VentureBeat rapporte de son côté qu’Anthropic a franchi un rythme annualisé de chiffre d’affaires de 30 milliards de dollars, contre environ 9 milliards de dollars à la fin de 2025 . Ce point doit être bien compris : un rythme annualisé n’est pas un chiffre d’affaires annuel déjà encaissé. C’est une extrapolation du niveau d’activité courant.
Le détail le plus important est que les rapports parlent à la fois de chiffre d’affaires et d’usage. Le chiffre d’affaires peut être gonflé par des prix, le calendrier de gros contrats ou des accords ponctuels. Une hausse simultanée de l’usage, couplée à une pénurie de calcul, pointe plus directement vers des clients qui consomment réellement de la capacité de modèle. Des rapports lient aussi l’expansion d’Anthropic à la popularité de Claude et de Claude Code, son outil de codage pour développeurs .
Le débat sur l’IA d’entreprise ne se joue plus seulement sur les démonstrations impressionnantes. La question est de savoir si les outils passent des pilotes à un usage répété dans les flux de travail. Sur ce point, les chiffres rapportés par Anthropic suggèrent qu’une partie des clients utilise déjà l’IA assez souvent pour bousculer la planification d’infrastructure .
Les outils de développement logiciel sont un cas d’usage particulièrement sensible. Quand un assistant de code, un agent ou un outil de workflow devient une ressource utilisée tout au long de la journée par des équipes techniques, la demande peut monter très vite. Le fait que la croissance d’Anthropic soit associée à Claude et à Claude Code rend les usages développeurs parmi les plus lisibles à court terme dans cette histoire de demande .
La conclusion prudente est donc la suivante : la poussée d’Anthropic affaiblit l’idée selon laquelle la demande d’IA en entreprise ne serait que du marketing. Elle ne prouve pas que toutes les dépenses d’IA sont productives, mais elle montre qu’un acteur majeur a sous-estimé l’usage réel dans des proportions considérables.
Les dépenses d’investissement — le fameux capex — dans l’IA ont besoin d’une chose simple : des charges de travail payantes qui remplissent les machines. Sur ce plan, Anthropic fournit un point d’appui notable. L’entreprise aurait prévu une croissance de 10x, observé un rythme annualisé de 80x au premier trimestre pour le chiffre d’affaires et l’usage, puis relié cet écart à des pénuries de calcul .
Ce signal de demande arrive au moment où les prévisions sur les centres de données atteignent des ordres de grandeur historiques. Dell’Oro Group estime que le cycle d’expansion pluriannuel de l’IA pourrait porter les dépenses mondiales en centres de données à 1 700 milliards de dollars d’ici 2030 . BloombergNEF rapporte que les dépenses d’investissement des 14 plus grands opérateurs cotés de centres de données devraient approcher 750 milliards de dollars en 2026, avec plus de 23 gigawatts de capacité informatique en construction
. Clifford Chance cite des estimations sectorielles selon lesquelles les centres de données pourraient nécessiter environ 6 700 milliards de dollars de capex mondial d’ici 2030, dont 5 200 milliards pour des capacités compatibles avec l’IA
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Ces estimations ne se comparent pas ligne à ligne : les périmètres, les hypothèses et les définitions ne sont pas identiques. Mais, mises ensemble, elles expliquent pourquoi le débat sur l’investissement IA se chiffre désormais en milliers de milliards de dollars. La question de la demande n’est plus seulement logicielle ; elle touche au calcul, à l’électricité, au financement et aux délais de construction.
La croissance d’Anthropic n’est pas un blanc-seing pour tout le secteur. À elle seule, elle ne répond pas aux questions décisives de rentabilité : coût de l’inférence, marges brutes, durée des contrats, rétention des clients, taux d’utilisation futur des GPU, amortissement, coût de l’énergie et conditions de financement.
C’est là que le débat devient plus délicat. Les centres de données IA et les flottes de GPU sont des paris à coûts fixes élevés. Si les charges de travail payantes maintiennent les capacités fortement utilisées et si les fournisseurs de modèles améliorent leur efficacité, des investissements agressifs peuvent être rationnels. Si la croissance de l’usage ralentit, si les marges se contractent ou si les capacités arrivent plus vite que la demande rentable, le même mouvement peut devenir excessif.
L’énergie est une autre contrainte. BloombergNEF rapporte que les opérateurs de centres de données achètent plus d’énergie que jamais alors que les capacités en construction continuent d’augmenter . Clifford Chance souligne aussi que les capacités adaptées à l’IA déplacent une part croissante des dépenses vers la couche de calcul — GPU, serveurs et équipements associés — dont les cycles de renouvellement sont plus courts que ceux de l’immobilier et des infrastructures électriques sous-jacentes
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La croissance 80x rapportée chez Anthropic est un signal haussier pour la demande d’IA en entreprise, surtout dans les workflows de développement liés à Claude et Claude Code . Elle aide à justifier les investissements lorsque de vrais clients consomment l’IA à grande échelle et lorsque la nouvelle capacité peut rester utilisée.
Mais elle ne démontre pas que tous les projets d’infrastructure IA à plusieurs milliers de milliards de dollars gagneront leur pari. Les prochains indicateurs à surveiller sont plus prosaïques : le chiffre d’affaires annualisé devient-il un revenu durable ? Les entreprises renouvellent-elles et élargissent-elles leurs contrats ? Le coût de calcul par tâche baisse-t-il ? Les nouvelles capacités restent-elles pleines ? Et l’accès à l’électricité suit-il le rythme de construction des centres de données ?