La situation a suscité une inquiétude particulière car les autorités ukrainiennes avaient également averti que la Russie pourrait utiliser son missile balistique intermédiaire Oreshnik, un système rapide et difficile à intercepter.
Des alertes aériennes ont été déclenchées à Kyiv peu après 1 h du matin (heure locale) lorsque la Russie a lancé une attaque combinée de missiles et de drones. Des explosions ont été entendues dans plusieurs quartiers pendant que les systèmes de défense aérienne tentaient d’intercepter les projectiles.
Selon les autorités de la ville, plusieurs districts ont été touchés et des civils ont été blessés. Le maire de Kyiv, Vitali Klitschko, a indiqué qu’au moins cinq personnes avaient été blessées, dont une hospitalisée. Les équipes de secours sont intervenues pour éteindre des incendies et sécuriser des débris tombés dans différents secteurs de la capitale.
Peu avant le début de l’attaque, l’armée de l’air ukrainienne avait signalé un risque de lancement d’un missile Oreshnik, ce qui a renforcé l’urgence des alertes aériennes diffusées à la population.
L’attaque est survenue après une série d’avertissements publics peu fréquents.
Le président Volodymyr Zelensky a déclaré le 23 mai que les services de renseignement ukrainiens — avec des informations partagées par des partenaires américains et européens — indiquaient que la Russie pourrait préparer une frappe combinée incluant le missile Oreshnik.
Dans le même temps, l’ambassade des États‑Unis à Kyiv a publié une alerte de sécurité indiquant avoir reçu des informations sur une « attaque aérienne potentiellement importante » pouvant survenir dans les 24 heures. Elle a conseillé aux citoyens américains présents en Ukraine de se tenir prêts à se mettre immédiatement à l’abri en cas de sirène d’alerte.
Quelques heures plus tard, la capitale ukrainienne était effectivement visée par une salve de missiles et de drones.
Le Oreshnik est un missile balistique russe de portée intermédiaire (IRBM). Les analystes estiment qu’il est probablement dérivé du système RS‑26 Rubezh développé par la Russie.
Parmi les caractéristiques généralement attribuées à ce missile :
Le système a attiré l’attention internationale lorsqu’il a été utilisé pour la première fois au combat en novembre 2024, lors d’une frappe sur la ville ukrainienne de Dnipro.
Les experts militaires soulignent plusieurs facteurs qui rendent l’Oreshnik particulièrement préoccupant.
D’abord, sa vitesse extrêmement élevée et sa trajectoire balistique réduisent considérablement la fenêtre de détection et d’interception pour les systèmes de défense antimissile.
Ensuite, sa capacité à déployer plusieurs ogives indépendantes complique la défense : un seul missile peut se séparer en plusieurs projectiles durant sa phase finale, obligeant les systèmes de défense à suivre et intercepter plusieurs cibles simultanément.
Enfin, le fait que ce missile soit capable d’emporter une charge nucléaire lui donne aussi une dimension stratégique. Même lorsqu’il transporte une charge conventionnelle, son emploi peut être interprété comme un signal d’escalade militaire ou politique, notamment à l’égard de l’Ukraine et des pays de l’OTAN.
La frappe du 24 mai ne constitue pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans une augmentation récente de l’intensité des attaques aériennes russes contre l’Ukraine.
Au cours des semaines précédentes, Moscou a lancé de vastes vagues de drones et de missiles. Les autorités ukrainiennes ont notamment décrit une attaque sur deux jours comme la plus importante depuis le début de l’invasion à grande échelle, avec des centaines d’engins aériens utilisés.
Ces bombardements ont touché Kyiv mais aussi d’autres grandes villes, endommageant des immeubles résidentiels et des infrastructures civiles et causant des victimes.
Dans ce contexte, la frappe du 24 mai apparaît comme un nouvel épisode d’une campagne aérienne de plus en plus intense, où la Russie combine attaques massives et démonstration de capacités technologiques avancées, notamment avec des systèmes comme le missile Oreshnik.
L’attaque russe du 24 mai contre Kyiv a illustré à la fois l’ampleur croissante des frappes aériennes dans la guerre en Ukraine et l’inquiétude suscitée par l’éventuelle utilisation de systèmes avancés comme le missile balistique Oreshnik. Sa vitesse extrême, sa capacité à transporter plusieurs ogives et son potentiel nucléaire en font l’un des types d’armes les plus difficiles à contrer pour les défenses aériennes modernes.