Liao Heng estime que la miniaturisation continue des transistors, l’agrandissement des processeurs et l’ajout de mémoire HBM finiront par atteindre une limite physique. Huawei veut privilégier la vitesse de transmission des signaux et des données grâce à la Tau Scaling Law et à l’architecture LogicFolding.
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Le message de Liao Heng tient en une idée : la stratégie qui a longtemps porté l’industrie des semi-conducteurs — réduire les transistors, en intégrer davantage et augmenter la taille des processeurs — ne pourra pas progresser indéfiniment. Selon le scientifique en chef des semi-conducteurs de Huawei, Nvidia, TSMC, Intel, Samsung et leurs concurrents finiront par se heurter à des contraintes physiques difficiles à contourner.
Cette prise de position correspond aussi à l’intérêt stratégique de Huawei. Privé par les sanctions américaines de fournisseurs essentiels, notamment des systèmes de lithographie avancée d’ASML, le groupe chinois cherche une voie qui dépende moins de l’accès aux nœuds de fabrication les plus récents.
Liao a pris la trajectoire des accélérateurs d’intelligence artificielle de Nvidia comme exemple. Pour gagner en puissance, l’industrie produit des processeurs et des boîtiers toujours plus imposants, auxquels elle associe des quantités croissantes de mémoire à large bande passante — la HBM (High Bandwidth Memory).
Cette méthode peut encore apporter des gains, mais elle cumule les difficultés :
Dans l’analyse de Liao, continuer à augmenter le nombre de puces de calcul et la capacité HBM finira donc par produire un effet de cascade — une « avalanche » — lorsque les limites physiques seront franchies.
Il s’agit toutefois de la thèse défendue par Huawei, et non d’un consensus établi dans l’industrie. Des experts indépendants restent partagés sur le caractère réellement inédit de l’approche proposée et sur son impact futur.
La réponse de Huawei consiste à déplacer le centre de gravité de l’innovation. Au lieu de se demander uniquement jusqu’où il est possible de réduire un transistor, le groupe veut mesurer et réduire le temps nécessaire aux signaux et aux données pour circuler dans une puce et dans l’ensemble du système informatique.
La Tau (τ) Scaling Law est le cadre théorique proposé par Huawei pour compléter, voire remplacer, la mise à l’échelle géométrique traditionnellement associée à la loi de Moore. La variable clé n’est plus seulement la dimension du transistor, mais le délai de propagation des signaux et le temps d’exécution du système.
L’objectif est de continuer à améliorer les performances, l’efficacité énergétique et la densité utile en raccourcissant les trajets de l’information, même lorsque la miniaturisation atteint ses limites.
LogicFolding est l’architecture conçue par Huawei autour de cette philosophie. Elle cherche à accroître la densité et les performances par la conception des circuits et du système, plutôt que par la seule réduction des dimensions des transistors.
Huawei affirme que ses prochains processeurs pour smartphones de la gamme Kirin, prévus plus tard en 2026, seront les premiers à intégrer LogicFolding. Leur lancement, puis leur analyse par des sociétés de recherche et de démontage spécialisées, constitueront le premier véritable test externe de ces promesses.
Liao a également décrit la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle comme une pagode de 18 étages. Son modèle descend des matières premières, des produits chimiques et des équipements de fabrication jusqu’aux procédés liés aux transistors, au packaging, à l’architecture des puces, aux compilateurs et aux logiciels, avant de remonter vers les algorithmes, les modèles et les applications.
Cette représentation est plus détaillée que celle popularisée par Jensen Huang, le patron de Nvidia, qui résume l’écosystème de l’IA en un gâteau à cinq couches : l’énergie, les puces et l’infrastructure informatique, les centres de données cloud, les modèles d’IA et les applications.
Les deux métaphores décrivent au fond le même système interdépendant. La différence est que la pagode de Liao décompose les grandes catégories du gâteau en une série de dépendances industrielles et techniques : matériaux, équipements, fabrication, assemblage, architecture, outils logiciels et modèles. Une faiblesse à l’un de ces niveaux peut limiter l’ensemble de la chaîne.
Pour Liao, la rivalité stratégique et les contrôles à l’exportation rendent risqué le pari sur une chaîne mondiale unique, dans laquelle chaque pays dépendrait de fournisseurs étrangers pour certaines étapes critiques. La conclusion politique qui se dégage de son analyse est que les États-Unis comme la Chine doivent disposer d’un écosystème complet de fabrication et d’approvisionnement en semi-conducteurs.
Les éléments disponibles documentent clairement la volonté de Huawei d’intégrer davantage la chaîne chinoise. Ils donnent en revanche moins de détails sur la formulation exacte employée par Liao à propos de deux écosystèmes totalement séparés et autonomes. Cette nuance est importante : la « pagode » décrit surtout les interdépendances de la filière, tandis que la stratégie de Huawei vise à réduire la dépendance de la Chine aux technologies auxquelles les sanctions américaines limitent son accès.
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Liao Heng estime que la miniaturisation continue des transistors, l’agrandissement des processeurs et l’ajout de mémoire HBM finiront par atteindre une limite physique.
Liao Heng estime que la miniaturisation continue des transistors, l’agrandissement des processeurs et l’ajout de mémoire HBM finiront par atteindre une limite physique. Huawei veut privilégier la vitesse de transmission des signaux et des données grâce à la Tau Scaling Law et à l’architecture LogicFolding.
La première mise à l’épreuve concrète de cette approche devrait être la prochaine puce Kirin pour smartphone, attendue plus tard en 2026 et examinée par des sociétés spécialisées.