Rocapine a été cofondé par Stanislas Marchand, Jean-Gabriel Boinot Tramoni et Sammy Teillet. Marchand, le CEO, a fait ses armes chez Voodoo, l’entreprise française qui a inventé le modèle de l’hyper-casual : produire des dizaines de petits jeux chaque semaine, ne pousser que les plus addictifs et dépenser massivement en acquisition d’utilisateurs .
Cette philosophie irrigue aujourd’hui Rocapine. Jean-Gabriel Boinot Tramoni est COO, Sammy Teillet pilote la technologie en tant que CTO. Le studio fonctionne avec une équipe resserrée d’une quinzaine de personnes, couvrant le marketing, le design produit et l’ingénierie, depuis ses bureaux parisiens, avec une culture ouverte au télétravail .
Rocapine ne suit pas le parcours classique de la startup qui peaufine un seul produit pendant des années. Il agit comme un éditeur et un studio de création : il s’associe à des développeurs externes, des studios indépendants et des créateurs solo pour co-créer et valider rapidement des concepts d’apps bien-être .
Les chiffres donnent le tempo. En douze mois, Rocapine a testé plus de 120 prototypes dans les domaines de la santé féminine, du fitness, de la nutrition, du bien-être mental et du lifestyle . Sa plateforme d’édition combine l’IA générative pour hyper-personnaliser l’expérience utilisateur et un moteur de croissance complet qui prend en charge l’acquisition, le marketing à la performance et l’optimisation sur les stores
.
Les apps qui montrent une bonne rétention et une économie unitaire solide reçoivent des ressources supplémentaires pour monter en échelle. Les autres sont arrêtées rapidement. Cette approche itérative, guidée par la donnée, est un copier-coller du monde du free-to-play, où les studios tuent les titres sous-performants en quelques semaines. Rocapine dit lui-même tester « presque une app par jour » et des centaines de créations publicitaires chaque mois .
Le succès le plus visible à ce jour s’appelle Harmony: Cycle Sync. Lancée sur l’App Store en novembre 2024 et sur Android en février 2025, l’app ne se contente pas de suivre les règles. Elle propose des recommandations quotidiennes personnalisées pour la nutrition, l’exercice et la pleine conscience, adaptées à chaque phase du cycle menstruel .
Harmony a dépassé les 100 000 installations sur Android et affiche une note de 4,7 étoiles sur l’App Store avec plus de 7 400 avis . Dans un post LinkedIn de mai 2025, le CEO Stanislas Marchand a révélé que l’application avait atteint un million de dollars de revenu annuel récurrent et attiré 150 000 utilisatrices dans près de 200 pays, trois mois seulement après son lancement
. L’équipe a testé plus de 250 créations publicitaires pour optimiser son tunnel marketing et a scalé de manière rentable dès le premier jour
.
Au-delà d’Harmony, le compte développeur de Rocapine sur l’App Store et Google Play révèle un catalogue varié :
Rocapine répartit son portefeuille sur six verticales : santé féminine, fitness, santé mentale, nutrition, formation d’habitudes et pleine conscience .
Avec cette Série A, Rocapine veut passer du stade de la startup qui teste 120 concepts par an à celui d’une entreprise qui fait passer à l’échelle une poignée de « marques de référence ». Stanislas Marchand a déclaré que l’objectif immédiat est de rendre des apps comme Harmony dominantes dans leur niche, en défiant directement les leaders établis comme Flo Health sur le marché de la santé numérique féminine .
Pour y parvenir, Rocapine recrute activement dans quatre domaines : la gestion de produit et l’édition, l’ingénierie mobile, le marketing d’acquisition et les opérations. Parmi les postes ouverts figurent Publishing Manager, App Designer, UA Manager, Marketing Artist et stagiaire en ingénierie des données .
Les fonds permettront aussi de continuer à investir dans l’infrastructure d’édition dopée à l’IA. La plateforme tout-en-un de Rocapine fournit déjà aux studios partenaires des bibliothèques de contenu bien-être, des outils de génération rapide de MVP et des fonctionnalités de croissance intégrées. Élargir cette infrastructure permettra d’accueillir plus de studios, d’accélérer la cadence de prototypage et d’alimenter le cercle vertueux de la donnée à mesure que les applis du portefeuille collectent davantage d’informations comportementales et de santé .
Rocapine occupe une position singulière, à la croisée de trois tendances : l’essor de la santé numérique, la maturation de l’IA générative pour la personnalisation et la scalabilité éprouvée des modèles d’édition du jeu vidéo mobile. Sa mission officielle est « d’élever le bien-être grâce à des solutions mobiles innovantes » . Mais sa thèse opérationnelle est peut-être plus révélatrice : créer une app bien-être à succès ne relève pas de l’artisanat, mais d’un processus reproductible et industrialisé, porté par l’expérimentation rapide et l’intelligence artificielle.
Reste à savoir si cette thèse tiendra sur la durée. Les applis bien-être naviguent dans un environnement complexe, entre réglementations sur la vie privée, exigences de validation clinique et politiques des plateformes concernant les données de santé. La direction de Rocapine n’a pas encore abordé ces enjeux en détail publiquement, mais l’accent mis dès le départ sur les sciences comportementales et un design empathique montre une conscience que la crédibilité compte autant que la croissance.
Pour l’instant, les chiffres vont dans le bon sens, et un trésor de guerre de 13 millions d’euros offre au studio une piste significative pour prouver que son modèle peut produire non pas beaucoup d’apps bien-être, mais quelques-unes qui durent vraiment.