Les annonces évoquent un investissement sud-coréen potentiellement colossal dans l’approvisionnement électrique des États-Unis, alors que les centres de données liés à l’intelligence artificielle font exploser les besoins en énergie. Mais il faut distinguer les montants annoncés des engagements réellement actés : la centrale à gaz du Texas est le projet le plus tangible à ce stade, tandis que le plan de huit réacteurs nucléaires reste négocié au plus haut niveau.
1
17
Ce que comprendrait le paquet
Une centrale à gaz de 22,3 milliards de dollars au Texas
Le projet le plus précis concerne une centrale électrique au gaz d’environ 22,3 milliards de dollars (environ 20,8 milliards d’euros), d’une puissance de 6,3 gigawatts, à Encinal, au Texas. Elle serait destinée à répondre à la demande d’électricité de centres de données d’IA situés à proximité et a été présentée comme le premier investissement sud-coréen au titre de l’accord commercial bilatéral.
17
19
Selon des médias sud-coréens, la construction serait échelonnée : 1,4 GW de capacité à turbines à gaz, puis 4,9 GW en cycle combiné. Ce découpage permettrait aux partenaires d’évaluer la demande effective et la rentabilité du projet avant de réaliser l’ensemble de l’installation.
21
La prudence reste toutefois de mise. Le montant et les conditions du projet proviennent de médias citant des responsables ou des sources politiques, et le ministère sud-coréen de l’Industrie a indiqué que les discussions n’étaient pas finalisées.
17
25
Jusqu’à huit grands réacteurs nucléaires américains
Le volet le plus ambitieux, mais aussi le moins défini, porterait sur la construction de jusqu’à huit grands réacteurs nucléaires aux États-Unis. Des articles de presse estiment ce programme à environ 120 milliards de dollars. Ajouté à la centrale texane, il ferait passer l’ensemble nucléaire-gaz bien au-delà de 100 milliards de dollars si les projets se concrétisent à l’échelle évoquée.
1
4
La question industrielle centrale est celle de la technologie retenue. Les discussions portent sur l’AP1000 de l’américain Westinghouse et l’APR1400 de Korea Electric Power Corporation, ou KEPCO, le groupe public sud-coréen de l’électricité. Certains médias sud-coréens évoquent au moins deux unités APR1400, tandis que les autres pourraient associer des équipements et entreprises de construction sud-coréens à la technologie de Westinghouse. Mais la conception des réacteurs, le mode d’investissement et l’ampleur totale du projet ne sont pas tranchés.
3
6
15
Une prise de participation sud-coréenne dans Westinghouse est également évoquée ; sa taille et les droits qui y seraient liés restent en négociation.
4
13
Ce qui est acté — et ce qui ne l’est pas
La distinction essentielle est celle entre, d’une part, le cadre commercial et d’investissement déjà formalisé entre Washington et Séoul et, d’autre part, les projets énergétiques précis envisagés dans ce cadre.
Les États-Unis et la Corée du Sud ont formalisé un mémorandum d’entente couvrant l’engagement d’investissement sud-coréen de 350 milliards de dollars aux États-Unis. En contrepartie, Washington a réduit les droits de douane sur les importations sud-coréennes, notamment les automobiles et pièces détachées : le taux est fixé à 15 %, au lieu des 25 % auparavant envisagés.
29
31
41
Les projets énergétiques sont, eux, des investissements candidats dans ce dispositif. Les informations disponibles ne permettent pas d’établir les sites définitifs des réacteurs, l’identité des propriétaires et exploitants, les modalités précises de financement, les calendriers de chantier ou une répartition arrêtée entre AP1000 et APR1400.
6
15
26
Au début de septembre, plusieurs médias évoquaient la possibilité d’un accord ou d’un mémorandum supplémentaire dès le 18 septembre. Il s’agissait d’une échéance rapportée par la presse locale, non d’un engagement finalisé.
3
5
Comment le projet s’insère dans l’accord de 350 milliards de dollars
L’engagement de 350 milliards de dollars de Séoul ne constitue pas un fonds énergétique unique et sans limite. Sa structure convenue est la suivante :
- 200 milliards de dollars d’investissements directs dans des secteurs stratégiques américains ;
- 150 milliards de dollars de coopération liée à la construction navale ;
- un plafond annuel de 20 milliards de dollars pour les investissements en numéraire, afin de limiter la pression sur le marché sud-coréen des changes.
29
30
35
La centrale d’Encinal et les projets nucléaires devraient donc relever principalement de l’enveloppe de 200 milliards de dollars consacrée aux investissements stratégiques, et non créer une obligation additionnelle au-delà du paquet global. La presse sud-coréenne présente le programme de huit réacteurs comme une composante de cette enveloppe.
9
12
L’engagement distinct d’acheter 100 milliards de dollars de produits énergétiques américains ne correspond pas au financement d’infrastructures électriques. Il concerne des achats d’énergie, tandis que la centrale au gaz et les réacteurs sont des projets d’investissement industriel.
32
42
Pourquoi les négociations sont difficiles
Ce dossier se situe au croisement de la politique commerciale, de la stratégie industrielle et de l’alliance entre les deux pays. Washington cherche à accélérer l’exécution de l’engagement d’investissement ; Séoul insiste sur le rythme des décaissements, la viabilité commerciale, le partage des risques et une participation substantielle des entreprises sud-coréennes. Reuters a rapporté que la pression tarifaire avait intensifié l’examen par Séoul de projets américains potentiels.
2
38
Pour la Corée du Sud, le choix du mix de réacteurs est particulièrement sensible : il déterminera la place réelle accordée à sa technologie nucléaire et à ses fournisseurs. Le désaccord rapporté entre l’AP1000 et l’APR1400 montre que le chiffre de huit réacteurs ne vaut pas encore programme de construction définitivement arrêté.
6
7
La Corée du Sud a pris des mesures pour permettre la mise en œuvre du paquet d’investissement global, notamment avec un décret présidentiel, en juin 2026, précisant les conditions du volet de 200 milliards de dollars d’investissements directs. Mais chaque projet reste soumis à des accords commerciaux spécifiques et aux autorisations américaines applicables.
30
Les éléments disponibles ne permettent pas de conclure qu’une éventuelle friction militaire récente entre les États-Unis et la Corée du Sud ait directement modifié les conditions ou le calendrier du paquet énergétique. Elle peut peser sur le climat politique général, mais établir un lien de cause à effet direct serait spéculatif.
À retenir
La centrale au gaz d’Encinal, au Texas, est le projet qui a le plus de chances de devenir le premier investissement énergétique visible dans le cadre commercial États-Unis–Corée du Sud. Le programme envisagé de huit réacteurs est nettement plus important par sa valeur et son ambition industrielle, mais il demeure un cadre de négociation plutôt qu’un chantier définitivement validé.
17
1
Les prochains signaux décisifs seront l’annonce formelle d’un accord, la précision sur la technologie nucléaire choisie et sur le rôle industriel sud-coréen, ainsi que la part des 200 milliards de dollars d’investissements stratégiques que Séoul affectera réellement à ces projets.