas illustrés générés par IA représentait environ 16,8 milliards de yuans — près de 2,44 milliards de dollars — en 2025, selon la plateforme de données sectorielles DataEye. Plus de 10 000 productions de ce type auraient été diffusées chaque mois depuis le début de 2026 .
ByteDance cherche aussi à automatiser davantage le processus. Son agent spécialisé dans les séries courtes, lancé sur la plateforme Xiaoyunque AI et alimenté par Seedance 2.0, peut générer des épisodes complets à partir de scénarios allant jusqu’à 100 000 caractères chinois, tout en maintenant une cohérence dans la conception des personnages et des décors .
Cette mutation industrielle a un coût humain. ByteDance aurait annulé en février 2026 les subventions accordées aux dramas en prises de vues réelles, ce qui a accéléré le basculement vers les productions générées par IA . À Hengdian, le principal centre chinois de tournage de séries et de films en prises de vues réelles, cette évolution s’est accompagnée de pertes d’emplois importantes .
La quantité ne garantit pas pour autant le succès. Au premier trimestre 2026, plus de 95 % des 128 000 nouveaux microdramas publiés étaient générés par IA, mais la qualité globale serait restée comparable et les véritables succès populaires demeuraient rares . Les outils progressent rapidement, tandis que la différenciation créative reste difficile dans un marché saturé.
Malgré ces limites, la transformation est déjà structurelle. Le marché chinois des microdramas, productions en IA et en prises de vues réelles confondues, devrait atteindre 40 milliards de yuans — environ 5,9 milliards de dollars — en 2026. Il aurait rassemblé plus de 600 millions de spectateurs au cours du premier semestre . Les entreprises consacrent désormais environ 30 % de leurs budgets de production aux outils d’IA et, dans certains genres, les spectateurs peinent à distinguer une séquence générée d’une scène tournée avec des acteurs .
À Shenzhen, la base Moli OPC illustre donc moins l’arrivée d’un simple logiciel que la naissance d’une nouvelle organisation de la production audiovisuelle : moins de décors et de tournages, davantage de scénarios, de prompts, de contrôle qualité et de montage. Seedance ne remplace pas seulement une caméra ; il redessine toute la chaîne qui mène d’une idée à une série mise en ligne.