Voici l'état des lieux de cet accord potentiel, les blocages spécifiques qui empêchent une signature, et les défis concrets qui persisteront longtemps après.
La logique financière est simple : la prime de risque de guerre, intégrée depuis des mois dans le prix du brut, a commencé à s'évaporer. Les contrats à terme sur le Brent ont chuté de 5,82 dollars pour s'établir autour de 94,42 dollars, tandis que le baril de West Texas Intermediate (WTI), référence américaine, a glissé à environ 90,83 dollars . Les analystes parlent d'une réévaluation directe du risque de rupture d'approvisionnement. « Samedi soir tard, une percée dans le conflit américano-iranien a semblé se produire », a noté Gaik June Goh, analyste senior chez Sparta Commodities. « Les marchés ont immédiatement intégré le retour potentiel des barils iraniens » .
Lorsque le détroit d'Ormuz, ce goulet de seulement 33 kilomètres de large, a été rendu impraticable par le conflit, il a étranglé non seulement les exportations iraniennes mais menacé l'ensemble du trafic pétrolier du Moyen-Orient. En laissant entendre que les pétroliers pourraient bientôt y naviguer sans danger, le président Trump a déclenché une cascade de ventes de positions longues, ramenant les prix à leur plus bas niveau depuis quinze jours .
Le compromis en gestation, rapporté par le média Axios citant des responsables américains, est structuré comme un protocole d'accord (MoU, pour Memorandum of Understanding) de 60 jours, destiné à gagner du temps pour négocier un accord nucléaire permanent . Il ne s'agit pas encore d'un traité de paix définitif, mais d'un mécanisme de confiance très spécifique. Les paramètres clés en sont :
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio, en visite en Inde, a confirmé des « progrès significatifs, mais pas définitifs », laissant entendre que l'objectif ultime était un monde qui « n'aurait plus à craindre que l'Iran se dote de l'arme nucléaire » .
Malgré l'euphorie des marchés, les obstacles politiques et techniques sont loin d'être levés. Le protocole d'accord reporte habilement les problèmes les plus épineux à une piste de négociation nucléaire séparée, mais ces questions sont si profondes qu'elles peuvent encore faire capoter tout le processus. Des responsables affirment que le cadre sur le nucléaire est « bouclé à 95 % », mais les 5 % restants constituent un véritable abîme .
Le stock d'uranium : Le principal litige porte sur le sort de l'uranium enrichi déjà en possession de l'Iran. Avant le déclenchement des hostilités, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) avait vérifié un stock d'environ 441 kilogrammes de matière hautement enrichie . La position américaine, constante, est que cette matière doit être physiquement expédiée hors du pays ou définitivement éliminée . L'Iran a suggéré des alternatives comme le « mélange » pour réduire la concentration, ou une simple limitation de la production future, mais a résisté à l'idée d'un retrait pur et simple. Washington pousse également pour un moratoire de 20 ans sur l'enrichissement, une échéance que Téhéran rejette, proposant une pause bien plus courte de 3 à 5 ans .
L'ampleur et le séquençage des sanctions : C'est un piège classique dans ce type de négociations. Washington a proposé un « allègement minimal des sanctions » dans un premier temps, un chiffre qui contredit la demande iranienne d'un démantèlement large et vérifiable de toutes les sanctions. Téhéran veut un accès complet aux marchés bancaires et pétroliers mondiaux et, point critique, des garanties qu'aucune future administration américaine ne pourra se retirer unilatéralement, comme l'avait fait en 2018 l'administration Trump, torpillant l'accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) .
L'exception de Bouchehr : Un autre point de friction est le destin des infrastructures nucléaires iraniennes. La position américaine maximaliste vise à démanteler toutes les capacités nucléaires iraniennes, à l'exception de la centrale civile de Bouchehr – une forme d'« émasculation » nucléaire que les dirigeants iraniens considèrent comme un suicide politique et qu'ils ont catégoriquement rejetée .
La communication publique révèle une chorégraphie soigneusement orchestrée, mêlant optimisme et mise en garde.
Du côté américain, le président Trump a adopté un ton prudemment optimiste. Sur son réseau Truth Social, il a déclaré que l'accord était « en grande partie négocié, sous réserve de finalisation », tout en précisant qu'il n'y avait « pas d'urgence » . En coulisse, l'administration s'est montrée flexible, signalant qu'elle pourrait accepter un enrichissement pacifique limité sous la supervision de l'AIEA, un assouplissement de la doctrine antérieure du « zéro enrichissement » .
À Téhéran, le ton est délibérément prudent. L'agence semi-officielle Tasnim a confirmé les grandes lignes de l'accord mais a pris soin de souligner que l'Iran « exercerait sa souveraineté sur le détroit d'Ormuz », repoussant le narratif d'une capitulation. Tout en reconnaissant que les écarts se réduisent, les officiels iraniens ont publiquement insisté sur le fait qu'il n'y a « pas encore d'accord » .
Même si le protocole d'accord était signé demain, la phase d'exécution est un véritable champ de mines :
Le risque d'un échec nucléaire : Le délai de 60 jours est incroyablement serré. Si les négociations sur un accord nucléaire permanent échouent pendant cette fenêtre, le cessez-le-feu est structuré pour s'autodétruire, refermant potentiellement le détroit d'Ormuz et replongeant la région dans la crise.
Le déficit de confiance : Le retrait américain de 2018 a empoisonné le puits de la vérification. L'Iran veut des garanties inébranlables contre de futures sanctions, tandis que Washington insiste sur des inspections robustes et inopinées de l'AIEA. Dans cette atmosphère, la mauvaise interprétation d'une route maritime empruntée par un navire ou d'une activité de centrifugeuse pourrait déclencher un effondrement catastrophique de l'accord .
La logistique du déminage : Reconstruire la confiance du marché de l'assurance maritime est aussi difficile que de nettoyer physiquement les mines. Si l'accord prévoit un retour à la normale sous 30 jours, l'arpentage et le déminage d'une voie maritime active restent une opération militaire délicate qui ne respecte pas toujours les calendriers politiques .
Les acteurs internes et régionaux hostiles : À Washington, les faucons du Congrès pourraient bloquer toute levée de sanctions sans garanties de vérification permanentes. À Téhéran, les radicaux du Parlement et des Gardiens de la révolution voient toute concession sur l'enrichissement comme une trahison. Parallèlement, Israël et certaines monarchies du Golfe, qui considèrent un accord légitimant une capacité d'enrichissement iranienne comme une menace existentielle, sont fortement incités à torpiller ou saper l'accord .
Pour les marchés pétroliers, la chute de ce lundi est un pari sur un miracle diplomatique. Mais le retour effectif des barils iraniens, la stabilité du cessez-le-feu et la santé de l'économie mondiale restent suspendus à une horloge fragile de 60 jours et à une longue histoire d'échecs.