Le retour de ces inquiétudes a fait remonter le rendement de l’emprunt américain à 30 ans d’environ six points de base, à 5,248 %, tandis que le taux à 10 ans repassait au-dessus de 4,70 %.
Cette remontée pèse sur les actions de deux façons. Elle renchérit le coût de financement des entreprises et réduit la valeur actuelle des bénéfices qu’elles espèrent réaliser dans plusieurs années. Les valeurs de croissance, dont les valorisations reposent davantage sur des profits futurs, sont généralement les plus sensibles à ce mouvement.
Les actions américaines ont reculé au moment où les rendements des Treasuries reprenaient leur progression. Le S&P 500 a perdu 0,9 % et le Nasdaq 100 0,7 %, signant une cinquième séance consécutive de baisse.
Cette mauvaise clôture a fourni un signal négatif aux investisseurs asiatiques. Elle a aussi renforcé l’idée que les tensions sur le marché obligataire ne relevaient pas seulement d’un problème temporaire de liquidité.
Le lien entre obligations américaines et actions mondiales est direct : les rendements des Treasuries servent de référence à de nombreux coûts d’emprunt et influencent la manière dont les investisseurs valorisent les entreprises. Lorsque les taux à long terme montent, les actions doivent offrir un rendement potentiel plus élevé pour rester attractives, alors que le capital devient plus cher pour les sociétés. Cette combinaison favorise les prises de bénéfices et réduit l’appétit pour les actifs risqués en Asie.
La hausse des cours du pétrole a également pesé sur le moral des marchés. Elle a alimenté les inquiétudes concernant l’inflation et les rendements obligataires, effaçant une partie du soulagement suscité par l’annonce du Trésor américain.
L’énergie se répercute sur les coûts du transport, de la production industrielle et des ménages. Pour les investisseurs, le risque est de voir les tensions sur les prix persister, ce qui pourrait maintenir les taux directeurs et les rendements obligataires à des niveaux élevés plus longtemps. Les actions bénéficieraient alors moins des anticipations de baisse des taux.
Le Japon avait aussi une raison de se montrer prudent. L’inflation sous-jacente des prix à la consommation à l’échelle nationale a accéléré à 1,8 % sur un an en juillet, contre 1,6 % en juin. La faiblesse du yen, qui renchérit les importations, ainsi que les pressions liées à l’énergie ont contribué à cette progression. Ces données ont renforcé les anticipations d’une possible hausse des taux par la Banque du Japon lors de sa réunion de septembre.
Une remontée des rendements japonais pourrait rendre les obligations nationales relativement plus intéressantes pour les investisseurs japonais et réduire leur demande pour les actifs obligataires étrangers. Associée à la réduction progressive des achats d’obligations par la Banque du Japon, la perspective d’un resserrement monétaire peut donc accentuer les pressions sur les obligations à longue maturité dans le monde.
Les données disponibles ne permettent pas d’attribuer à la seule Banque du Japon le recul des marchés asiatiques. Elles ajoutent plutôt un risque de politique monétaire local à une réévaluation mondiale déjà alimentée par la hausse des rendements américains, du pétrole et des inquiétudes budgétaires.
La baisse de vendredi reflète donc une réévaluation des risques plus qu’un facteur unique. Les investisseurs ont mis en balance quatre éléments liés :
Ensemble, ces facteurs ont créé un environnement défavorable aux actifs risqués en Asie. L’intervention du Trésor américain peut amortir les tensions de marché, mais les investisseurs restent sceptiques quant à sa capacité à inverser les pressions structurelles qui poussent les rendements à long terme à la hausse.