Reuters a rapporté le 4 mai 2026 que des représentants de la Commission européenne — l’exécutif de l’UE — avaient reçu d’Anthropic des éléments techniques sur les capacités cyber et les risques de Mythos Preview. La Commission évalue désormais ses implications possibles au regard des politiques et de la législation européennes . Bloomberg indique également que la Commission surveille à la fois le potentiel de renforcement des défenses cyber et le risque de détournement de l’outil .
La pression la plus explicite vient d’Allemagne. Michael Theurer, membre du directoire de la Bundesbank, a déclaré à Reuters que les banques européennes devaient obtenir un accès à Mythos pour se préparer à des cyberattaques qui pourraient être alimentées par ce type de nouveaux programmes . Joachim Nagel, président de la Bundesbank, s’est lui aussi prononcé pour un large accès, afin de garantir des conditions de concurrence équitables et d’éviter les abus .
À ce stade, il faut toutefois distinguer les demandes politiques d’une décision formelle. Les informations disponibles font état de discussions, de briefings techniques, d’un suivi réglementaire et d’une pression publique, mais pas d’un mécanisme européen publié ni d’un accord d’accès finalisé .
Pour une banque, un modèle capable de repérer des failles dans le code peut être un outil défensif précieux. Il pourrait aider à auditer des systèmes internes, à hiérarchiser les vulnérabilités les plus urgentes et à corriger des problèmes avant qu’ils ne soient exploités.
Le Handelsblatt a rapporté, sur la base de sources proches du dossier, qu’Anthropic prévoyait de donner prochainement accès à Mythos à des banques européennes pour leur permettre de tester leurs systèmes informatiques et de combler d’éventuelles failles de sécurité . Le calendrier restait toutefois flou : selon ces sources, il pouvait aller de quelques jours à plusieurs semaines .
L’autre enjeu est l’asymétrie d’information. Reuters a indiqué que Mythos n’avait jusqu’ici été mis à disposition que de certaines banques américaines . The Next Web a aussi rapporté qu’aucun gouvernement de l’UE n’avait accès au modèle . Pour des superviseurs européens, devoir juger un outil cyber stratégique uniquement à partir de briefings, de rapports de presse et d’échanges indirects crée un angle mort difficile à accepter.
Le cœur du problème est la double utilisation possible. Selon Reuters, des experts en cybersécurité considèrent Mythos comme un possible accélérateur d’attaques contre les systèmes informatiques des banques . Joachim Nagel l’a décrit comme un modèle qui semble capable d’identifier et d’exploiter rapidement des failles de sécurité dans les logiciels d’institutions financières ; il a aussi souligné que l’outil pouvait améliorer la défense numérique tout en étant susceptible d’être détourné .
Les autorités allemandes suivent elles aussi le dossier. D’après ZDF, l’Office fédéral allemand de la sécurité de l’information, le BSI, estime qu’un modèle capable de trouver des vulnérabilités logicielles cachées pourrait avoir des effets importants sur le niveau de menace cyber . La Bafin, le superviseur financier allemand, examine de près les risques posés par Mythos et par des modèles similaires, car ces systèmes peuvent trouver des failles de sécurité de manière autonome et à grande échelle, selon le Handelsblatt .
The Next Web a en outre rapporté que Mythos pourrait trouver des vulnérabilités zero-day dans de grands systèmes d’exploitation et navigateurs . Cette affirmation doit être lue comme un élément de la couverture médiatique : ce qui est publiquement établi, côté Commission, c’est qu’Anthropic a fourni des informations techniques et que Bruxelles en évalue désormais les implications .
Le débat ne relève pas seulement de la cybersécurité bancaire. Il s’inscrit aussi dans la régulation européenne de l’IA.
Bloomberg a rapporté que le Bureau de l’IA de la Commission échange avec Anthropic sur la mise en œuvre du code de bonnes pratiques de l’UE pour les modèles d’IA à usage général, dans le cadre de l’AI Act . Investing.com a également indiqué, en citant un porte-parole de la Commission, qu’Anthropic s’était engagé à respecter ce code européen .
Avec Mythos, l’Europe cherche donc à répondre à deux questions en même temps : comment permettre à des acteurs critiques, comme les banques, de tester une technologie potentiellement utile ; et comment encadrer un système d’IA généraliste doté de capacités cyber sensibles .
La discussion ne se résume pas à un oui ou non. Trop peu d’accès laisserait les banques et superviseurs européens à distance d’un outil susceptible de transformer les pratiques de cybersécurité. Trop d’accès, ou un accès mal distribué, pourrait diffuser précisément les capacités qui inquiètent les autorités .
Plusieurs voies seraient envisageables : des tests directs réservés à certains établissements, des audits conduits par Anthropic, une procédure commune avec les superviseurs ou la transmission aux banques de failles validées sans leur donner un accès complet au modèle. Mais aucun de ces dispositifs n’est publiquement confirmé à ce stade ; les informations connues évoquent des discussions, des tests possibles et un chemin d’accès encore ouvert .
L’Europe ne réclame pas que Mythos soit ouvert à tous. Elle veut surtout éviter de rester aveugle face à une technologie qui pourrait modifier l’équilibre de la cybersécurité bancaire. Pour les établissements financiers, Mythos pourrait aider à repérer plus tôt des vulnérabilités. Pour les superviseurs, la même capacité peut aussi faciliter des attaques plus rapides et plus sophistiquées .
Le point décisif sera donc le mécanisme d’accès. L’enjeu n’est pas seulement de savoir si les banques européennes pourront utiliser Mythos, mais dans quelles conditions, avec quelles limites et sous quel contrôle.