Le débat est également alimenté par les résultats financiers spectaculaires publiés par plusieurs grands groupes. ExxonMobil a annoncé 14,53 milliards de dollars de bénéfice entre avril et juin, tandis que Chevron a enregistré 12,07 milliards de dollars, dans les deux cas en forte progression sur un an. D’autres estimations évaluent à environ 48 milliards de dollars les bénéfices trimestriels des cinq principales majors occidentales.
Les chiffres avancés dans le débat public doivent toutefois être interprétés avec prudence. Les estimations de près de 40 milliards d’euros de bénéfices cumulés pour six groupes et de 17,9 milliards d’euros de « bénéfices excédentaires » pour huit compagnies varient selon les entreprises retenues, le taux de change, la mesure comptable utilisée et surtout la définition de l’excédent. Une estimation plus prudente, limitée aux activités européennes de huit entreprises, évoque 7,5 milliards d’euros de bénéfices excédentaires au premier semestre.
Le Portugal a déjà franchi une étape concrète. Son gouvernement a approuvé une contribution temporaire de 33 % sur les bénéfices extraordinaires réalisés en 2026 par les entreprises d’extraction pétrolière et de raffinage. Elle ne s’appliquerait qu’à la part des bénéfices dépassant de plus de 20 % la moyenne enregistrée en 2024 et 2025.
Lisbonne veut ainsi dégager des recettes, mais aussi montrer qu’un prélèvement ciblé peut être mis en place sans taxer indistinctement l’ensemble des bénéfices du secteur.
Le modèle envisagé s’inspire de la « contribution de solidarité » temporaire adoptée par l’Union européenne après la crise énergétique déclenchée par l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022. Le principe consiste à imposer une contribution limitée dans le temps sur les bénéfices dépassant un niveau de référence historique, plutôt que sur tous les revenus des entreprises énergétiques.
Les six pays souhaitent aussi que la Commission étudie les marges du raffinage. Même lorsque le pétrole brut est importé, les raffineries peuvent profiter fortement des écarts entre le prix des produits raffinés et celui du brut. Le Parlement européen a lui aussi souligné que les restrictions d’approvisionnement peuvent créer des gains exceptionnels dans le secteur de l’énergie et évoqué une contribution de solidarité temporaire comme piste possible.
Le principal obstacle est politique. En avril, la Commission européenne n’avait pas pris l’engagement de proposer une telle taxe et indiquait plutôt examiner des mesures ciblées pour répondre à la crise.
La question divise également l’Allemagne. Le ministre des Finances Lars Klingbeil et le Parti social-démocrate (SPD) soutiennent l’ouverture de discussions sur un cadre européen, tandis que la CDU s’oppose à la proposition. À l’échelle de l’UE, les mesures fiscales restent en outre particulièrement sensibles, car elles touchent directement aux choix budgétaires et à la compétitivité des États membres.
En résumé, cette initiative cherche à réorienter une partie des gains liés à la crise pétrolière vers la protection des consommateurs et l’aide face aux factures d’énergie. Elle bénéficie d’un groupe de soutiens élargi et d’un premier précédent national au Portugal, mais aucun dispositif européen n’a encore été défini ni obtenu l’appui politique nécessaire à son adoption.