Le président russe s'est appuyé sur ces chiffres pour marteler l'idée que la « structure de la croissance » mondiale se déplace de manière irréversible vers les nouveaux centres de développement des pays du Sud . Son discours a présenté ce moment non pas comme un simple rééquilibrage temporaire, mais comme l'amorce d'une transformation structurelle en profondeur vers un ordre multipolaire, la Russie se posant en partenaire ouvert à une coopération d'égal à égal avec toute nation volontaire
.
Une part significative de l'intervention de Vladimir Poutine a porté sur l'Inde. Il a salué le pays comme un acteur souverain qui prend systématiquement ses décisions en fonction de son intérêt national, et a distingué son secteur informatique comme un leader mondial .
Interrogé directement sur la perspective d'une pression américaine par le biais de sanctions contre New Delhi, M. Poutine a lancé une mise en garde imagée : toute menace de sanctions contre l'Inde se « retournerait comme un boomerang immédiatement » sous l'autorité du Premier ministre Narendra Modi . Cette déclaration visait à renforcer le partenariat stratégique et de défense entre la Russie et l'Inde — il a cité les travaux conjoints sur le chasseur furtif Su-57 et le programme de missile BrahMos — tout en érigeant l'autonomie de New Delhi en rempart contre les pressions occidentales
.
La présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan a, de son côté, repositionné le continent africain non pas comme un simple récit de développement, mais comme une proposition d'investissement concret. Elle a fait valoir que la dynamique démographique de l'Afrique — d'ici 2050, une personne sur quatre dans le monde sera africaine —, couplée à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), fait du continent un moteur incontournable de la future croissance mondiale .
Elle a explicitement invité les investisseurs russes à s'engager dans le secteur minier tanzanien, mettant en avant les réserves d'uranium, de nickel, de graphite, d'hélium et de minerais de terres rares, des matières premières critiques pour les chaînes d'approvisionnement des énergies propres et des technologies de pointe . La présidente a également promu la Zone économique spéciale de Bagamoyo ainsi que les projets portuaires et industriels comme des opportunités prêtes pour des partenariats internationaux
. Son intervention a illustré une thématique plus large du forum : la volonté croissante des nations africaines de diversifier leurs partenaires d'investissement au-delà des sources occidentales traditionnelles.
Le bilan définitif présenté par Anton Kobiakov, secrétaire exécutif du comité d'organisation du SPIEF, fait état de 1 084 accords pour un montant de 6 642 milliards de roubles. Selon les taux de change retenus, ce pactole oscille entre 84 et 89,57 milliards de dollars, devançant légèrement les montants déclarés lors des deux éditions précédentes (6 490 milliards de roubles en 2024) . Rien que pour Saint-Pétersbourg, la ville hôte a signé 74 accords représentant 731,72 milliards de roubles (9,95 milliards de dollars), soit le troisième meilleur résultat de l'histoire du forum
.
Au-delà des chiffres bruts, M. Kobiakov a souligné que des représentants de 142 pays avaient fait le déplacement, une donnée que les organisateurs utilisent pour démontrer l'échec des tentatives occidentales d'isoler économiquement la Russie . La devise du forum, « Dialogue pragmatique : la voie vers un avenir stable », résume l'intention de Moscou de positionner le SPIEF non pas comme un événement régional, mais comme le rendez-vous d'affaires incontournable d'un monde multipolaire, affranchi des sanctions
.