Les radars polonais ont suivi sa trajectoire vers l’ouest jusqu’à sa disparition des écrans à 3 h 46, heure locale. Un F-16 avait été envoyé pour tenter de l’intercepter, mais le missile a atteint le sol avant d’être abattu . Selon les autorités polonaises, il s’agit de la première fois depuis 2022 qu’un missile russe frappe le territoire d’un pays de l’OTAN. L’incident de Przewodów, en novembre 2022, avait été provoqué par un missile ukrainien de défense antiaérienne qui avait tué deux personnes .
Donald Tusk a convoqué une réunion d’urgence et s’est entretenu avec des dirigeants de l’Union européenne et des États-Unis . L’OTAN a confirmé qu’un missile russe avait frappé le territoire d’un de ses membres et a déclaré qu’elle prendrait « toutes les mesures nécessaires » pour assurer sa défense .
Cette séquence n’a pas automatiquement déclenché une réponse militaire collective, mais elle a marqué une escalade particulièrement sensible : un projectile tiré dans le cadre de la guerre contre l’Ukraine avait parcouru plusieurs dizaines de kilomètres à l’intérieur du territoire allié.
Quelques heures après l’impact, la station russe UVB-76 a interrompu son signal caractéristique. Cette radio d’ondes courtes, active depuis l’époque soviétique sur la fréquence de 4 625 kHz, émet habituellement un bourdonnement monotone continu .
Le 30 juillet, le canal de surveillance UVB-76 Logs a signalé le début d’une série de transmissions à 12 h 20, heure de Moscou. Au moins huit mots codés auraient été diffusés, même si certaines sources ont comptabilisé neuf messages ou davantage . Parmi les termes rapportés figuraient notamment :
Le contenu de ces transmissions ne permet pas, à lui seul, d’établir un lien direct avec le missile tombé en Pologne. C’est surtout leur proximité temporelle avec l’incident qui a alimenté les spéculations.
Les groupes de surveillance radio, les analystes du renseignement et plusieurs experts occidentaux considèrent UVB-76 comme un réseau russe de communications militaires et de commandement. Le site spécialisé Priyom.org l’associe notamment au district militaire occidental russe et décrit une station fonctionnant en continu sur 4 625 kHz .
Le rôle exact de la station n’a toutefois pas été officiellement confirmé. Les hypothèses les plus souvent avancées sont les suivantes :
Dans ce contexte, la salve de messages diffusée après l’incursion en Pologne a été interprétée comme un possible exercice de préparation, un contrôle de liaison ou un signal destiné à l’appareil militaire russe. Aucune de ces interprétations n’a été confirmée par Moscou.
L’incident polonais s’inscrit dans une attaque aérienne russe d’une ampleur exceptionnelle. Selon les déclarations ukrainiennes, la Russie a lancé plus de 70 missiles et environ 280 drones pendant la nuit . Kyiv a notamment été visée par des missiles balistiques vers 1 h 18, heure locale. Plusieurs explosions ont été entendues dans la capitale, où le maire Vitali Klitschko a appelé les habitants à se mettre à l’abri . Au moins une personne y a été tuée .
Les bilans des victimes ont évolué et diffèrent selon les sources :
L’armée de l’air ukrainienne a également indiqué que juillet constituait un mois record pour l’emploi de missiles russes, avec 126 missiles balistiques tirés contre l’Ukraine depuis le début du mois selon le décompte cité par le New York Times .
Le lendemain, le 31 juillet, deux F-16 polonais ont intercepté un avion russe de renseignement électronique Il-20 au-dessus de la mer Baltique, à environ 40 kilomètres au nord de Kołobrzeg . L’appareil volait sans plan de vol et avec son transpondeur désactivé, mais il est resté dans l’espace aérien international et n’a pas pénétré en territoire polonais . Le ministre polonais de la Défense, Władysław Kosiniak-Kamysz, a qualifié l’opération de « nouvelle interception réussie » .
Les éléments fournis ne permettent pas de confirmer, pour cette même période, les informations évoquant la destruction d’un système russe Buk-M3 ou une campagne nocturne précise de drones ukrainiens contre la Russie. Ces événements ne doivent donc pas être présentés comme établis dans cette séquence.
Le missile Kh-101 tombé en Pologne, les frappes massives contre l’Ukraine, l’activité inhabituelle d’UVB-76 et l’interception de l’Il-20 dessinent néanmoins un même arrière-plan : celui d’une activité militaire intense sur le flanc oriental de l’OTAN. La « radio de l’Apocalypse » a peut-être simplement relayé un message de routine ou un signal militaire codé. Mais, dans les heures qui ont suivi la première frappe russe confirmée sur le territoire allié depuis 2022, son bourdonnement interrompu a pris une portée bien plus inquiétante.