Tether est la cible centrale de ce débat. Circle, l'émetteur de l'USDC conforme à MiCA, a publiquement plaidé pour une voie d'équivalence, et les rapports du secteur identifient l'USDT de Tether — avec une capitalisation boursière d'environ 184 milliards de dollars — comme le principal bénéficiaire, ou point de friction, d'une telle règle . L'USDT est actuellement retiré de la cote des bourses européennes agréées depuis le 1er juillet 2026, date à laquelle la fenêtre transitoire de MiCA s'est fermée sans prolongation .
Le Comité européen du risque systémique (CERS) a fait marche arrière. Le 4 août 2026, le CERS a émis une recommandation selon laquelle la Commission ne devrait pas autoriser les systèmes de stablecoins multi-émetteurs de pays tiers dans le cadre actuel de MiCAR, invoquant des risques pour la stabilité financière . Cette recommandation pèse lourdement dans le processus législatif.
La portée de la révision dépasse les stablecoins. La consultation couvre également les paiements tokenisés, les dépôts tokenisés et la finance décentralisée (DeFi), signalant une expansion plus large que certains observateurs ont surnommée « MiCA 2.0 » . Les responsables européens ont confirmé qu'ils se préparent à rouvrir MiCA en 2027 pour traiter les émetteurs non européens, les paiements tokenisés et les dépôts tokenisés .
Le GENIUS Act américain (S. 1582) a été adopté par le Sénat le 17 juin 2025 (68-30), adopté par la Chambre le 17 juillet 2025 (308-122), et promulgué par le président Trump le 18 juillet 2025 en tant que loi publique n° 119-27 . Il établit le premier cadre fédéral américain pour les stablecoins de paiement, définissant ce qui constitue un stablecoin de paiement, fixant des exigences de réserve et de rachat, et désignant les rôles de supervision fédéraux et étatiques .
La date d'entrée en vigueur du GENIUS Act est la première échéance entre 18 mois après la promulgation (18 janvier 2027) ou 120 jours après que les régulateurs fédéraux primaires aient émis les règles d'application finales . Ce calendrier signifie que le régime américain n'est pas encore pleinement en vigueur, mais son adoption a déjà influencé l'élaboration des politiques de l'UE.
Une note d'information du Parlement européen compare directement MiCAR et le GENIUS Act, notant que la loi américaine crée un régime plus permissif et orienté vers l'innovation, tandis que MiCAR est plus prescriptif et centré sur les banques . Les responsables européens ont confirmé que l'adoption du GENIUS Act a été un facteur d'accélération du calendrier de révision de MiCA . Le GENIUS Act permet aux émetteurs de stablecoins de détenir des réserves en dette publique américaine, ce que les règles européennes n'autorisent actuellement pas à la même échelle — une différence structurelle qui a attiré l'attention des régulateurs européens .
Malgré ces différences, le Forum économique mondial a noté qu'il y a plus d'harmonisation entre MiCA et le GENIUS Act qu'il n'y paraît, notamment dans des domaines comme les exigences de réserve 1:1 et de rachat . Cependant, en 2026, il n'existe aucun accord de reconnaissance mutuelle ou d'équivalence entre les deux régimes, obligeant les opérateurs ayant des ambitions transfrontalières à se conformer aux deux cadres indépendamment .
Le 7 août 2026, Bridge (via son entité luxembourgeoise Bridge Building) a été ajouté au registre MiCA intérimaire de l'ESMA après avoir reçu une double autorisation du régulateur financier luxembourgeois, la Commission de Surveillance du Secteur Financier (CSSF) . Bridge a reçu l'autorisation à la fois en tant que prestataire de services sur crypto-actifs (PSCA) MiCA et en tant qu'établissement de monnaie électronique (EME) le 2 juillet 2026 .
Bridge est devenu le 42e émetteur de jetons de monnaie électronique agréé sur le registre de l'ESMA . La même mise à jour de l'ESMA a également ajouté trois banques allemandes en tant que PSCA, portant le nombre total de PSCA agréés à 324 . Il est à noter qu'il n'y a toujours aucun émetteur de jetons référencés sur des actifs (ART) agréé sur le registre, soulignant l'accent actuel de MiCA sur les stablecoins adossés à des monnaies fiduciaires .
La double licence offre à Bridge des droits de passeport dans les 27 États membres de l'UE, permettant à Stripe de proposer une infrastructure de stablecoins réglementée et des produits de paiement aux entreprises européennes . L'infrastructure de Bridge permet aux entreprises d'émettre des stablecoins adossés à l'euro, de créer des IBAN virtuels nommés, de fournir des comptes en euros et de faciliter les paiements transfrontaliers . Cela marque l'entrée du plus grand acteur d'infrastructure de paiement dans le cadre MiCA à ce jour, signalant la convergence des paiements traditionnels et des services de crypto-actifs réglementés.
Pris ensemble, ces trois développements dressent le portrait d'un paysage réglementaire mondial en pleine mutation. L'UE débat activement de la possibilité de laisser revenir les stablecoins non européens comme Tether par le biais de l'équivalence, en partie en réponse au régime plus permissif du GENIUS Act américain, tout en élargissant le champ d'application de MiCA aux dépôts tokenisés et à la DeFi. Parallèlement, les grands acteurs de l'infrastructure comme Stripe s'engagent résolument dans l'espace réglementé des stablecoins, pariant sur la conformité MiCA comme voie de passage à l'échelle à travers l'Europe.