Le dynamisme des marchés émergents, en particulier en Amérique latine, joue un rôle moteur. Dans des régions marquées par une forte inflation et un accès limité aux services bancaires traditionnels, les crypto-cartes deviennent une alternative crédible pour les paiements quotidiens et les transferts de fonds .
L'infrastructure technologique est également déterminante. Le réseau Tron, sur lequel repose une grande partie du volume de règlement en USDT, assure des transactions rapides et peu coûteuses. Il prend en charge environ 35 % du volume total de règlement des cartes crypto .
Enfin, la clarification réglementaire a levé un frein majeur. La signature de la loi GENIUS Act en juillet 2025 a donné aux émetteurs et aux institutions financières la sécurité juridique nécessaire pour s'engager pleinement dans les produits en stablecoins .
L'évolution des volumes mensuels témoigne d'une accélération fulgurante :
Cette courbe de croissance place le segment sur une trajectoire annualisée de plus de 7 milliards de dollars .
Dans cet écosystème en pleine expansion, un acteur domine très largement : Visa. Le géant des paiements capte environ 90 % des transactions en chaîne liées aux cartes crypto, un chiffre qui peut monter jusqu'à 97 % du volume mensuel selon certaines sources .
Cette position de force s'appuie sur une stratégie d'écosystème. Plutôt que de concurrencer les acteurs de la crypto, Visa s'est imposé comme leur partenaire privilégié, en tissant des liens avec des émetteurs comme Bridge (propriété de Stripe), Coinbase, ou Jupiter Global, l'initiative de paiement de la bourse décentralisée Jupiter sur Solana. Ce dernier partenariat a vu son volume de dépenses exploser de 648 % en seulement deux mois .
L'ambition de Visa est planétaire. Début 2026, l'entreprise a annoncé avec Bridge une expansion massive de son programme de cartes adossées aux stablecoins. Voici les étapes clés :
Ces cartes permettent de dépenser directement les stablecoins détenus dans un portefeuille crypto auprès de plus de 175 millions de commerces acceptant Visa dans le monde .
L'infrastructure sous-jacente est déjà en ordre de marche. Au 25 mars 2026, Visa gérait un volume annualisé de règlement en stablecoins de 4,6 milliards de dollars, réparti sur plus de 130 programmes de cartes actifs dans plus de 50 pays . En décembre 2025, Visa avait franchi un pas supplémentaire en lançant le règlement directement en USDC sur sa propre infrastructure, une première aux États-Unis .
Difficile de comprendre cette accélération sans évoquer le cadre juridique qui l'a rendue possible. La loi GENIUS Act (Guiding and Establishing National Innovation for U.S. Stablecoins), signée par le président Trump le 18 juillet 2025, a créé le premier système fédéral de régulation des stablecoins aux États-Unis .
Ce que la loi établit :
L'impact sur l'adoption a été immédiat. En clarifiant les règles du jeu, la loi GENIUS a levé les incertitudes qui freinaient l'engagement des banques et des fintechs . Les mois qui ont suivi ont vu une multiplication des produits en stablecoins et une envolée des volumes : le volume annuel de règlement en stablecoins de Visa est ainsi passé à 4,6 milliards de dollars .
Si les stablecoins privés comme l'USDT ou l'USDC redessinent les paiements, les banques centrales ne restent pas inactives. Le Projet Agorá, piloté par la Banque des Règlements Internationaux (BRI) avec sept grandes banques centrales (dont la Fed, la BCE et la Banque d'Angleterre), vise à créer un système de monnaie numérique de banque centrale (MNBC) pour les règlements transfrontaliers de gros montants. L'objectif est de proposer une alternative publique, programmable et unifiée aux rails privés des stablecoins.
Note : les informations disponibles ne permettent pas de détailler l'état d'avancement exact du projet Agorá à la date de publication.
En résumé, le cap des 7,8 milliards de dollars de dépenses cumulées n'est pas une anomalie statistique, mais le reflet d'une transformation structurelle : des cadres réglementaires qui mûrissent, une infrastructure de paiement qui s'adapte, et une demande mondiale pour des moyens de paiement plus rapides et plus inclusifs.