Des règles du jeu trop floues. Le montage financier requiert environ 65 % de capitaux privés, mais les investisseurs se plaignent que les conditions d'éligibilité et les cadres de subventions restent trop vagues pour s'engager . Au moins deux consortiums envisageraient de se retirer face à ces incertitudes
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Une demande introuvable. C'est peut-être le talon d'Achille du projet. Les critiques accusent la Commission d'une approche purement centrée sur l'offre, partant du principe qu'un manque de puissance de calcul est le problème principal. Une analyse du think tank Interface EU conclut que si ces gigafactories peuvent soutenir la recherche sur des modèles de taille moyenne, elles sont insuffisantes pour stimuler une innovation commerciale à grande échelle . Des législateurs et experts s'interrogent ouvertement sur les cas d'usage concrets au-delà de la recherche
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Dépendance totale à Nvidia. Chaque gigafactory nécessite environ 100 000 GPU de pointe. Or, l'Europe ne dispose d'aucun fournisseur local de puces IA avancées. Le projet dépend entièrement d'un accès continu au matériel de Nvidia, soumis aux goulets d'étranglement mondiaux et aux restrictions d'exportation de l'administration américaine précédente .
Freins réglementaires et énergétiques. Le coût élevé de l'énergie, la longueur des procédures d'autorisation et le paysage réglementaire européen, notamment le déploiement progressif de l'AI Act, ajoutent des frictions à un calendrier déjà lent .
Résultat : un déficit de crédibilité. Un projet d'infrastructure présenté en fanfare se retrouve en suspens, avec plus de questions que de réponses sur sa capacité réelle à voir le jour.
Le 1er juin 2026, au château de Versailles, Emmanuel Macron a annoncé que 71 projets d'investissements étrangers, totalisant 93 milliards d'euros (108 milliards de dollars), avaient été promis lors de la neuvième édition du sommet Choose France . Ce total dépasse à lui seul les 87 milliards cumulés levés lors des huit précédentes éditions
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Près de la moitié de cette somme, 45 milliards d'euros, provient d'un seul accord : l'engagement du géant japonais SoftBank de développer 3,1 gigawatts de capacités de data centers IA dans les Hauts-de-France d'ici 2031, avec une perspective d'investissement pouvant grimper à 75 milliards d'euros . Le gestionnaire d'actifs canadien Brookfield a ajouté 10 milliards pour des infrastructures liées à l'IA, tandis qu'un consortium franco-émirati s'est engagé à hauteur de 50 milliards pour un campus IA de 1 GW
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Les implications pour la course aux infrastructures IA en Europe sont flagrantes :
Du capital privé, sans financements complexes. Les 93 milliards sont très majoritairement des investissements privés d'entreprises. Ils ne nécessitent aucun des montages de cofinancement européen ou des phases de conseil de la BEI qui ont ralenti le plan gigafactories. SoftBank n'attend pas qu'un cadre de subventions soit clarifié .
Rapidité et responsabilité politique. Macron a explicitement engagé sa crédibilité personnelle sur la réalisation de ces projets, un contraste saisissant avec une initiative de la Commission diluée entre de multiples institutions . Les promesses sont liées à des plans de déploiement concrets et à la création attendue de 15 600 emplois
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L'énergie nucléaire comme atout stratégique. Le réseau électrique nucléaire bas-carbone français est devenu un argument central. Macron a fortement misé sur l'indépendance énergétique du pays pour attirer les hyperscalers et les investisseurs technologiques confrontés à des contraintes d'approvisionnement électrique ailleurs en Europe . À l'inverse, le plan européen ne présente aucun avantage énergétique coordonné et dépend de la capacité de chaque État membre à résoudre individuellement les problèmes d'énergie et de permis.
L'approche descendante de l'UE repose sur l'assemblage de fonds publics, la coordination de multiples États membres et l'espoir que si l'Europe construit la puissance de calcul, une industrie de l'IA suivra. La France, elle, vend ce que le capital mondial recherche : des sites prêts à bâtir, une énergie propre et fiable, et un gouvernement unique capable de tenir ses promesses.
Reste à savoir si l'un ou l'autre de ces modèles produira un écosystème IA européen véritablement compétitif. Les détracteurs de l'approche française rappellent que des promesses d'investissement ne sont pas des centres de données achevés, et que le modèle plus délibératif de l'UE pourrait, à terme, créer une infrastructure à l'accès plus large plutôt qu'aux mains de quelques entreprises. Mais sur les critères qui comptent le plus pour les investisseurs – rapidité, clarté et des réponses crédibles sur le plan énergétique – le fossé se creuse. La course à l'infrastructure IA en Europe n'est plus un projet de bloc unique. C'est un duel entre des visions opposées de l'avenir numérique du continent, et la France vient de miser très gros.