Le 18 mai, les forces israéliennes ont intercepté une flottille humanitaire qui tentait d’atteindre la bande de Gaza. Parmi les passagers se trouvaient des militants sud‑coréens participant à une mission visant à livrer de l’aide humanitaire. Les autorités israéliennes ont arrêté les participants après avoir stoppé les navires en mer.
Le président Lee a vivement critiqué l’opération. Selon lui, la saisie d’un navire d’un pays tiers transportant de l’aide humanitaire était excessive et potentiellement illégale. Il a qualifié la détention des ressortissants sud‑coréens d’« beaucoup trop inhumaine » et « largement au‑delà des limites », tout en s’interrogeant sur la base juridique de l’intervention israélienne — notamment sur la question de savoir si les navires se trouvaient dans les eaux territoriales d’Israël ou avaient violé une frontière reconnue.
L’incident a provoqué des discussions urgentes au sein du gouvernement sud‑coréen concernant le sort des militants arrêtés ainsi que les implications juridiques et diplomatiques de l’affaire.
Au cours de la réunion du cabinet consacrée à l’incident, Lee a évoqué la situation juridique du Premier ministre israélien devant la Cour pénale internationale. Il a demandé à ses ministres si Netanyahu était déjà considéré comme un « criminel de guerre » par la CPI et a suggéré d’examiner si la Corée du Sud devrait l’arrêter s’il entrait sur le territoire sud‑coréen.
Cette remarque fait référence à un développement majeur du droit international. En novembre 2024, la CPI a délivré des mandats d’arrêt contre Benjamin Netanyahu et l’ancien ministre israélien de la Défense Yoav Gallant pour des crimes de guerre et crimes contre l’humanité présumés liés à la guerre à Gaza. Les juges ont estimé qu’il existait des motifs raisonnables de penser que ces responsables pourraient être pénalement responsables, notamment pour l’utilisation de la famine comme méthode de guerre et d’autres actes dirigés contre des civils.
Il est toutefois important de noter qu’un mandat d’arrêt n’est pas une condamnation. Il signifie que la Cour estime qu’il existe suffisamment d’éléments pour ouvrir des poursuites, mais les accusations doivent encore être examinées dans le cadre d’un procès. Ainsi, qualifier quelqu’un de « criminel de guerre » relève d’une interprétation politique plutôt que d’une décision judiciaire définitive.
Selon les comptes rendus de la réunion, le président sud‑coréen a demandé à ses ministres d’étudier si la Corée du Sud serait juridiquement tenue — ou politiquement disposée — à exécuter le mandat d’arrêt de la CPI si Netanyahu venait dans le pays.
La discussion a notamment porté sur plusieurs questions :
Aucune décision politique finale n’a été annoncée. Le gouvernement a présenté cette démarche comme un examen juridique et diplomatique plutôt que comme un engagement à arrêter le dirigeant israélien.
Qualifier publiquement le dirigeant d’un autre pays de « criminel de guerre » est extrêmement rare dans la diplomatie sud‑coréenne. Séoul évite généralement les confrontations directes, en particulier avec des partenaires avec lesquels elle coopère dans des domaines tels que la technologie, la défense ou le commerce.
Les déclarations de Lee représentent donc une escalade rhétorique notable. En reliant l’incident de la flottille au mandat d’arrêt de la CPI, il a soulevé — au moins théoriquement — la possibilité que le Premier ministre israélien puisse être arrêté s’il se rendait en Corée du Sud.
Les conséquences potentielles dépassent la relation bilatérale avec Israël.
La Corée du Sud cherche depuis longtemps à maintenir un équilibre diplomatique au Moyen‑Orient : elle coopère étroitement avec Israël dans les domaines technologiques et sécuritaires tout en entretenant des relations économiques solides avec les pays arabes, essentiels pour l’énergie et les investissements.
La position adoptée par Lee pourrait donc avoir des effets contradictoires :
Pour l’instant, le gouvernement sud‑coréen n’a fait qu’ouvrir un examen juridique et diplomatique. Il n’existe aucune décision confirmée selon laquelle Séoul arrêterait Benjamin Netanyahu s’il entrait sur son territoire.
Néanmoins, les propos du président ont déjà eu un impact diplomatique, illustrant comment un incident maritime impliquant des militants peut rapidement se transformer en débat international sur le droit humanitaire, la responsabilité des dirigeants en temps de guerre et les équilibres géopolitiques.