L'industrie solaire chinoise traverse un moment de grand écart historique. En avril 2026, les installations domestiques ont chuté de 79 % sur un an, pour tomber à seulement 9,52 gigawatts (GW), selon l'Administration nationale de l'énergie chinoise . À titre de comparaison, en avril 2025, les développeurs s'étaient rués pour installer près de 45 GW, juste avant un changement majeur de réglementation
. Dans le même temps, en mars dernier, les exportations solaires chinoises ont atteint un niveau record de 68 GW, soit le double du volume de février et 49 % de plus que le précédent record
.
Cette situation, qui semble paradoxale à première vue, est en réalité parfaitement cohérente. Les mêmes forces structurelles qui refroidissent le marché intérieur dopent les exportations. C'est l'histoire d'une politique qui change, d'une surcapacité industrielle massive et d'une géographie de la demande énergétique mondiale en pleine recomposition.
La cause principale de l'effondrement domestique est simple : l'ère des prix de rachat garantis, ou feed-in tariffs, est révolue. Depuis le 1er juin 2025, la Chine a formellement basculé son système de soutien aux nouvelles installations solaires vers un mécanisme de prix de marché . Les projets mis en service après cette date doivent vendre leur électricité sur les marchés, sans filet de sécurité tarifaire, ce qui change radicalement l'équation économique pour les investisseurs
.
Les 45 GW installés en avril 2025 n'étaient donc pas une demande "normale". C'était une course contre la montre pour finaliser les projets avant la fermeture du guichet des subventions . Cette ruée a contribué à une année 2025 record, avec environ 317 GW de nouvelles capacités
. Une fois cette échéance passée, le rythme des nouvelles installations en 2026 est revenu à une évaluation bien plus prudente de la rentabilité des projets
.
La sanction est immédiate : le mois d'avril marque le quatrième mois consécutif de baisse des installations en glissement annuel . L'Association chinoise de l'industrie photovoltaïque (CPIA) prévoit que le volume total pour 2026 se situera entre 180 et 240 GW, soit une baisse de 24 % à 43 % par rapport à 2025. Ce serait la première contraction annuelle du marché depuis 2019
.
À cela s'ajoutent des contraintes physiques : après des années de croissance effrénée, certaines régions sont confrontées à des risques d'écrêtement (curtailment) et à des capacités de réseau saturées. Par ailleurs, la baisse continue du prix des modules incite une partie des développeurs à l'attentisme .
Pendant que le marché intérieur ralentit, les usines chinoises tournent à plein régime. Le pays dispose d'une capacité de production de modules solaires estimée entre 1 200 GW et 1 400 GW, soit près du double de la demande mondiale annuelle d'environ 700 GW .
Avec le ralentissement des installations en Chine, l'exportation est devenue la principale soupape de sécurité. En mars 2026, cette soupape s'est ouverte en grand : 68 GW de produits solaires ont quitté la Chine en un seul mois, soit l'équivalent de la totalité du parc solaire installé en Espagne .
L'Afrique et l'Asie sont les principaux moteurs de cette demande. Les importations du continent africain depuis la Chine ont bondi de 176 % par rapport au mois précédent, pour atteindre 10 GW, tandis que l'Asie absorbait 39 GW – deux nouveaux records . Dans le détail, la demande du Nigeria a grimpé de 519 %, celle du Kenya de 207 % et celle de l'Éthiopie de 391 %
. En volume absolu, c'est l'Inde qui arrive en tête, avec 6,6 GW de panneaux importés en mars
.
Cette tendance s'est confirmée en avril. Même après la suppression, le 1er avril, de la détaxe à l'exportation dont bénéficiaient les produits solaires chinois, les exportations de cellules et panneaux vers l'Afrique ont encore augmenté de 83 % sur un an, et celles vers l'Asie du Sud-Est de 75 % .
Une partie du record de mars est sans doute conjoncturelle : l'imminence de la fin de la détaxe a encouragé des expéditions anticipées . Mais la vigueur des échanges en avril suggère une demande sous-jacente bien réelle, notamment de la part des pays confrontés à la flambée des prix des énergies fossiles. Le centre de réflexion britannique Ember a d'ailleurs noté que les régions « les plus touchées » par la crise énergétique – en lien avec les tensions en mer d'Ormuz – ont connu les plus fortes hausses de la demande pour les produits solaires chinois
.
Cette divergence n'est ni un paradoxe, ni un accident. C'est un phénomène structurel. Le marché chinois est en phase de digestion, après une surchauffe historique provoquée par une échéance réglementaire qui a aspiré la demande future dans l'année 2025. Simultanément, l'immense appareil productif du pays, dimensionné bien au-delà des besoins de son marché intérieur, cherche des débouchés partout où la demande existe.
Cette demande explose dans les pays en développement d'Afrique et d'Asie, pour qui les panneaux chinois à bas prix représentent une voie rapide pour s'affranchir d'importations de combustibles fossiles coûteuses et géopolitiquement risquées. La conjonction de la surcapacité chinoise et des besoins énergétiques de ces pays a ouvert un pipeline d'exportation à une échelle autrefois jugée invraisemblable.
Pour le marché mondial, l'implication est claire : même quand ses chiffres d'installations domestiques baissent, le rôle de la Chine en tant qu'usine solaire du monde ne fait que se renforcer. La chute d'avril et le record de mars ne sont pas des signaux contradictoires. Ce sont les deux facettes d'une seule et même grande réorganisation industrielle et énergétique.
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Les nouvelles installations solaires en Chine se sont effondrées de 79 % en avril 2026, à 9,52 GW.
Les nouvelles installations solaires en Chine se sont effondrées de 79 % en avril 2026, à 9,52 GW. L'Afrique et l'Asie du Sud Est sont devenues les principaux débouchés des panneaux solaires chinois.
Avec une capacité de production d'environ 1 200 GW, soit près du double de la demande mondiale annuelle, la Chine utilise l'exportation comme une soupape de sécurité.