Pour comprendre la stratégie de MuleRun, il faut plonger dans la vague qu’elle entend dompter. OpenClaw, créé par le développeur autrichien Peter Steinberger, n’est pas un modèle d’intelligence artificielle à proprement parler. C’est un « harnais agentique », autrement dit une coque logicielle qui permet de connecter n’importe quel grand modèle de langage pour lui donner la capacité de naviguer sur le web, cliquer, écrire du code et agir de manière autonome . Sa nature open source et ses capacités quasi magiques en ont fait un phénomène planétaire : son dépôt GitHub a dépassé les 172 000 étoiles en quelques mois
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En Chine, l’engouement a dépassé le cercle des développeurs. De grands fournisseurs cloud se sont rués pour proposer leurs propres déploiements d’OpenClaw, des gouvernements locaux ont offert des subventions aux startups l’utilisant, et un véritable écosystème de services s’est créé, certains proposant l’installation de l’outil pour environ 40 euros . Le mème « élever des homards » résumait parfaitement ce mélange de jeu et de productivité. Mais à mesure que des utilisateurs confiaient les clés de leur machine à ces agents auto-hébergés, la face sombre est apparue. Faire tourner un agent sur son propre matériel, sans réelle supervision de sécurité, ouvrait grand la porte aux fuites de données et aux actions involontaires
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Alibaba ne cherche pas à copier OpenClaw, mais à en capter l’élan en proposant une architecture fondamentalement différente : le modèle géré plutôt que l’auto-hébergement. La promesse centrale est simple : retrouver l’expérience grisante de l’agent autonome – déléguer des recherches, du code, de l’analyse de données à des collaborateurs numériques – sans jamais toucher une ligne de commande ni craindre pour la sécurité de son serveur .
MuleRun fonctionne comme une place de marché d’agents IA . Au lieu de chercher du matériel et de gérer des installations complexes, l’utilisateur choisit ses agents dans un catalogue. Ceux-ci s’exécutent sur des machines virtuelles cloud dédiées chez Alibaba, ce qui signifie qu’ils persistent et continuent de travailler même quand l’onglet du navigateur est fermé
. Cette approche supprime instantanément les plus gros freins à l’adoption qui écartaient les non-initiés d’OpenClaw.
Le 28 mai, MuleRun a activé un mode multi-tâches qui va bien plus loin que la plupart des outils mono-agents. La plateforme peut décomposer un projet complexe en sous-tâches et assigner chacune à un agent distinct doté de son propre contexte. Et il ne s’agit pas de sous-agents au rabais, mais d'agents à part entière, dotés d’une mémoire permanente et capables d’interagir individuellement avec l’utilisateur si nécessaire . Concrètement, un responsable marketing peut lancer en parallèle une étude de marché, une création de contenu et une analyse de données, sans que ces flux ne se télescopent.
Le positionnement semble porter ses fruits. Dès son lancement, MuleRun revendiquait des utilisateurs dans 43 pays, dont le Japon, le Brésil et le Mexique. Les indicateurs payants sont particulièrement solides pour une nouvelle plateforme : 34 % de ses utilisateurs payants dépensent plus de 200 dollars par mois, avec une présence active moyenne de 2,6 jours ouvrés par semaine pour boucler 13 missions de bout en bout .
C’est là que le fossé se creuse avec l’héritage d’OpenClaw. MuleRun intègre la sécurité dès l’infrastructure, une réponse directe aux vulnérabilités qui ont écorné la réputation du « homard ».
Parce que les agents MuleRun s’exécutent au sein de l’environnement contrôlé d’Alibaba Cloud, ils héritent de toutes les certifications de conformité, des cadres de gouvernance des données et de la posture de sécurité de l’un des leaders mondiaux du cloud. Ce n’est plus à l’utilisateur final de devenir expert en cybersécurité – un caillou majeur dans la chaussure de l’auto-hébergement – ce qui positionne MuleRun comme une « alternative plus sûre », compatible avec les cycles d’achat des entreprises qui auraient immédiatement bloqué tout déploiement open source non maîtrisé . L’architecture en machines virtuelles dédiées garantit que les agents, bien qu’actifs en permanence, opèrent dans un périmètre de sécurité strict, et non sur une machine personnelle vulnérable.
Alibaba ne se contente pas de singer la mécanique virale d’OpenClaw. Le pari est que la prochaine phase du marché, en particulier chez les professionnels et les équipes, donnera la priorité à la sécurité et à la gérabilité autant qu’à la puissance. En canalisant l’énergie de la « fièvre du homard » vers une main-d’œuvre IA sous contrôle, tout en neutralisant la panique sécuritaire, Alibaba construit un jardin clos pour l’avenir des agents autonomes.