L’argument plus large du rapport est que les chocs successifs survenus depuis la pandémie de Covid-19 ont déjà affaibli la résilience du système alimentaire. Une nouvelle perturbation ne toucherait donc pas une chaîne d’approvisionnement revenue à la normale, mais des producteurs, des stocks et des réseaux logistiques déjà mis à rude épreuve.
Les engrais azotés dépendent fortement du gaz naturel. Leurs marchés réagissent donc à la fois aux interruptions physiques d’approvisionnement et à l’évolution des prix de l’énergie. Le Moyen-Orient représente une part importante des exportations mondiales : environ 42 % pour l’urée et 27 % pour l’ammoniac, selon une analyse connexe de JPMorgan.
Lorsque les routes maritimes ou les installations de production sont perturbées, la chaîne de transmission peut se dérouler ainsi :
Les données citées par la Banque mondiale montrent à quelle vitesse le marché des engrais peut réagir : le prix de l’urée azotée a dépassé 850 dollars par tonne métrique en avril, en hausse de 80 % depuis février, après des perturbations d’approvisionnement liées au détroit d’Ormuz. Un rapport des Nations unies a également fait état de fortes baisses des exportations régionales sur la période étudiée, dont 95 % pour le gaz naturel liquéfié, 83 % pour l’urée et 75 % pour l’ammoniac.
Ces chiffres décrivent des perturbations et des mouvements de prix rapportés ; ils ne prouvent pas, à eux seuls, qu’une baisse précise des rendements mondiaux se produira. Le risque clé est qu’un problème temporaire de logistique se transforme en problème de production lorsqu’il coïncide avec les décisions de semis et avec des possibilités limitées de substitution.
L’approvisionnement en engrais ne peut pas nécessairement revenir à la normale dès qu’un conflit ou un blocus s’achève. JPMorgan estime qu’il faudrait entre un et quatre ans pour ramener une production d’engrais endommagée à sa pleine capacité. Certaines installations de gaz naturel pourraient nécessiter trois à cinq ans, en tenant compte des dégâts éventuels causés aux puits.
Cela ne signifie pas qu’une pénurie durerait forcément aussi longtemps. Mais une interruption courte peut avoir des conséquences prolongées si les usines endommagées, l’absence de matière première et les routes commerciales perturbées empêchent les producteurs de reconstituer rapidement l’offre. Le calendrier agricole accentue le problème : une livraison manquée pendant les semis ou l’épandage peut être bien plus dommageable que le même retard à une période moins critique.
El Niño représente le volet météorologique de la thèse de JPMorgan. Un épisode intense pourrait modifier les régimes de précipitations et de températures dans plusieurs grandes régions agricoles, réduire les rendements ou accroître la volatilité de cultures déjà confrontées à des coûts plus élevés d’engrais, de carburant et de transport. JPMorgan et plusieurs articles résumant son analyse estiment que cette combinaison pourrait maintenir l’inflation alimentaire à un niveau élevé jusqu’au premier semestre 2027.
Les éléments disponibles ne fournissent toutefois pas le texte exact d’un avis de la NOAA, ni la probabilité d’un « super El Niño », ni la probabilité qu’un tel épisode se prolonge jusqu’en 2027. Ces chiffres précis doivent donc être considérés comme non vérifiés dans le dossier disponible.
Ce qui est étayé, c’est l’interaction entre les risques : un choc météorologique peut réduire l’offre au moment même où un choc énergétique et agricole augmente le coût de production et d’acheminement des denrées. Cette combinaison est plus inflationniste que chacun des deux risques pris séparément. Un rapport fourni attribue au scénario combinant énergie et El Niño un effet supplémentaire d’environ 1,5 point de pourcentage sur l’indice des prix alimentaires, mais cette estimation doit être lue comme un scénario rapporté par JPMorgan, et non comme un résultat confirmé indépendamment.
Les marchés émergents seraient particulièrement vulnérables, selon JPMorgan, car l’alimentation représente généralement une part plus importante des dépenses des ménages et la production agricole peut être très sensible aux conditions météorologiques et aux intrants importés. L’Inde, le Brésil et l’Indonésie sont cités parmi les marchés exposés dans les articles disponibles.
Cette exposition ne constitue pas une prédiction selon laquelle chacun de ces pays connaîtra une crise alimentaire. Les principaux canaux de risque sont plutôt :
Les extraits disponibles étayent cette évaluation générale de la vulnérabilité, mais ne fournissent pas de prévision complète et vérifiée pays par pays pour l’Inde, le Brésil ou l’Indonésie.
Non. JPMorgan décrit un risque susceptible de s’intensifier au cours de l’année à venir et de devenir particulièrement visible en 2027. Le rapport n’établit pas qu’une pénurie mondiale est déjà inévitable.
Les stocks de céréales existants et les réserves alimentaires nationales ou régionales pourraient amortir le choc initial. Mais ces réserves ne peuvent contenir la hausse des prix que tant qu’elles restent suffisantes et que les échanges commerciaux se poursuivent. Une pénurie prolongée d’engrais, des carburants coûteux, des restrictions à l’exportation, de mauvaises récoltes ou un conflit durable pourraient progressivement réduire ces marges de sécurité.
C’est pourquoi le rapport insiste sur les effets cumulés plutôt que sur un déclencheur unique. La réouverture d’une route maritime peut débloquer un goulet d’étranglement, sans pour autant réparer immédiatement les installations détruites, compenser les applications d’engrais manquées ou inverser les conséquences d’une mauvaise récolte.
Les éléments les plus solides permettent de retenir quatre conclusions :
Les sources disponibles ne permettent pas non plus de vérifier l’existence d’une hausse précise des actions agricoles chinoises telles que Qiule Seed, Shennong Seed ou Jinjian Rice. Elles ne confirment pas indépendamment chaque donnée détaillée concernant les parts régionales d’exportation d’engrais, les calendriers d’application ou les probabilités établies par la NOAA.
La conclusion pratique est donc plus nuancée — et plus utile — que le titre d’une « crise alimentaire mondiale ». JPMorgan avertit que la guerre, l’énergie, les engrais, le transport maritime et la météo pourraient se renforcer mutuellement, entraînant une hausse de l’inflation alimentaire et une baisse des rendements jusqu’en 2027. L’issue dépendra de la durée des perturbations, de l’arrivée à temps de solutions alternatives et de la capacité des stocks à absorber le choc avant les prochains cycles de semis et de récolte.