Cette domination ne raconte pourtant pas toute l’histoire. Un an plus tôt, Antonelli sortait d’une première saison en F1 éprouvante, au cours de laquelle la pression avait fini par ébranler sa confiance. Sa remontée constitue l’un des retournements de situation les plus marquants de la saison actuelle.
Les débuts d’Antonelli avaient pourtant été prometteurs. Il avait terminé quatrième dès son premier Grand Prix, en Australie, avant de décrocher la pole de la course sprint à Miami . Mais son adaptation s’est compliquée lorsque la F1 est revenue en Europe.
Plusieurs facteurs ont alors pesé sur le pilote italien :
Antonelli a décrit cette période avec des mots particulièrement durs, estimant avoir « laissé la pression le détruire ». Il a également raconté avoir beaucoup pleuré et commencé à douter de ses propres capacités .
Le tournant est survenu après le Grand Prix d’Italie à Monza. À la suite d’un week-end difficile, Antonelli a eu une réunion particulièrement franche avec son ingénieur de course, Peter Bonnington, surnommé « Bono ». Cet échange l’a poussé à revoir complètement son approche pour la fin de la saison 2025 .
Le pilote Mercedes a résumé l’évolution ainsi :
« Je me souviens à quel point j’étais tendu dans la voiture. Aujourd’hui, c’est complètement différent. J’ai beaucoup grandi mentalement. »
Ce changement ne s’est pas limité à une prise de conscience ponctuelle. Antonelli a reconstruit sa confiance étape par étape, en se concentrant davantage sur son processus de travail que sur les attentes qui l’entouraient.
Durant la trêve hivernale, il a aussi travaillé avec un psychologue afin d’analyser ce qui avait fonctionné ou non en 2025 et de fixer des objectifs pour la saison suivante . Le résultat a été spectaculaire : après seulement six courses en 2026, il avait déjà inscrit davantage de points que sur l’ensemble de sa saison rookie .
La transformation se lit autant dans ses résultats que dans son comportement au volant. En 2026, Antonelli semble capable d’attaquer sans se précipiter, de gérer les moments difficiles et de convertir une voiture compétitive en résultats réguliers. Sa troisième place au Grand Prix de Hongrie illustre cette maturité : malgré une pénalité sur la grille et un week-end où Ferrari et McLaren semblaient plus rapides, il a limité les dégâts et accru son avance au championnat .
ESPN lui a attribué la note maximale de A+ à mi-saison, le jugeant « proche de la perfection », notamment dans les moments importants .
Le champion du monde 1996 Damon Hill est l’un des soutiens les plus enthousiastes d’Antonelli. Selon lui, le jeune Italien a « trouvé quelque chose en lui », tandis que Russell aurait, en comparaison, « disparu » par rapport au niveau affiché auparavant . Hill le décrit comme un talent extraordinaire et le considère comme le favori actuel pour le titre .
Hill a également établi un parallèle historique avec sa propre expérience chez Williams en 1996. Il compare le duel interne entre Russell et Antonelli à la rivalité qui l’opposait alors au débutant Jacques Villeneuve . La comparaison souligne la dynamique particulière d’un équipier installé face à un jeune pilote qui s’impose beaucoup plus vite que prévu.
Hill n’ignore toutefois pas les fragilités du pilote Mercedes. Après le Grand Prix de Grande-Bretagne 2026, où une pénalité a contribué à une 16e place, il a identifié une « faiblesse » persistante dans certaines situations de pression. Pour lui, l’« excès d’enthousiasme » reste le principal défaut d’Antonelli .
Juan Pablo Montoya livre une analyse plus nuancée. L’ancien pilote estime qu’Antonelli évolue actuellement dans sa « zone de confort » : sa vitesse naturelle est si élevée qu’il n’a pas besoin de dépasser ses limites pour être performant. C’est précisément ce qui le rend dangereux pour ses rivaux .
Montoya loue également son agressivité et sa détermination, tout en créditant Peter Bonnington d’avoir joué un rôle important dans sa transformation . Mais il considère que le plus grand adversaire d’Antonelli pourrait encore être Antonelli lui-même. Il a ainsi appelé Mercedes à le protéger autant que possible de la pression extérieure et de l’obsession du classement .
Montoya souligne par ailleurs une difficulté inhabituelle pour Russell : Antonelli est à la fois « incroyablement rapide » et très apprécié dans le paddock. Selon lui, il est plus facile de trouver une motivation supplémentaire contre un adversaire détestable que contre un rival aussi sympathique .
Les éléments disponibles ne fournissent pas de commentaire direct suffisamment étayé d’Edd Straw sur Antonelli, sa relation avec Russell ou sa trajectoire en 2026. Il serait donc imprudent de lui attribuer une analyse précise sur ces sujets.
Antonelli mène désormais Hamilton, septuple champion du monde, et Russell, son équipier Mercedes et multiple vainqueur de Grands Prix, dans le classement 2026 . L’écart avec Russell met surtout en évidence la manière dont le jeune Italien a pris le dessus au sein de son équipe, tandis que son avance sur Hamilton mesure l’ampleur de son début de saison face à un champion d’expérience.
Mais la saison est loin d’être terminée. Damon Hill a déjà identifié la tendance d’Antonelli à en faire parfois trop sous pression, et Montoya rappelle que la gestion mentale sera déterminante lorsque ses rivaux tenteront de réduire l’écart. La prochaine étape ne consistera donc pas seulement à aller vite : il faudra continuer à conserver la maîtrise qui a précisément permis à Antonelli de passer, en un an, du doute à la domination.