Swatch Group accuse Samsung d'avoir permis la distribution de 26 à 30 applications de cadrans digitaux (watch faces) sur son Galaxy App Store qui reproduisaient sans autorisation les designs de ses marques les plus prestigieuses, notamment Omega, Tissot, Longines et Breguet .
En mai 2022, la juge Sarah Falk de la Haute Cour de Londres a rendu un jugement retentissant : Samsung avait bien violé les marques déposées de Swatch . Le tribunal a estimé que Samsung était directement responsable car il avait activement examiné, approuvé et organisé les applications tierces avant leur mise en ligne. L'argument de Samsung, qui se présentait comme un simple intermédiaire passif bénéficiant d'une immunité (notamment celle prévue par la directive européenne sur le commerce électronique), a été fermement rejeté .
La Cour d'appel a confirmé cette décision en décembre 2023, rejetant le recours de Samsung . Cette décision est désormais une référence juridique majeure en Europe pour déterminer la responsabilité des opérateurs de plateformes.
Les applications litigieuses ont été téléchargées environ 157 715 fois au Royaume-Uni et dans l'Union européenne entre octobre 2015 et février 2019 .
L'écart vertigineux entre les chiffres avancés par les deux parties est au cœur de l'audience sur les dommages.
L'argument de Swatch : Les dommages doivent être calculés sur la base de redevances de licence hypothétiques — ce que Samsung aurait dû payer pour utiliser légalement les marques. Compte tenu de la valeur des marques de luxe comme Omega, Breguet, Tissot et Longines, Swatch estime que cette redevance, multipliée par le nombre de téléchargements, aboutit à la somme de 170 millions de dollars .
La position de Samsung : Le géant sud-coréen rétorque que sa part des revenus réels générés par ces applications n'était que d'environ 300 dollars . La plupart des applications étaient gratuites ou très peu coûteuses, et la commission de Samsung sur les ventes était minime. Pour Samsung, accorder des dommages des milliers de fois supérieurs à son profit réel serait totalement disproportionné .
Un juge britannique doit rendre sa décision sur le montant des dommages très prochainement . Comme la procédure implique des marques déposées dans l'Union européenne (le Royaume-Uni faisait encore partie de l'UE pendant la majeure période des infractions), Swatch réclame des dommages couvrant l'ensemble de l'Union européenne, et pas seulement le Royaume-Uni . La décision aura donc un impact transfrontalier sur le calcul des dommages pour l'ensemble du marché européen.
Swatch a également engagé des actions en justice parallèles aux États-Unis contre Samsung pour des allégations similaires de contrefaçon de marques concernant les cadrans digitaux. Les détails précis de ces actions américaines (montants réclamés, état d'avancement) ne sont pas détaillés dans les sources disponibles, qui se concentrent sur la procédure britannique .
Cette affaire est suivie de très près car elle établit un principe clair : les opérateurs de magasins d'applications qui examinent et organisent activement le contenu de tiers peuvent être tenus directement responsables des violations de marques. La décision sur les dommages fixera un barème pour la valorisation de la propriété intellectuelle à l'ère numérique : faut-il se baser sur une redevance de licence hypothétique pour la marque, ou sur les revenus réels générés par la plateforme ?
L'issue pourrait redéfinir les obligations légales des plateformes de téléchargement dans toute l'Europe et servir d'avertissement aux géants de la tech : organiser et sélectionner du contenu, c'est en accepter la responsabilité.