L’augmentation de capital a créé de nouvelles actions représentant environ 13,94 % du capital de SpaceSail. Sur la base des informations divulguées, la valorisation post-money de l’entreprise est estimée à environ 50 milliards de yuans, soit près de 7,4 milliards de dollars.
Un rapport publié par un utilisateur évoquait une valorisation plus proche de 55 milliards de yuans. Toutefois, le montant de 50 milliards est celui qui est le mieux étayé par l’ensemble des informations disponibles.
Cette levée fait suite à une précédente opération de 6,7 milliards de yuans bouclée en février 2024. La construction de Qianfan repose donc sur des injections de capitaux répétées et particulièrement importantes.
La nouvelle levée aurait attiré 18 investisseurs. Parmi les participants identifiés publiquement figurent Shanghai Alliance Investment, un véhicule d’investissement soutenu par les autorités de Shanghai, ainsi que CAS Star, un fonds spécialisé dans les technologies de pointe.
L’opération comprend également un consortium de 24 entités. Celui-ci aurait investi 5,764 milliards de yuans et obtenu une participation de 11,52 %, selon les informations consacrées à l’augmentation de capital.
La structure de l’opération vise à maintenir le contrôle du projet en Chine : les capitaux étrangers ont été exclus et la participation cumulée des nouveaux investisseurs extérieurs ne peut pas dépasser 20 %. Reuters avait rapporté le même plafond de 20 % lors de l’annonce initiale du financement.
Le déploiement de Qianfan est prévu par étapes :
Le dernier jalon clairement documenté dans les sources fournies faisait état de 238 satellites Qianfan en orbite après deux lancements réalisés en juillet 2026. La constellation avait dépassé les 200 satellites en juin.
Qianfan avait ainsi atteint environ 73 % de son objectif initial de 324 satellites, mais seulement près de 1,6 % de son ambition finale — plus de 15 000 appareils. Ces proportions donnent une image plus juste de la situation : SpaceSail a franchi une étape importante, mais son réseau mondial reste encore très largement à bâtir.
Le calendrier n’a d’ailleurs pas été parfaitement linéaire. Les lancements auraient été interrompus pendant plusieurs mois en 2025, le temps de résoudre des problèmes liés à la propulsion de certains satellites. Les opérations ont ensuite repris.
SpaceSail constitue le volet commercial, soutenu par Shanghai, d’un effort chinois plus vaste visant à déployer de grandes constellations de satellites de télécommunications en orbite terrestre basse. Qianfan doit fournir une connexion haut débit en Chine et à l’étranger, tout en proposant une alternative au réseau Starlink, exploité par l’américain SpaceX.
La composition de l’actionnariat fait partie intégrante de cette stratégie. En écartant les capitaux étrangers et en plafonnant la participation des investisseurs extérieurs, le montage place cette infrastructure de communication potentiellement stratégique sous l’influence d’actionnaires nationaux liés aux pouvoirs publics.
Comme les autres mégaconstellations en orbite basse, Qianfan est engagée dans une course où le nombre de satellites, le rythme des lancements, l’accès aux fréquences et l’étendue de la couverture deviennent déterminants. Les près de 7 milliards de yuans levés ne représentent donc pas seulement une opération financière : ils doivent donner à SpaceSail les moyens de multiplier les lancements et de poursuivre le développement technique nécessaire à l’installation durable de son réseau en orbite.
La question de la connexion directe aux appareils mobiles mérite une réponse nuancée. En juin 2026, SpaceSail aurait réalisé des appels vocaux directs vers des téléphones commerciaux ordinaires. Le test reposait sur un satellite dédié, baptisé DTC 01. Les informations disponibles évoquent également une feuille de route prévoyant une capacité de service initiale avec 324 satellites, puis une constellation de plus de 15 000 appareils à plus long terme.
Cette démonstration montre que SpaceSail progresse vers la technologie dite direct-to-device, ou D2D, qui permettrait à un satellite de communiquer directement avec un smartphone sans terminal satellite dédié. Elle ne prouve toutefois pas que Qianfan propose déjà un service commercial largement accessible aux utilisateurs de téléphones mobiles.
À ce stade, les données disponibles permettent donc de parler d’une capacité testée et d’un objectif stratégique — pas encore d’un service commercial mature disposant d’une base d’abonnés vérifiée.
Sur la seule base du nombre de satellites rapporté, les 238 appareils de Qianfan représentent moins de 2,4 % des plus de 10 000 satellites de Starlink. Le réseau de SpaceX est donc plus de 42 fois plus important selon cet indicateur.
L’écart commercial est encore plus difficile à chiffrer pour SpaceSail, car aucun nombre vérifié d’abonnés Qianfan n’est fourni dans les sources disponibles. Starlink, de son côté, avait atteint 12 millions d’abonnements payants au deuxième trimestre 2026.
La levée de 6,976 milliards de yuans donne à SpaceSail des moyens considérables pour accélérer le programme Qianfan et confirme le soutien d’investisseurs institutionnels chinois. Avec une valorisation d’environ 50 milliards de yuans et un objectif de plus de 15 000 satellites, le projet est clairement conçu comme une infrastructure stratégique de grande ampleur, et non comme une simple expérimentation.
Mais il ne faut pas confondre les financements obtenus et les objectifs annoncés avec la taille réelle du service aujourd’hui. Qianfan reste en phase de déploiement, avec 238 satellites rapportés et une capacité de communication directe avec les smartphones encore démontrée dans le cadre d’essais. Starlink conserve une avance très nette en nombre de satellites, en maturité de couverture et en clientèle.
SpaceSail est donc, pour l’instant, un concurrent chinois solidement financé qui accélère pour atteindre une couverture mondiale — mais pas encore un véritable équivalent de Starlink.