Pour Sonatrach, dont les méthaniers effectuent un court trajet vers l'Europe du Sud, la seule manière de rester compétitif a été d'appliquer des remises agressives. Avec une baisse de 18 à 31 %, il s'agit clairement d'une démarche délibérée pour écouler les cargaisons plutôt que de les voir s'accumuler.
La hausse modérée de Saudi Aramco montre à l'inverse que le marché du GPL en Asie-Pacifique obéit à des fondamentaux différents. Les prix d'Aramco servent de référence aux acheteurs à terme en Chine, en Inde, en Corée du Sud et au Japon, qui restent structurellement dépendants du GPL du Moyen-Orient comme matière première pour la pétrochimie et pour les usages résidentiels [3, 6].
L'augmentation de 10 $/tonne pour le propane suggère que la demande asiatique est restée stable ou s'est légèrement raffermie d'un mois sur l'autre, et que les disponibilités à l'exportation de l'Arabie saoudite n'étaient pas assez abondantes pour justifier un rabais. Même le prix du butane, inchangé, indique un marché équilibré, plutôt qu'un marché saturé.
Le mois de juin 2026 offre l'un des exemples les plus nets de décorrélation entre les prix de référence régionaux du GPL. La même vague d'offre mondiale – portée par une production record de gaz de schiste aux États-Unis, l'expansion des infrastructures de liquides de gaz naturel et de nouvelles capacités au Moyen-Orient – se traduit de façon très différente selon la destination.
En somme, le marché mondial du GPL n'est pas un marché unique avec des écarts régionaux, mais bien plusieurs bassins distincts, chacun avec son propre équilibre offre-demande. La donne de juin 2026 le rend plus clair que jamais.
L'ampleur des baisses de prix de Sonatrach pose la question de savoir si le marché méditerranéen approche d'un plancher. Si les marges à l'exportation américaines faiblissent ou si les stockages européens arrivent à saturation, de nouvelles baisses pourraient être nécessaires. À l'inverse, si les achats asiatiques ralentissent de manière saisonnière plus tard en 2026, l'avantage tarifaire d'Aramco pourrait s'éroder rapidement.
Pour les acheteurs et les négociants, le message de juin 2026 est sans équivoque : les dynamiques régionales comptent désormais bien plus que les gros titres sur l'offre mondiale de GPL. Et l'écart entre les prix de référence d'Aramco et ceux de Sonatrach est devenu un baromètre clé pour mesurer à quel point ce marché est fracturé.