En deux ans, la valorisation de Revolut a plus que doublé, faisant passer la pépite britannique du rang de fintech respectée à celui de l’une des sociétés privées les plus chères d’Europe. La progression est spectaculaire :
Cette revalorisation méthodique et rapide correspond à ce que le fondateur de Revolut, Nik Storonsky, décrit comme la construction d’un « escalier de valorisation ». Chaque vente secondaire successive permet d’établir un nouveau prix de référence plus élevé avant une éventuelle introduction en Bourse .
Chaque marche de cet escalier a attiré un parterre d’investisseurs de premier plan toujours plus étoffé.
En août 2024 (valorisation de 45 milliards de dollars) : l’opération était emmenée par Coatue, D1 Capital Partners et Tiger Global, mêlant des investisseurs technologiques nouveaux et déjà présents .
En novembre 2025 (valorisation de 75 milliards de dollars) : l’offre a été dirigée par Coatue, Greenoaks, Dragoneer et Fidelity, avec la participation de Andreessen Horowitz (a16z), Franklin Templeton et de la branche capital-risque de Nvidia, NVentures . L’arrivée de Nvidia a envoyé un signal fort aux marchés sur les liens de plus en plus étroits entre la fintech et l’infrastructure de l’intelligence artificielle.
La liste définitive des investisseurs pour le tour de table du second semestre 2026 n’a pas encore été rendue publique. Toutefois, des sources évoquent un intérêt marqué de la part d’actionnaires historiques souhaitant renforcer leur position, ainsi que de nouveaux investisseurs désireux de prendre part à l’aventure avant une éventuelle entrée en Bourse .
Peut-être plus importante encore que les records de valorisation, l’étape franchie le 11 mars 2026 est historique : Revolut a enfin obtenu une licence bancaire britannique complète auprès de la Prudential Regulation Authority (PRA) de la Banque d’Angleterre .
La fintech avait déposé sa demande initiale dès 2021 et avait reçu une licence assortie de restrictions en juillet 2024, entrant alors dans une « période de mobilisation » durant laquelle elle devait prouver la robustesse de ses systèmes informatiques, de conformité et de gestion des risques . La sortie de cette phase permet désormais à Revolut Bank UK Ltd de recevoir des dépôts, de proposer des comptes protégés par le FSCS (Fonds de garantie des dépôts britannique, jusqu’à 85 000 £, voire 120 000 £ selon certaines sources), et d’accorder directement des prêts sur son marché domestique
. Cette licence fait passer Revolut du statut d’application de paiement offrant une expérience bancaire à celui d’une véritable banque réglementée, autorisée à collecter des dépôts. Elle ouvre également la voie à une gamme élargie de produits de crédit : cartes de crédit, prêts personnels et, à terme, prêts immobiliers
.
Lorsque Revolut se lancera finalement sur les marchés publics, il visera haut. Selon le Financial Times, l’entreprise cible une valorisation comprise entre 150 et 200 milliards de dollars pour son introduction en Bourse . La direction a toutefois été claire : aucune IPO n’aura lieu avant 2028
.
La stratégie est délibérée : chaque vente d’actions secondaire permet aux premiers investisseurs et aux salariés de réaliser une partie de leurs gains tout en fixant un prix plus élevé pour l’entreprise sur les marchés privés. En rehaussant progressivement sa valorisation, Revolut espère entrer en Bourse avec une étiquette de prix qui reflète des années de croissance, et pas seulement un tour de table isolé. L’entreprise a aussi renforcé ses équipes internes pour gérer directement ces cessions de titres, réduisant sa dépendance vis-à-vis des banques d’affaires de Wall Street pour organiser ces transactions privées .
Mis bout à bout, l’offre de cession prévue au second semestre 2026, la licence bancaire obtenue de haute lutte et l’ambition d’une IPO à 150–200 milliards de dollars dessinent le portrait d’une fintech qui transforme méthodiquement son élan privé en fondations solides pour des débuts publics fracassants – mais pas tout de suite.