La position d’Apple dans Globalstar n’a jamais été passive. En 2024, la marque à la pomme avait investi environ 1,1 milliard de dollars dans l’opérateur satellite – dont 400 millions via un achat d’actions – s’assurant 20 % du capital et des droits de vote, ainsi qu’un accès à près de 85 % de la capacité du réseau . Une participation matérialisée par 400 000 actions de classe B, offrant un levier considérable sur la destinée de Globalstar, pilier des fonctions d’urgence et de messagerie par satellite des iPhone 14 et modèles ultérieurs .
Quand Amazon a décidé d’avaler Globalstar, la présence d’Apple au capital est devenue une complication exigeant une négociation à trois. La solution, détaillée dans le dossier de la FCC, implique deux nouvelles entités créées sur mesure par Amazon .
Pour mener à bien cette acquisition, Amazon a conçu une structure en deux étapes, détaillée dans un document remis au gendarme boursier américain (la SEC) le 13 avril 2026 :
Le document officiel remis à la FCC confirme qu’Amazon a explicitement informé les régulateurs de son intention de reprendre la participation d’Apple . Cette manœuvre permet d’isoler le transfert de capital de la fusion opérationnelle, simplifiant l’examen réglementaire et la continuité des licences de fréquences .
Pour les utilisateurs d’appareils Apple, la question est simple : l’Emergency SOS par satellite et la localisation Find My vont-ils continuer de fonctionner ? La réponse est oui. Amazon et Apple ont signé un accord commercial à long terme qui confie au réseau Amazon Leo la responsabilité d’alimenter les services satellite existants et à venir des iPhone et Apple Watch .
Amazon s’engage à soutenir ces fonctionnalités en s’appuyant sur la constellation actuelle de 24 satellites de Globalstar et sur l’expansion du réseau Leo. Les services précisément concernés :
Greg Joswiak, vice-président senior du marketing produit chez Apple, a publiquement insisté sur la continuité du service, déclarant que cet accord « garantit que nos utilisateurs continueront d’avoir accès aux fonctions satellite vitales sur lesquelles ils comptent » .
Au-delà de la simple maintenance de l’existant, les deux sociétés se sont engagées à collaborer sur de futurs services par satellite – un signe fort montrant qu’Amazon considère Apple comme un client clé, et non comme un simple actionnaire à écarter .
La vraie motivation d’Amazon va bien au-delà de garder les iPhone connectés. L’acquisition de Globalstar donne un accès immédiat à trois actifs qu’il aurait fallu des années pour construire ou obtenir de manière organique :
La présentation d’Amazon à la SEC est sans équivoque : le portefeuille de fréquences de Globalstar combiné à l’infrastructure Leo « permettra des services directs vers les appareils de plus haute capacité et plus efficaces spectralement que les systèmes directs vers les cellulaires traditionnels » – un message directement adressé à Starlink Mobile et son architecture différente .
La transaction n’est pas encore bouclée. Elle devrait être finalisée dans le courant de l’année 2027, sous réserve de trois catégories de conditions :
La contrepartie financière est structurée avec souplesse : les actionnaires de Globalstar peuvent choisir de recevoir 90 dollars par action en numéraire ou 0,3210 action Amazon, avec un plafond de 40 % du total des actions payables en cash . Des ajustements à la baisse, jusqu’à 110 millions de dollars, sont possibles si Globalstar manque certains objectifs opérationnels .
Des actionnaires représentant environ 58 % des droits de vote de Globalstar ont déjà approuvé l’opération par écrit, ce qui accélère la procédure mais ne la contourne pas .
Cette acquisition propulse Amazon du statut de concurrent potentiel à celui d’acteur immédiat dans la course à la connexion directe (D2D), un marché jusqu’ici dominé par Starlink et défié par AST SpaceMobile . En rachetant le spectre opérationnel de Globalstar plutôt que d’en demander de nouveaux, Amazon court-circuite des années de démarches administratives . L’avantage supplémentaire de compter Apple comme client majeur – la firme de Cupertino dépense environ 1,5 milliard de dollars dans sa collaboration avec Globalstar – offre à Amazon une échelle instantanée et une base de consommateurs qu’aucun autre nouvel entrant ne possède actuellement .
Le véritable test concurrentiel viendra après la clôture de 2027, lorsque la constellation et le spectre combinés d’Amazon Leo devront tenir leur promesse : une connectivité satellite de haute capacité et à faible latence, fonctionnant de manière fluide avec les smartphones du quotidien – pas seulement pour les urgences, mais comme un prolongement banal de la couverture cellulaire.