Une ligne de swap de devises permet à deux banques centrales d’échanger directement leurs monnaies, au lieu de passer par les marchés des changes. Selon le Khaleej Times, ce mécanisme peut réduire les coûts de transaction et limiter les risques de change . Dans le cas des EAU, l’intérêt principal serait l’accès au dollar, la devise clé du commerce pétrolier et de nombreux flux financiers internationaux.
D’après plusieurs comptes rendus, le gouverneur de la Banque centrale des EAU, Khaled Mohamed Balama, a évoqué en avril 2026 à Washington la possibilité d’une telle ligne avec le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, ainsi qu’avec des responsables du Trésor et de la Réserve fédérale, la banque centrale américaine . Les responsables émiratis auraient souligné avoir jusqu’ici évité les pires effets économiques du conflit, tout en estimant qu’un appui financier pourrait devenir nécessaire si la situation se dégradait .
Début mai, Thani Al Zeyoudi a confirmé séparément que les EAU discutaient d’une ligne de swap avec les États-Unis . En revanche, les sources disponibles ne documentent pas d’accord conclu. Deux rapports indiquent aussi que la ligne a été discutée, mais qu’elle n’avait pas fait l’objet d’une demande formelle .
Le risque visé n’est pas un simple ralentissement économique. Plusieurs rapports relient les discussions à la crainte qu’un conflit prolongé autour de l’Iran fragilise davantage l’économie du Golfe . InvestingLive a notamment cité des risques pour les flux pétroliers, la liquidité en dollars, les mouvements de capitaux et le statut des EAU comme place financière .
La question du dollar est particulièrement sensible. Des responsables émiratis auraient averti qu’une pénurie de dollars pourrait, dans un scénario extrême, pousser les EAU à utiliser davantage le yuan chinois pour des ventes de pétrole ou d’autres transactions . Autrement dit, il ne s’agit pas seulement d’une discussion technique entre banquiers centraux : elle touche aussi à la place du dollar dans les échanges du Golfe et au degré d’ancrage d’Abou Dhabi dans l’architecture financière américaine.
Le mot sauvetage évoque une urgence, une perte de contrôle et une dépendance à l’égard d’un créancier extérieur. Le mot élite, lui, suggère la confiance, le statut et l’accès à un club restreint.
C’est exactement le message porté par Abou Dhabi. Al Zeyoudi a expliqué que les États-Unis ne mènent ce type de politique de swap qu’avec un petit groupe, en citant la Banque centrale européenne ainsi que les autorités monétaires du Royaume-Uni, du Japon, du Canada et de la Suisse . Dans d’autres comptes rendus, il a lié l’éventuel accès à une telle ligne au niveau des échanges, du commerce et des investissements entre les États-Unis et les EAU .
Le signal recherché est donc clair : les EAU ne veulent pas apparaître comme un État en difficulté qu’il faudrait renflouer. Ils veulent être vus comme un partenaire financier assez important pour justifier un accès privilégié à la liquidité en dollars.
Les deux lectures peuvent coexister. Dans les informations disponibles, il n’est pas question d’une crise de paiement immédiate, d’un tirage effectif sur une ligne de crédit ou d’un accord déjà signé . Gulf News a aussi rapporté l’analyse selon laquelle ces discussions relèvent d’une planification préventive appuyée par des fondamentaux solides, et non d’un stress financier immédiat .
Mais une ligne de swap resterait bel et bien un outil de crise. C’est pourquoi plusieurs rapports la décrivent comme un appui financier, une bouée de liquidité ou un filet de sécurité en cas de choc . La lecture la plus sobre est donc la suivante : ce ne serait pas un plan de sauvetage au sens strict tant qu’il n’est pas activé pour répondre à une pénurie aiguë de liquidité, mais ce serait un vrai dispositif de protection en dollars face à un scénario géopolitique extrême.
La décision appartient désormais à Washington. Les sources parlent de discussions, d’examen ou de conversations en cours, pas d’un accord final . Il reste aussi à savoir s’il s’agirait réellement d’une ligne de swap de la Fed ou d’une autre forme de soutien : InvestingLive jugeait une ligne complète de la Réserve fédérale incertaine et évoquait la possibilité de solutions alternatives .
Pour les EAU, même la perspective d’un tel accès peut avoir une valeur : elle dit aux marchés qu’Abou Dhabi ne serait pas seul face à un choc de liquidité en dollars. Pour les États-Unis, l’enjeu serait tout aussi politique que financier : jusqu’où intégrer un partenaire clé du Golfe dans le dispositif de sécurité du dollar.