La mobilisation citoyenne s’est rapidement amplifiée : manifestations, pétitions et contributions publiques au processus de consultation. Plus de 1 300 signatures ont été recueillies dans une pétition demandant un examen plus approfondi du projet.
Pour les riverains, le problème le plus immédiat est souvent le bruit.
Les centres de données nécessitent des systèmes de refroidissement permanents et des infrastructures électriques lourdes. Les générateurs de secours — indispensables pour éviter toute interruption — peuvent produire un niveau sonore important lors des tests ou des pannes.
Dans le cas de Hazelmere, les autorités locales ont estimé que les générateurs prévus pourraient dépasser les niveaux sonores acceptables pour la zone.
Comme ces installations fonctionnent en continu, même un bruit industriel modéré peut devenir un problème majeur de qualité de vie pour les habitants proches.
Le site proposé se trouvait à proximité de Mandoon Bilya (la rivière Helena), une zone considérée comme écologiquement sensible et utilisée pour des projets de restauration environnementale et d’éducation. Des organisations environnementales ont exprimé leurs inquiétudes quant à la construction d’une grande structure industrielle à proximité du cours d’eau.
La région possède également une forte valeur culturelle. Des études patrimoniales indiquent que les systèmes fluviaux Swan et Helena ont soutenu les peuples Nyoongar pendant environ 40 000 ans, ce qui souligne l’importance culturelle du paysage environnant.
Même si les rapports publics mentionnent peu d’objections autochtones formelles liées spécifiquement au projet, cette dimension culturelle a renforcé les interrogations sur la pertinence du site.
Au‑delà des impacts locaux visibles, un autre facteur alimente l’opposition : la consommation massive de ressources.
Les centres de données hyperscale exigent une alimentation électrique constante et utilisent souvent d’importants volumes d’eau pour refroidir leurs serveurs. Un centre de données typique de cette catégorie peut consommer environ 100 mégawatts d’électricité, soit l’équivalent de la consommation de 100 000 foyers.
Selon diverses études et enquêtes d’opinion, les citoyens craignent notamment que ces installations :
Ces inquiétudes sont désormais au cœur du débat public autour de l’expansion de l’infrastructure numérique.
Les centres de données sont souvent présentés comme des moteurs de développement économique local. Mais leur modèle industriel est très automatisé.
Une fois construits, ils nécessitent peu d’employés permanents comparés à d’autres installations industrielles ou logistiques.
Dans le cas de Hazelmere, le projet d’un milliard de dollars devait créer seulement environ 24 emplois permanents.
Pour beaucoup d’habitants, cet équilibre — impacts locaux significatifs pour un nombre limité d’emplois — fragilise le soutien aux projets.
Hazelmere n’est pas un cas isolé. Dans plusieurs régions des États‑Unis et ailleurs, des projets majeurs sont retardés ou abandonnés sous la pression locale.
Selon des analyses citées par des décideurs et des groupes industriels, environ 64 milliards de dollars de projets de centres de données aux États‑Unis ont été bloqués ou retardés depuis 2025 en raison de l’opposition des communautés et d’un examen réglementaire plus strict.
Cette dynamique montre que les mouvements citoyens peuvent désormais influencer la géographie mondiale de l’infrastructure numérique.
La demande en capacité informatique pour l’IA ne cesse d’augmenter, ce qui signifie que la construction de nouveaux centres de données restera une priorité stratégique pour de nombreux pays.
Mais l’exemple de Hazelmere illustre une évolution importante : la viabilité d’un projet ne dépend plus seulement de la technologie ou du financement.
Les développeurs doivent désormais obtenir ce que les décideurs appellent une « licence sociale » — l’acceptation par la population locale que les bénéfices du projet dépassent ses impacts.
Les communautés demandent de plus en plus :
Sans ces garanties, même des projets d’infrastructure liés à l’IA et financés à plusieurs milliards peuvent devenir politiquement impossibles à réaliser.
À mesure que l’économie de l’IA se développe, le succès des futurs centres de données dépendra peut‑être moins de la puissance des serveurs que de la capacité des entreprises à convaincre les communautés qui hébergent l’infrastructure physique du monde numérique.