Un autre catalyseur, moins médiatisé mais stratégiquement important, a été l'annonce d'une collaboration dans la 5G avec le géant américain de la défense Lockheed Martin. Ce partenariat a ajouté une dimension « communications sécurisées et connectivité de défense » au récit de Nokia sur l'infrastructure IA, élargissant son champ d'action bien au-delà des télécoms traditionnelles .
Ce changement de perception a été validé par des chiffres concrets lors de la publication des résultats du premier trimestre 2026. Nokia a annoncé un chiffre d'affaires net total de 4,5 milliards d'euros, en hausse de 4 % sur un an à taux de change et périmètre constants [7, 33]. Le chiffre le plus marquant est celui du segment « IA & Cloud », dont les ventes ont grimpé de 49 % sur un an pour atteindre 350 millions d'euros, représentant désormais 8 % des ventes totales du groupe [34, 36].
Parmi les autres faits marquants du T1, on peut citer :
La direction a également revu à la hausse ses perspectives de croissance à long terme pour le marché de l'IA/cloud, tablant désormais sur un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 27 % entre 2025 et 2028, contre une estimation de 16 % en novembre 2025 .
Le rallye de 140 % a creusé un fossé important entre le cours actuel et les objectifs de cours de la plupart des analystes. Fin mai 2026, le large consensus de 18 analystes suivi par MarketBeat tablait sur un objectif de cours moyen à 12 mois d'environ 9,71 $, avec une fourchette allant de 5 $ à 15 $. Ce consensus suggérait un potentiel de baisse d'environ 36 % par rapport aux niveaux records de mai [5, 18].
En contraste, un groupe plus restreint de 3 analystes (suivi par Public.com) donnait un objectif de 10,33 $, tandis qu'un panel de 8 analystes cité par TipRanks pointait vers une moyenne de 13,12 $, à la suite de révisions post-résultats T1 [17, 25]. Cet écart met en lumière une dynamique clé : si certains analystes ont fortement revu leurs objectifs à la hausse (Argus Research à 15 $, Raymond James à 12 $), le consensus plus large, par nature moins réactif, reste bien en deçà du prix de marché .
La thèse haussière repose sur l'idée que la transformation de Nokia dans l'IA en est encore à ses balbutiements et que les modèles d'analyse n'ont pas encore pleinement intégré ce potentiel de croissance. La thèse baissière, elle, soutient que l'action est simplement montée trop haut, trop vite, et que même un segment IA en forte croissance ne représente encore qu'une fraction modeste de la base de revenus trimestriels de 4,5 milliards d'euros du groupe.
Après avoir touché son plus haut annuel, l'action Nokia a montré des signes d'essoufflement, un schéma déjà observé par le passé. En octobre 2025, lors de la première annonce du partenariat avec Nvidia, le titre avait bondi de plus de 40 % en deux jours, avant de chuter de 5 %, certains analystes qualifiant alors la hausse d'« excessive » . Le repli observé en 2026 depuis le pic de mai reflète une logique similaire : la transformation IA est réelle, mais la valorisation a dépassé ce que la plupart des modèles d'analystes peuvent justifier.
La principale inquiétude n'est pas que le récit IA/cloud s'essouffle. C'est que le cours actuel intègre déjà un niveau d'exécution qui ne laisse que très peu de place à l'erreur.
Nokia doit publier ses résultats du T2 2026 avant l'ouverture des marchés le jeudi 23 juillet 2026 [49, 61, 62]. Les prévisions communiquées lors du rapport du T1 fournissent une feuille de route : la direction anticipe une augmentation séquentielle de 5 % à 9 % du chiffre d'affaires net et indique que le résultat opérationnel du T2 représente généralement 12 % à 16 % de l'objectif annuel [50, 53]. Le groupe a maintenu sa prévision d'un résultat opérationnel comparable annuel compris entre 2,0 et 2,5 milliards d'euros .
Pour les investisseurs, ce rapport répondra à plusieurs questions décisives :
Si Nokia dépasse les attentes sur les revenus IA/cloud, affiche un bon flux de commandes et continue d'améliorer ses marges, la thèse haussière pour une revalorisation durable en sortira considérablement renforcée. Si la croissance ralentit ou si les marges se contractent, même modestement, le titre risque de subir des pressions, compte tenu de son avance par rapport au consensus des analystes.
D'une certaine manière, le 23 juillet est le moment où le récit de la transformation IA de Nokia se confrontera à la réalité de l'exécution trimestrielle. Le rallye de 140 % était un pari sur l'avenir. Le rapport du T2 montrera si cet avenir est en train de se réaliser.
Comments
0 comments