L'ampleur des pré-ventes est sans précédent. Selon un rapport de DigiTimes citant des sources industrielles, Samsung, Micron et SK Hynix ont entièrement alloué toute leur production de DRAM et HBM pour 2027 à des acheteurs qui ont verrouillé leurs contrats tôt, souvent à des prix qui ont depuis grimpé en flèche . La capacité NAND Flash a également été largement pré-vendue, même si le marché devrait diverger de la trajectoire des DRAM .
DRAM : Le marché des DRAM devrait rester extrêmement tendu jusqu'en 2027, sous l'effet de l'allocation continue de la capacité HBM pour les accélérateurs d'IA, de la demande incessante de serveurs d'IA et de l'approvisionnement croissant en mémoire CPU pour les nouvelles plates-formes serveurs . Aucun soulagement significatif de la capacité n'est en vue : la production de tranches de DRAM de l'usine Tongluo de Micron à Taïwan ne devrait pas démarrer avant mi-2027, et un quatrième fournisseur majeur de DRAM serait sur le point d'entrer sur le marché, mais ces ajouts n'atténueront pas sensiblement la pénurie avant fin 2027 au plus tôt .
NAND Flash : Le marché du NAND devrait entrer dans un environnement d'offre plus détendu au second semestre 2027, grâce à l'arrivée de nouvelles capacités de production, tandis que la demande en électronique grand public reste faible. Cependant, le premier semestre 2027 restera très tendu .
Les fabricants de modules sous pression : L'impact sur les fabricants de modules mémoire tiers est sévère. Selon C.K. Chang, PDG du fabricant taïwanais de mémoire Apacer, l'approvisionnement des grands fabricants de DRAM auprès des fabricants de modules indépendants pourrait chuter à seulement 30 % des niveaux de 2026 en 2027 . Chang estime que de graves pénuries persisteront au moins jusqu'à mi-2027, les DRAM restant le segment le plus contraint.
Les hausses de prix observées en 2026 sont sans précédent à l'époque moderne. Le marché est entré dans ce que les analystes de TrendForce et d'autres appellent un « super-cycle de la mémoire ».
T1 2026 : Les prix des DRAM classiques ont bondi de 90 à 95 % d'un trimestre sur l'autre (T/T), pulvérisant les premières estimations de TrendForce de 55 à 60 % . Les prix des NAND Flash ont augmenté de 55 à 60 % T/T sur la même période .
T2 2026 : Le rythme s'est accéléré pour les NAND tout en restant extrême pour les DRAM. Les prix des DRAM ont encore grimpé de 58 à 63 % T/T, tandis que les NAND ont bondi de 70 à 75 % T/T .
T3 2026 (actuel) : La croissance des prix décélère mais reste fermement en territoire positif. TrendForce prévoit une hausse de 13 à 18 % T/T des prix des DRAM conventionnelles au T3, et de 10 à 15 % T/T pour les NAND Flash . Ce ralentissement est en partie attribué au fait que les consommateurs atteignent un plafond d'accessibilité financière .
Impact cumulé : Les chiffres sont stupéfiants. Les prix spot des NAND ont bondi de 246 % depuis le début 2025, selon Kingston . Certains modules mémoire ont vu leurs prix plus que tripler . Une analyse détaillée montre que les DRAM serveur (RDIMM DDR5) ont subi une hausse de 150 %, la mémoire mobile (LPDDR5X) 12 Go a augmenté de 130 %, et les modules SO-DIMM DDR4 standards pour ordinateurs portables ont également connu des hausses massives .
Le principal moteur de cette crise est le boom de l'IA. Les datacenters construits pour alimenter l'IA générative sont des consommateurs insatiables de mémoire — en particulier la mémoire à haute bande passante (HBM) et les DRAM serveur de grande capacité. Les fabricants de mémoire ont systématiquement réaffecté leur capacité de production des produits grand public vers ces puces IA à plus forte marge .
Des rapports récents indiquent que jusqu'à 70 % de tous les produits de puces mémoire créés dans le monde en 2026 seront destinés aux datacenters d'IA . Il s'agit d'un changement structurel, pas d'un simple incident temporaire. SK Hynix a prévenu que la pénurie pourrait durer au-delà de 2030 , et les analystes notent que Samsung, SK Hynix et Micron contrôlent désormais plus de 95 % de la production mondiale de DRAM, ce qui leur confère un pouvoir de fixation des prix extraordinaire .
Le signe le plus révélateur que cette crise a atteint un nouveau niveau est venu d'Apple — une entreprise célèbre pour sa maîtrise de la chaîne d'approvisionnement. Lors de la conférence téléphonique sur les résultats du T3 2026 d'Apple, le 30 juillet 2026 — la dernière conférence de Tim Cook en tant que PDG avant de passer les rênes à John Ternus le 1er septembre — le PDG sortant a lancé un avertissement sévère.
