Ce tour de table a été co-dirigé par les fonds d'investissement américains Kleiner Perkins et NEA. Parmi les investisseurs participants, on trouve Bezos Expeditions (le family office de Jeff Bezos, fondateur d'Amazon), AMD Ventures, le fonds souverain d'investissement en IA du gouvernement britannique, Temasek (Singapour), Invest-NL (Pays-Bas), Lux Capital et d'autres encore .
Cette opération fait suite à une Series A de 100 millions de dollars en septembre 2025 (menée par NEA et Temasek, valorisation de 520 millions de dollars), qui avait déjà attiré Nvidia, Samsung Ventures, et des business angels comme Durk Kingma (co-fondateur d'OpenAI) et Thomas Wolf (co-fondateur de Hugging Face) .
Le même jour, CuspAI a lancé l'AI Materials Foundry, un consortium mondial de 48 partenaires industriels et de recherche . Son objectif : mutualiser la puissance de calcul, les données propriétaires sur les matériaux, la capacité des laboratoires et l'expertise en fabrication pour accélérer la conception de matériaux .
Les membres fondateurs sont impressionnants : Nvidia (infrastructure de calcul), Meta (modèles de chimie atomistique de son équipe FAIR), Samsung, Hyundai Motor Group, Applied Materials, Lam Research, Tokyo Electron, ASMPT, 3M, Henkel, Hitachi, JSR, Merck, AMD et des dizaines d'autres .
Le but affiché est de réduire le cycle traditionnel de découverte de nouveaux matériaux — qui peut prendre de 10 à 20 ans — à des cycles de six mois .
Le cœur de l'offre de CuspAI est sa plateforme appelée MIRA, qui inverse le processus traditionnel de découverte de matériaux . Au lieu de synthétiser des composés puis de tester leurs propriétés, l'utilisateur spécifie d'abord les performances souhaitées : tolérance thermique, conductivité électrique, sélectivité au CO₂, résistance à la gravure, etc. L'IA générative propose alors des structures moléculaires candidates optimisées pour ces propriétés .
Cerise sur le gâteau : le système évalue aussi la fabricabilité des candidats, garantissant qu'ils peuvent être synthétisés dans le monde réel . CuspAI décrit MIRA comme « un moteur de recherche pour le monde des matériaux » . NEA, investisseur dans les Series A et B, qualifie l'approche de « conception inverse — partir des propriétés cibles et travailler à rebours pour proposer des candidats — puis évaluer stabilité, performance et fabricabilité grâce à des boucles de rétroaction rapides » .
CuspAI a été fondée en 2024 par deux personnalités aux expertises complémentaires :
La société est basée à Cambridge (Royaume-Uni), avec des racines à Amsterdam, où Welling est basé . Parmi les membres notables de son conseil consultatif figurent Geoffrey Hinton (le « parrain de l'IA »), Yann LeCun (Meta), et l'ancien CTO d'ASML, Martin van den Brink .
CuspAI évolue dans un secteur en pleine effervescence. Voici comment elle se positionne face à ses principaux rivaux :
| Entreprise | Total levé | Focus | Approche | Investisseurs clés |
|---|---|---|---|---|
| CuspAI | ~580 M$ (30 M$ seed + 100 M$ Series A + 450 M$ Series B) | Semi-conducteurs, énergie propre, fabrication avancée | IA générative à conception inverse + réseau de laboratoires en coalition (AI Materials Foundry) | Kleiner Perkins, NEA, Bezos Expeditions, Temasek, Nvidia, AMD |
| Lila Sciences | ~550 M$ au total, valorisation ~1,3 Md$ | Matériaux + sciences de la vie + chimie | Laboratoires autonomes d'IA ("AI Science Factories") visant la « superintelligence scientifique » | Flagship Pioneering, Nvidia, ADIA (Abou Dhabi) |
| Periodic Labs | ~300 M$ à 605 M$ (seed/Series A) | Supraconducteurs à haute température | Scientifiques IA couplés à des laboratoires autonomes, expérimentation de bout en bout | Sequoia, autres (très discret jusqu'à fin 2025) |
La différence stratégique majeure : CuspAI ne construit pas ses propres laboratoires robotiques. Elle externalise la validation physique à ses partenaires de la coalition, ce qui lui permet théoriquement de passer à l'échelle plus rapidement et de bénéficier de l'expertise existante. Mais cela signifie aussi qu'elle cède le contrôle de la boucle de synthèse . À l'inverse, Lila Sciences et Periodic Labs exploitent des laboratoires humides entièrement autonomes — une approche plus capitalistique, de bout en bout, qui peut potentiellement générer des boucles de rétroaction prédiction-validation plus serrées . Periodic Labs, co-fondé par Liam Fedus (co-créateur de ChatGPT) et Ekin Doğuş Çubuk (Google DeepMind), a un objectif plus étroit (un supraconducteur à température ambiante) . Lila Sciences a le champ d'application le plus large (biologie, chimie et matériaux) .
La viabilité de l'AI Materials Foundry dépend de sa capacité à maintenir des cycles de découverte et de validation de six mois, même lorsque le consortium passe à l'échelle avec 48 partenaires ou plus . Chaque partenaire apporte ses propres formats de données propriétaires, des intérêts de propriété intellectuelle parfois conflictuels et des contraintes de fabrication différentes .
La promesse est que la plateforme centralisée MIRA de CuspAI peut acheminer le bon candidat au bon partenaire efficacement. Mais les risques incluent les frais de coordination, les frictions liées au partage de données et la réalité physique que la synthèse et les tests — aussi intelligente que soit l'IA — restent lents, coûteux et sujets à des erreurs .
Si la coalition ne peut pas démontrer des avancées répétées en boucle fermée dans ce cadre de six mois, le modèle risque de n'être qu'un moteur de simulation à grande échelle plutôt qu'un véritable pipeline de matériaux . Plusieurs sources notent une mise en garde cruciale : « actuellement, aucune initiative de CuspAI n'a encore produit de matériau déployé commercialement » . Pour une entreprise valorisée à 2,6 milliards de dollars, cet écart entre la promesse et la preuve sera la question déterminante alors que l'AI Materials Foundry passe de l'annonce à l'exécution.