Presque simultanément, entre le dimanche 9 et le lundi 10 août, au moins trois frappes de drones ont visé la raffinerie de Zawiya, plus grande raffinerie encore en activité en Libye, située à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Tripoli . Le coup le plus destructeur a atteint un réservoir de stockage d’essence contenant environ 4,5 millions de litres de carburant, provoquant un incendie géant qui a fait s’effondrer la cuve . Une première attaque, le 8 août, avait déjà touché un réservoir de naphte non traité, entraînant une fuite . La Compagnie nationale de pétrole (NOC) a décrété l'« état d’urgence maximal » et averti que de nouvelles frappes la contraindraient à déclarer le cas de force majeure et à cesser toute activité sur le site . Les auteurs de ces frappes n’ont pas été identifiés .
Ces attaques surviennent alors que les États-Unis intensifient leurs efforts diplomatiques pour réunifier les factions rivales libyennes. Le conseiller principal du président pour les Affaires arabes et africaines, Massad Boulos, pilote ce que l’on appelle l'« initiative Boulos », qui propose la création d’un nouvel exécutif inclusif qui gouvernerait jusqu’à la tenue d’élections . Le secrétaire d’État Marco Rubio a rencontré Khalifa Haftar en juin 2026, et en juillet, les armées rivales libyennes ont tenu des pourparlers d’unification historiques à Syrte . Un rapport du Congressional Research Service indique que l’administration Trump a encouragé l’adoption, en avril 2026, du premier budget national unifié libyen depuis plus de dix ans . Mais des critiques jugent que ces efforts risquent d’aboutir à un simple « accord d’élite » qui renforcerait les chefs de guerre rivaux au lieu d’amorcer une transition démocratique . La feuille de route de l’ONU, publiée en août 2025, reste lettre morte .
Ce que révèle cette triple actualité, c’est un pays profondément fragmenté, où la violence et la diplomatie suivent des chemins parallèles et souvent contradictoires. L’assassinat d’al-Mansouri montre que même l’appareil sécuritaire interne de l’ANL est vulnérable, ce qui affaiblit la crédibilité des déclarations de Haftar sur la pacification de Benghazi . Les frappes de drones sur la raffinerie de Zawiya transforment la principale ressource du pays, le pétrole, en cible stratégique, menaçant une perturbation économique qui touche toutes les factions . La diplomatie américaine tente de profiter d’une parenthèse de négociations, mais la simultanéité des violences suggère que des « spoilers » – qu’il s’agisse de djihadistes, de milices hostiles à l’unification ou d’acteurs étrangers – s’emploient à déstabiliser le processus avant tout accord . Aucun groupe n’ayant revendiqué les attaques, et sans changement fondamental du paysage sécuritaire, la voie vers une unification politique reste contestée par des acteurs armés prêts à frapper à la fois les hautes cibles militaires et le poumon économique du pays.
Le général de brigade Fawzi al-Mansouri (également désigné comme général de division) dirigeait le service de renseignement militaire de l’Armée nationale libyenne basée dans l’Est . Selon plusieurs sources, la charge explosive a été placée dans sa voiture et a détoné devant chez lui, dans le quartier d’Al-Hawari à Benghazi, dans la soirée du 10 août 2026 . Le commandement général de l’ANL a parlé d’un attentat « lâche et perfide » et promis une enquête . Al-Mansouri occupait ce poste depuis mai 2024 environ, ce qui le plaçait au cœur de la connaissance qu’avait l’ANL de ses adversaires .
La raffinerie de Zawiya est la plus grande raffinerie en activité de Libye, avec une capacité de 120 000 barils par jour . La campagne de drones s’est déroulée sur trois jours : une première frappe, tôt samedi 8 août, a perforé un réservoir de naphte non traité, provoquant une fuite chimique maîtrisée ; une seconde frappe, dimanche ou lundi, a touché l’usine de dessalement de la raffinerie, endommageant son moteur principal ; une troisième, lundi, a atteint un réservoir d’essence de 4,5 millions de litres, déclenchant un incendie majeur et l’effondrement de la cuve . Un troisième drone, lundi encore, a visé une usine de mélange et de remplissage, mais est tombé près des réservoirs principaux sans faire de dégâts ni de victimes . La NOC a prévenu que de nouvelles attaques la contraindraient à un arrêt complet des opérations et à une déclaration de force majeure .
L’administration Trump a intensifié son engagement en Libye depuis au moins 2025. Massad Boulos s’est rendu à plusieurs reprises en Libye et dans les capitales régionales pour y présenter des propositions de partage du pouvoir . En avril 2026, les autorités rivales libyennes ont adopté pour la première fois depuis plus de dix ans un budget national unifié . En juin 2026, le secrétaire d’État Marco Rubio a rencontré Khalifa Haftar et son fils Saddam Haftar à Washington . En juillet, les armées rivales se sont réunies à Syrte pour des pourparlers d’unification . Mais les critiques et observateurs relèvent qu’aucune feuille de route claire n’a émergé et que l’initiative risque de n’être qu’un « accord d’élite » qui consoliderait la mainmise des chefs de guerre rivaux plutôt que de mener à des élections . La feuille de route de l’ONU d’août 2025, qui portait sur les cadres électoraux, l’unification institutionnelle et un dialogue structuré, reste inappliquée .