Cook a décrit la situation des coûts de mémoire d'Apple comme une « crue centennale », un langage qu'il a dit n'avoir jamais utilisé en plus de 40 ans dans l'industrie de l'électronique grand public .
Apple avait déjà « augmenté ses prix à contrecœur » sur les Mac et les iPad en juin, et Cook a prévenu que les coûts de la mémoire continueraient d'augmenter au cours du trimestre en cours . Il a déclaré qu'Apple était « en train de s'activer du côté de l'approvisionnement » et que les contraintes rendraient plus difficile l'obtention des processeurs avancés dont l'entreprise a besoin . Le marché a réagi brutalement : l'action Apple a chuté de 10 % après la conférence téléphonique .
Cook mettait en garde contre la hausse des coûts de la mémoire depuis des mois. En avril 2026, il avait déclaré aux analystes que les coûts de la mémoire auraient « un impact croissant » sur l'activité . En juin, il a confié au Wall Street Journal que les hausses de prix étaient « inévitables » . L'été 2026 a montré clairement que même l'entreprise la plus valorisée au monde ne pouvait échapper à la pénurie de mémoire alimentée par l'IA.
Face à la pression historique sur les coûts, Apple a poursuivi une stratégie extraordinaire et controversée : elle a cherché à acheter des puces mémoire auprès d'un fournisseur chinois inscrit sur une liste noire.
Le lobbying : À partir de fin juin 2026, Apple a fait pression sur l'administration Trump pour obtenir l'autorisation d'acheter des puces mémoire DRAM à ChangXin Memory Technologies (CXMT), un fabricant chinois figurant sur la liste noire des entreprises militaires du Pentagone (Section 1260H) . Apple n'était pas légalement empêchée d'acheter à CXMT — la liste noire ne restreint que les marchés du ministère de la Défense — mais l'entreprise voulait des garanties formelles que CXMT ne serait pas placée sur la liste plus stricte des entités (Entity List), ce qui rendrait tout contrat existant intenable du jour au lendemain . Selon Reuters, Tim Cook a personnellement fait appel aux responsables de la Maison Blanche . Apple a également commencé à tester les DRAM de CXMT pour les appareils vendus en Chine, selon le Financial Times .
Contrecoup politique : Cette pression a immédiatement déclenché une réaction bipartisane. Un groupe de sénateurs américains a envoyé une lettre à Apple l'exhortant à abandonner tout effort d'achat de puces auprès de fournisseurs chinois inscrits sur la liste noire, arguant que le fabricant d'iPhone risquait de devenir dépendant d'un adversaire des États-Unis . Les sénateurs ont donné à Apple une date limite au 21 août pour s'engager à éviter les composants de CXMT et YMTC .
Le refus : Ironie du sort, le plan ne s'est pas effondré à cause de la politique américaine, mais à cause de la dynamique même du marché qu'Apple tentait de contourner. Selon un rapport publié le 5 août 2026, Apple avait négocié des prix pour des produits DRAM mobiles — y compris la mémoire LPDDR5X utilisée dans les iPhones — mais CXMT a rejeté la demande de baisse de prix d'Apple . Dans un contexte d'offre mondiale tendue qui renforçait le pouvoir de fixation des prix de chaque fabricant, CXMT a exigé des conditions similaires ou supérieures à celles proposées par Samsung et SK Hynix . Le fournisseur chinois n'avait aucune raison d'offrir des remises alors que toute sa capacité était déjà effectivement pré-vendue.
La plupart des analystes s'attendent à ce que la pénurie de DRAM persiste au moins jusqu'en 2027. Selon Nikkei Asia, les principaux fournisseurs américains et sud-coréens augmentent leur production de DRAM à un rythme qui ne couvrirait qu'environ 60 % de la demande d'ici 2027, laissant un énorme déséquilibre entre l'offre et la demande . Même lorsque les nouvelles capacités des usines de Micron (à Taïwan et dans l'Idaho) et d'un éventuel quatrième entrant sur le marché des DRAM arriveront, la production ne démarrera pas de manière significative avant fin 2027 .
Pour les consommateurs et les entreprises, le message est clair : l'ère de la mémoire abondante et bon marché est révolue, du moins pour l'instant. Attendez-vous à des prix plus élevés sur les nouveaux ordinateurs portables, téléphones et matériel de datacenter dans un avenir prévisible — et rappelez-vous que même Apple, avec toute sa puissance, n'a pas trouvé de sortie de secours facile.