Le destin de l’accord est intimement lié à la puissance navale qui asphyxie l’économie iranienne. Depuis le 13 avril, le blocus naval américain coûte à l’Iran environ 400 millions de dollars par jour en pertes commerciales et constitue la principale monnaie d’échange de Washington . Selon le projet de protocole, les États-Unis lèveraient le blocus en échange du rétablissement par l’Iran du trafic commercial dans le détroit d’Ormuz à son niveau d’avant-guerre sous un mois . Mais Téhéran a d’ores et déjà fait savoir que même pendant une trêve, la liberté de navigation d’avant-guerre ne reviendrait pas, cherchant plutôt à contrôler de manière permanente cette voie maritime par laquelle transite environ 20 % du pétrole mondial . Ce désaccord fondamental signifie que toute pause dans les combats sera placée sous le signe de manœuvres stratégiques pour une domination à long terme du détroit.
Le tableau ci-dessous résume les positions des deux camps sur le détroit d’Ormuz, véritable nœud du conflit.
| Enjeu | Position des États-Unis et de leurs alliés | Position de l'Iran |
|---|---|---|
| Liberté de navigation | Accès inconditionnel pour tous les navires commerciaux . | Le détroit serait « librement ouvert » pendant une trêve, mais la navigation d'avant-guerre ne reviendra pas. Téhéran cherche un contrôle permanent et la perception de péages . |
| Blocus naval | Levée du blocus en échange de la réouverture du détroit par l'Iran . | Exige une fin complète et immédiate du blocus dans le cadre de tout accord . |
| Déminage | L'Iran doit retirer toutes les mines de la voie maritime dans un délai de 30 jours . | Aucune acceptation publique de cette condition spécifique. |
L’accord provisoire pose également les bases d’un nouveau cycle de pourparlers nucléaires, la question même qui a déclenché le conflit après l’échec de précédentes négociations. Le cadre rapporté stipule explicitement que l’Iran « ne sera pas autorisé à enrichir de l’uranium » . Cela crée une collision frontale avec les « lignes rouges » déclarées de l’Iran. Ebrahim Azizi, chef de la commission de la sécurité nationale au Parlement iranien, a publiquement insisté sur le fait que le pays ne renoncerait pas à son droit à l’enrichissement, à la possession d’uranium enrichi, au contrôle du détroit d’Ormuz, ni à sa demande d’une levée totale des sanctions .
Au-delà des questions immédiates du blocus, d’autres points de blocage majeurs n’ont pas été abordés par le protocole provisoire, les renvoyant à d’hypothétiques futures négociations :
La menace la plus immédiate pour l’accord vient peut-être de l’intérieur même de l’Iran. Une violente fronde menée par les factions radicales a transformé des veillées funèbres nocturnes en une campagne de pression politique soutenue contre toute personne disposée à dialoguer avec Washington . Ces groupes présentent l’Iran comme le vainqueur et accusent le principal négociateur, le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf, d’enfreindre les lignes rouges fixées par le défunt Guide suprême Ali Khamenei . Cette faction, décrite comme un « groupe marginal mais bruyant », exerce son influence grâce à ses sièges au Parlement et au Conseil suprême de sécurité nationale, utilisant les médias d’État pour amplifier son message et cibler publiquement Ghalibaf . Les luttes intestines sont si intenses que le rejet par Téhéran des conditions américaines à la mi-mai avait déjà fait craindre un effondrement du cessez-le-feu et une reprise des combats en quelques jours .
Cette prolongation de 60 jours du cessez-le-feu est un radeau de sauvetage diplomatique, pas un traité de paix. Elle dépend de la signature du président Trump, est âprement contestée par les responsables iraniens mêmes qui doivent la mettre en œuvre, et reporte à un avenir plus qu’incertain la résolution de tous les différends fondamentaux.