Ce volume modeste ne représentera que 0,8 % de la consommation mondiale de kérosène, estimée à environ 321 millions de tonnes . La stagnation est d'autant plus inquiétante que la capacité de production mondiale de SAF a augmenté pour atteindre 9 millions de tonnes, ce qui signifie que l'industrie utilise moins d'un tiers de son potentiel disponible
.
Pour saisir l'ampleur du défi, il est utile de retracer la trajectoire historique. L'industrie, partie de quasiment zéro, tente une montée en puissance exponentielle, mais les dernières données montrent que la courbe s'aplatit au moment le plus critique.
Depuis décembre 2025, la production stagne, malgré l'importante capacité nominale disponible . Ce décalage entre le potentiel théorique et la réalité du terrain est au cœur des frustrations de l'IATA.
Le fardeau financier de cette lente montée en puissance est colossal. L'IATA estime que ces 2,4 millions de tonnes de SAF alourdiront la facture de kérosène des compagnies aériennes d'environ 4,3 milliards de dollars en 2026 . Ce surcoût s'explique par plusieurs facteurs :
Il en résulte un cercle vicieux : les coûts élevés freinent les accords d'achat, ce qui empêche les producteurs de changer d'échelle et de faire baisser les prix.
La direction de l'IATA, en particulier son directeur général Willie Walsh, n'a pas mâché ses mots pour critiquer les politiques gouvernementales qui, selon elle, aggravent le problème. La cible principale est l'Union européenne et son règlement ReFuelEU Aviation.
M. Walsh a qualifié l'approche de l'UE de « coûteuse, inefficace et facile à exploiter », arguant qu'elle impose une pénalité financière massive aux compagnies aériennes sans apporter de bénéfice environnemental proportionnel .
Un grief central concerne la création d'une distorsion de marché où les frais de conformité ont doublé le coût du SAF en Europe. L'IATA a constaté que si le prix de marché d'un million de tonnes de SAF s'élevait à 1,2 milliard de dollars, les producteurs et fournisseurs facturaient 1,7 milliard de dollars supplémentaires en frais de conformité. Une somme qui, selon M. Walsh, aurait pu permettre de réduire des millions de tonnes de CO₂ si elle avait été consacrée à l'achat réel de carburant durable .
Le cœur de la critique de l'IATA est que des mandats sans mesures incitatives parallèles sur l'offre pénalisent les compagnies en les obligeant à acheter un carburant qui n'existe pas encore en quantité suffisante. L'IATA prévient que les règles européennes unilatérales et prescriptives en matière de technologie non seulement échouent à développer la production de SAF, mais nuisent aussi activement à la compétitivité du secteur aérien européen . L'organisation plaide plutôt pour des politiques neutres sur le plan technologique, harmonisées à l'échelle mondiale et fondées sur des incitations pour construire le marché, plutôt que sur des obligations qui créent de nouveaux coûts
.
Pour sortir de l'impasse, l'IATA a défini quatre priorités coordonnées sur lesquelles elle souhaite que les gouvernements et l'industrie se concentrent :
Sans cet effort coordonné, prévient l'IATA, l'écart entre les ambitions de neutralité carbone et la réalité du terrain ne fera que se creuser.