Contrairement au texte ou aux images statiques utilisés pour former les grands modèles de langage (LLM), les robots humanoïdes ont besoin de séquences continues à la première personne montrant des mouvements humains réels. Ils doivent apprendre à saisir des objets, à naviguer dans une cuisine, à plier une chemise ou à frotter une assiette . La « donnée égocentrique » est précisément cela : une vidéo enregistrée depuis le point de vue de la personne qui exécute l’action. La caméra, fixée sur le front, est orientée vers les mains, afin que l’IA puisse analyser les angles, les pressions de préhension et les gestes précis de chaque mouvement
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Les travailleurs portent ainsi un iPhone sur le front et effectuent des tâches pendant des dizaines de minutes. La vidéo est ensuite téléchargée, et des annotateurs humains ou IA la décortiquent image par image, marquant les instants clés : prise d’un objet, lâcher, achèvement de la tâche .
L’échelle est vertigineuse : Figure AI a fabriqué environ 150 robots humanoïdes en avril 2026, contre quelques unités par mois quelques mois plus tôt, et a besoin de milliards d’heures de données de mouvement réel pour les entraîner .
La compensation varie énormément selon la localisation, révélant une forte arbitrage mondial du travail :
Le fondateur de Micro1, Ali Ansari, a confié au Los Angeles Times que l’entreprise collecte des données au Brésil, en Argentine, en Inde et aux États-Unis . Ravishankar Rajalingam, fondateur d’Objectways, a indiqué à CNN qu’environ la moitié des séquences soumises sont inutilisables
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Une constante dans plusieurs enquêtes est que les travailleurs n’ont quasiment aucune idée de l’utilisation finale de leurs enregistrements, de l’identité des acheteurs ou du fait qu’ils entraînent des robots humanoïdes qui pourraient un jour remplacer leur propre emploi .
L’enquête du MIT Technology Review souligne que les travailleurs reçoivent un guide de tournage et une liste de tâches, mais rarement des informations substantielles sur les applications en aval de l’IA . Certains comprennent que les images serviront à former des robots, mais ignorent lequel, quel modèle, ou comment leurs enregistrements seront stockés ou partagés
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Comme le résume un ouvrier indien d’usine au Guardian : « Qui va nous payer quand nous serons remplacés par des robots ? » .
Les caméras fixées sur la tête des travailleurs filment inévitablement conjoints, enfants, autres membres de la famille et l’intérieur du domicile — cuisines, salons, chambres — sans leur consentement explicite . La perspective à la première personne est par nature intrusive : elle enregistre non seulement la tâche, mais tout le contexte visuel du domicile privé
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Micro1 exige que les travailleurs ne montrent pas leur visage, ne prononcent pas leur nom ou numéro de téléphone, et prétend utiliser une double vérification (IA et humaine) pour filtrer les informations sensibles . Mais même avec ces garde-fous, les enregistrements capturent l’intérieur des maisons, les biens personnels et les routines quotidiennes
. Certains participants refusent de filmer dans les chambres, et des militants du travail posent la question d’une rémunération continue ou de redevances pour les personnes dont les mouvements sont intégrés dans des bases de données commerciales
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Un sentiment récurrent parmi les travailleurs et les commentateurs : ces mêmes enregistrements servent à former des robots humanoïdes destinés au travail en usine et domestique — précisément les emplois qu’occupent aujourd’hui ces travailleurs . Dans une usine de confection du Tamil Nadu, une ouvrière plie une chemise avec une petite caméra montée sur la tête, enregistrant l’angle exact de son poignet, la pression de ses doigts et la chronologie au millième de seconde de chaque pli
. Ces images alimentent les pipelines de données des laboratoires de robotique associés à OpenAI, Nvidia et Google
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L’échelle de l’industrie dépasse largement Micro1 et Objectways. L’Inde devient un hub incontournable dans la course mondiale à la donnée égocentrique, avec un écosystème en pleine expansion : Humyn AI, FPV Labs, Egodata, Neocambrian, XP Robotics, Scale AI et CynLr construisent tous des pipelines de données pour les entreprises de robotique .
Le ministère indien de l’Électronique et des Technologies de l’Information a lancé une enquête sur la vie privée visant des start-up (dont Human Archive) qui enregistrent l’intérieur des domiciles avec des casques-caméras, en se concentrant sur les pratiques de consentement . Cette revue a été ouverte après que la start-up de services à domicile Pronto a confirmé avoir testé l’enregistrement vidéo avec consentement
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Aucun cadre global sur le travail ou la protection des données ne régit encore cette pratique transfrontalière . Le marché des données d’entraînement des robots humanoïdes opère dans une zone grise réglementaire, couvrant des dizaines de pays aux lois du travail et à la protection de la vie privée très variables.
Instawork, connu pour mettre en relation des travailleurs horaires avec des hôtels et entrepôts, a lancé un système baptisé Instacore, comprenant cinq caméras montées sur la tête, la poitrine et les poignets, reliées à un sac à dos informatique pour des quarts de huit heures de recueil de données (couper des légumes, etc.) . Chez Tesla, un laboratoire vitré en Californie emploie des travailleurs coiffés d’un casque-caméra et d’un sac à dos, répétant des gestes des centaines de fois pendant des quarts de huit heures pour entraîner le robot Optimus
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Cette pratique se situe au cœur d’une triple tension : un travail valorisé et bien rémunéré pour certains (15 $/h au Nigeria) contre des salaires de misère pour d’autres (1 $ à 2,60 $/h en Inde) ; un marché de données en pleine ruée pour la robotique humanoïde contre une transparence quasi nulle sur l’utilisation des images ; et la captation de moments intimes du foyer contre des protocoles de consentement faibles ou absents. L’ampleur est considérable — plus de 50 pays — et la réponse réglementaire, notamment en Inde, ne fait que commencer.