Il faut donc parler d’un ensemble cohérent d’évolutions plutôt que d’un simple changement de pièce. La préchambre et la géométrie des pistons influencent directement la façon dont le mélange se consume, tandis que la lubrification doit empêcher qu’une partie de la puissance produite soit perdue dans les résistances internes du moteur.
Honda n’a communiqué aucun chiffre officiel. Shintaro Orihara a indiqué que les objectifs internes avaient été atteints, tout en refusant de détailler le gain obtenu.
Les estimations publiées dans la presse sont très variables. L’une évoque une progression d’environ 20 à 50 chevaux, tandis qu’une autre avance un gain pouvant atteindre 30 chevaux. Une analyse distincte estime par ailleurs que le déficit initial de Honda aurait pu être plus proche de 90 chevaux, plutôt que des quelque 60 chevaux souvent cités.
Ces chiffres ne doivent pas être considérés comme des résultats mesurés ou confirmés. Ils peuvent correspondre à des définitions différentes de l’écart entre unités de puissance, ou reposer sur des références et des hypothèses distinctes. Le point essentiel est plus limité : l’évolution doit réduire une partie du retard d’Aston Martin, mais elle ne devrait pas suffire à l’effacer en un seul week-end.
De plus, un gain moteur ne se traduit pas automatiquement par un nombre fixe de secondes au tour. Le résultat dépendra du tracé de Zandvoort, du déploiement de l’hybride, des besoins de refroidissement, de la fiabilité, de la charge de carburant, des pneus et de la manière dont le moteur fonctionnera avec la version remaniée de l’AMR26.
Le cadre ADUO — pour « Additional Development and Upgrade Opportunities » — permet aux motoristes jugés en retrait par rapport à la référence de bénéficier de possibilités supplémentaires de développement, notamment sur le banc d’essai et dans le cadre budgétaire. Honda a obtenu des opportunités additionnelles après avoir été évaluée comme suffisamment éloignée de l’unité de référence Red Bull-Ford. Les sources divergent toutefois sur le seuil exact et sur la répartition appliquée au constructeur japonais.
Honda a choisi de concentrer une première opportunité dans un ensemble important plutôt que de diviser son travail en deux petites évolutions. La logique technique paraît cohérente : conception de la chambre de combustion, fonctionnement de la préchambre, forme des pistons, calibration et réduction des frottements sont étroitement liés. Les développer ensemble permet de mettre au point une spécification plus homogène, plutôt que d’introduire des changements isolés qui devraient ensuite être réoptimisés.
Le programme pouvait aussi être validé sur les bancs de HRC Sakura, puis vérifié sur circuit au Hungaroring avant son arrivée prévue à Zandvoort. Honda n’a pas exposé publiquement tous les détails de sa décision. Les affirmations concernant un seuil précis de « plus de 4 % » ou un calcul exact de jetons doivent donc être accueillies avec prudence.
L’évolution a été développée dans le cadre du programme moteur de Honda Racing Corporation à Sakura, au Japon. Ce site avait déjà joué un rôle central dans la résolution des problèmes de fiabilité apparus au début de la collaboration avec Aston Martin.
Selon plusieurs informations, après le Grand Prix du Japon, un châssis de l’AMR26 a été envoyé à Sakura afin que les ingénieurs puissent étudier conjointement l’unité de puissance et son installation dans la voiture sur le banc d’essai.
Cette précision est essentielle : le problème initial ne se résumait pas à un moteur trop peu puissant. Des vibrations anormales ont été associées à l’unité de puissance, au système de batterie et à leur intégration dans le châssis. Elles ont provoqué des difficultés de fiabilité et d’inconfort pour les pilotes, contribuant au début de saison très compliqué d’Aston Martin.
L’évolution destinée à Zandvoort est avant tout une mise à niveau des performances, mais elle repose sur le travail préalable qui a rendu le moteur exploitable sur la distance d’un Grand Prix. Honda devait d’abord stabiliser le projet ; elle cherche désormais à retrouver de la puissance pure.
La campagne 2026 d’Aston Martin a commencé dans des conditions particulièrement difficiles. Les statistiques officielles de la Formule 1 plaçaient l’équipe au 10e rang, avec un seul point et 10 abandons après 11 Grands Prix.
Des informations ont également rapporté que la direction de l’écurie n’avait découvert que tardivement, à la fin de 2025, que l’équipe F1 de Honda comptait beaucoup moins de membres issus du programme qui avait accompagné les succès de Red Bull. Des ingénieurs expérimentés de cette période ont ensuite été rappelés pour renforcer l’organisation de Sakura.
Malgré ce départ désastreux, Honda affirme qu’Aston Martin ne s’est pas publiquement plainte de son partenaire. Les deux structures ont continué à travailler en étroite coordination, notamment parce que les vibrations concernaient à la fois l’unité de puissance et son intégration dans l’AMR26.
Cette coopération est indispensable. Aston Martin ne peut pas régler un problème d’intégration uniquement en demandant davantage de puissance au moteur, tandis que Honda ne peut pas évaluer son groupe propulseur indépendamment du châssis, du refroidissement et du conditionnement de la voiture.
L’évolution moteur n’est qu’un élément du plan de redressement d’Aston Martin. L’équipe avait introduit au Grand Prix de Hongrie un ensemble de 16 évolutions touchant le châssis et l’aérodynamique, transformant en profondeur l’AMR26. Fernando Alonso avait décrit la voiture mise à jour comme « bien meilleure », tout en estimant qu’elle disposait encore d’un potentiel à exploiter.
Les changements de Budapest ont amélioré le comportement de l’Aston Martin dans les virages. Alonso a toutefois également souligné que l’équipe avait besoin de davantage de performances moteur de la part de Honda. L’évolution attendue à Zandvoort doit donc compléter le travail effectué sur le châssis, et non constituer à elle seule une solution miracle.
Les premiers résultats en Hongrie étaient encourageants, mais encore limités : Alonso a atteint la Q2, tandis que Lance Stroll et Alonso ont terminé respectivement 13e et 14e selon les comptes rendus du week-end. Ces résultats témoignent d’un progrès, pas d’un retour aux avant-postes.
Le véritable test de l’évolution Honda ne sera pas le chiffre de chevaux avancé dans les estimations, mais la comparaison des performances en piste. Plusieurs signaux seront particulièrement révélateurs :
L’évolution Honda de Zandvoort doit donc être considérée comme une étape de reconstruction. Elle cible les bons domaines — vitesse de combustion, comportement des pistons et réduction des frottements — mais les éléments disponibles ne permettent pas de promettre un gain précis ni un spectaculaire retournement de situation au championnat. Pour mesurer les progrès réels de cette collaboration, Aston Martin devra faire fonctionner ce moteur avec son nouveau châssis, préserver la fiabilité et poursuivre son développement lors des prochaines courses.