Fondée en 2013, la firme basée à Amsterdam et Boston opère un virage délibéré avec ce troisième fonds. Là où les précédents investissaient largement dans la biotechnologie et les outils numériques pour la chaîne de valeur agroalimentaire, le nouveau véhicule a un objectif explicite : les entreprises de biotechnologie et de logiciels dites « AI-native » (nées avec l'IA), dans les secteurs de la santé animale, de la protection des cultures et de la distribution alimentaire .
Adam Anders, associé gérant d'Anterra, a souligné que le recul des valorisations dans l'agtech est une motivation clé. Selon le fonds, les valorisations sont revenues à leur niveau de 2016, ce qui représenterait « le moment de déploiement le plus attractif en douze ans » . Couplée à cette thèse cyclique, la firme insiste sur le fait que l'IA n'est pas une simple couche d'efficacité, mais une force de transformation : les plateformes d'IA verticales numérisent les opérations essentielles de la distribution alimentaire, tandis que la biologie pilotée par l'IA accélère les cycles de R&D et réduit les besoins en capitaux .
La base d'investisseurs du Fonds III est constituée d'acteurs majeurs du système alimentaire. Les investisseurs de référence (anchor limited partners) comprennent Rabobank, Novo Holdings et Zoetis, auxquels s'ajoutent d'autres institutionnels et des exploitants agricoles qui, ensemble, cultivent plus de 13 millions d'acres . Le maintien du soutien de ces investisseurs stratégiques de longue date témoigne d'une conviction institutionnelle dans la transition technologique du secteur, alors même que le financement du capital-risque se raréfie.
Le Fonds III a déjà réalisé deux investissements qui illustrent sa thèse :
Ces deux opérations reflètent la conviction du fonds selon laquelle l'IA permet à des start-ups de taille modeste de s'attaquer à des problèmes qui, auparavant, nécessitaient des organisations bien plus grandes et des délais plus longs.
Ce premier closing intervient alors que l'investissement mondial dans l'agtech connaît une contraction marquée. Après un pic d'environ 52 milliards de dollars en 2021, l'investissement annuel dans le secteur est tombé à environ 16 milliards de dollars . Dans ce contexte, la levée d'Anterra est un signal notable, qui va à contre-courant. Elle permettra de vérifier si les entreprises « AI-native » peuvent générer des rendements dans un secteur où de nombreux investisseurs généralistes se sont retirés. Avec le Fonds III, Anterra aura géré plus de 500 millions de dollars d'engagements totaux depuis sa création . Son fonds précédent avait clôturé à 260 millions de dollars en 2022 .
Anterra investit dans la chaîne de valeur de l'alimentation et de l'agriculture depuis plus de dix ans, avec un portefeuille qui a inclus des sociétés comme Enko (nouveaux produits de protection des cultures à base de petites molécules), ProducePay (services financiers et de données pour les produits frais) et BiomEdit (innovation en microbiote pour la santé animale) . La firme investit généralement au stade Seed ou Séries A, avec des chèques initiaux de 1 à 15 millions de dollars .
Avec la clôture finale du Fonds III prévue plus tard dans l'année, la firme se positionne à l'intersection de deux forces puissantes : une correction cyclique des valorisations qui pourrait favoriser les investisseurs spécialisés et disciplinés, et un changement technologique structurel qui, selon elle, n'en est qu'à ses débuts dans les secteurs de l'alimentation et de l'agriculture.
Cet article s'appuie sur des informations publiées les 15 et 16 juin 2026 et sera mis à jour au fur et à mesure de la disponibilité de nouveaux détails sur la progression du Fonds III.