Le dispositif aurait reposé sur des appareils presque identiques, fabriqués à bas coût et déployés en très grand nombre. Leur logiciel embarqué devait exploiter des caméras pour reconnaître le relief, des bâtiments ou d’autres repères visuels. Cette technique, parfois appelée « map matching » — ou correspondance cartographique — permet à un appareil de se repérer sans qu’un opérateur humain ne contrôle en permanence sa trajectoire.
L’intérêt militaire d’un tel système tient à son échelle : même si une grande partie des drones était interceptée, une vague suffisamment importante pourrait compliquer le travail de la défense antiaérienne. Cette logique s’inscrit dans une évolution plus large de la guerre des drones, utilisés non seulement contre des objectifs militaires fixes, mais aussi pour imposer des coûts économiques et politiques loin de la ligne de front.
L’Ukraine mène effectivement depuis plusieurs mois des frappes de drones à longue portée contre des cibles situées à Moscou et dans ses environs. La capitale russe a déjà connu des fermetures temporaires d’aéroports lors de précédentes alertes liées à des drones.
La logique attribuée au projet « M&Ms » aurait été avant tout coercitive. En maintenant les aéroports de Moscou fermés, l’opération aurait privé les Russes les plus aisés d’un moyen essentiel de voyager à l’étranger, souvent via des hubs comme Istanbul et Dubaï.
Selon les sources citées par The Atlantic, cette perturbation devait briser l’idée que les élites russes pouvaient rester à l’écart des conséquences de la guerre. En compliquant leurs déplacements internationaux, Kyiv aurait espéré créer une pression indirecte sur le Kremlin et pousser Vladimir Poutine à reprendre le chemin des négociations.
Mais cette stratégie aurait également exposé l’Ukraine à un risque politique majeur. Une campagne visant l’aviation civile aurait affecté les passagers, les équipages, les employés des aéroports et des voyageurs de pays étrangers. La valeur stratégique du plan dépendait donc d’un équilibre extrêmement fragile : provoquer une paralysie durable sans déclencher une catastrophe aérienne ni faire de nombreuses victimes.
Le recours à l’autonomie ne rend pas automatiquement une arme illégale. Les questions centrales seraient plutôt les suivantes : comment les cibles ont-elles été définies ? Les drones pouvaient-ils distinguer de façon fiable un objectif militaire d’un objet civil ? Les opérateurs pouvaient-ils interrompre ou modifier l’attaque ? Quelles précautions avaient été prises pour limiter les dommages prévisibles ?
Un essaim autonome évoluant au-dessus ou à proximité d’aéroports très fréquentés aurait été confronté à un environnement particulièrement complexe : avions en approche, terminaux, pistes, véhicules au sol et personnes se déplaçant dans un espace en constante évolution. Un drone guidé par reconnaissance visuelle pourrait perdre ses repères, mal identifier un objet ou devenir impossible à rediriger si aucun humain n’exerçait plus de contrôle continu.
Ces risques renvoient aux principes fondamentaux du droit international humanitaire : distinction, proportionnalité et précautions dans l’attaque. Même si la fonction militaire ou sécuritaire d’un aéroport était visée, une opération conçue pour rendre les vols civils dangereux devrait prendre en compte le risque prévisible pour les civils et les infrastructures civiles. L’ampleur envisagée du projet aurait rendu cette évaluation encore plus difficile.
Les sources de The Atlantic affirment que Volodymyr Zelensky redoutait qu’un drone percute un avion de ligne et tue des passagers, des membres d’équipage ou des employés d’aéroport. Selon cette version, le président ukrainien craignait qu’un tel incident soit présenté comme un acte de « piraterie ». Il aurait néanmoins autorisé la poursuite de la préparation pendant plusieurs mois, en raison de l’effet diplomatique espéré.
Cette version est contestée. Un porte-parole de la présidence ukrainienne a refusé de commenter l’article, tandis qu’un autre responsable a démenti le récit en affirmant que l’Ukraine ne disposait pas d’armes à longue portée suffisamment précises et fiables pour viser les aéroports de Moscou sans exposer les civils à un risque inacceptable.
Cette contestation est essentielle pour comprendre le statut de l’information : il ne s’agit pas du récit établi d’une opération qui aurait eu lieu, mais d’une enquête sur un projet présumé, principalement fondée sur des témoignages anonymes et accompagnée d’un démenti explicite provenant de l’entourage présidentiel ukrainien.
The Atlantic relie la mise en sommeil du plan au limogeage, en juillet, du ministre ukrainien de la Défense Mykhaïlo Fedorov. Celui-ci était étroitement associé à l’essor de la production de drones et à la modernisation technologique de l’effort de guerre ukrainien. D’autres articles ont fait état de tensions entre Fedorov et Oleksandr Syrskyï, alors commandant en chef, concernant la conduite du conflit et la place à accorder aux nouvelles technologies.
Les deux hommes ont ensuite été écartés dans le cadre d’un remaniement plus large de la direction militaire. Ievhenii Khmara a d’abord été nommé ministre de la Défense par intérim, avant d’être officiellement proposé puis confirmé à ce poste, selon les informations citées dans la couverture du dossier.
Le départ de Fedorov a suscité une controverse politique et des manifestations. Des articles publiés à l’époque rapportaient également qu’il avait appelé à organiser des élections en temps de guerre. Les informations disponibles ne permettent toutefois pas d’établir que le remaniement avait été décidé spécifiquement pour faire cesser le projet « M&Ms ». Elles établissent seulement un lien entre l’arrêt présumé des préparatifs et le départ de Fedorov.
The Atlantic parle d’un plan « bloqué » ou « mis en sommeil », plutôt que d’un projet définitivement abandonné. Une version modifiée pourrait donc, en théorie, être réexaminée dans d’autres circonstances ou sous une autre direction. Mais rien dans les informations fournies n’indique que l’opération ait été relancée ou exécutée.
Il faut par ailleurs distinguer cette opération présumée de la campagne ukrainienne de drones à longue portée, qui se poursuit. Le 16 août, les autorités russes ont affirmé avoir détruit 822 drones ukrainiens à travers le pays, dont plusieurs centaines auraient été dirigés vers la région de Moscou. Reuters et NPR ont rapporté ces déclarations russes, ainsi que des dégâts et des victimes dans la région moscovite ; le nombre total d’appareils lancés et les chiffres des interceptions restent difficiles à vérifier de manière indépendante.
L’affaire « M&Ms » décrit une stratégie présumée, mais non exécutée, fondée sur la saturation : envoyer des milliers de drones bon marché et guidés par des repères visuels afin de rendre le fonctionnement normal des aéroports civils de Moscou impossible.
L’effet de levier recherché aurait été politique : perturber les déplacements de la population russe la plus fortunée pour créer une pression sur le Kremlin. Mais la principale faiblesse du projet était aussi ce qui aurait fait sa force militaire : l’emploi d’armes autonomes en présence d’avions civils, de passagers et de personnels au sol.
La campagne ukrainienne de drones contre des cibles russes est documentée par plusieurs sources. Le projet précis baptisé « M&Ms », lui, reste une allégation fondée sur des sources anonymes, contestée par un responsable de l’administration présidentielle ukrainienne et ne prouve pas que des essaims de 1 000 drones aient effectivement été lancés contre les aéroports de Moscou.
Le dispositif aurait reposé sur des appareils presque identiques, fabriqués à bas coût et déployés en très grand nombre. Leur logiciel embarqué devait exploiter des caméras pour reconnaître le relief, des bâtiments ou d’autres repères visuels. Cette technique, parfois appelée « map matching » — ou correspondance cartographique — permet à un appareil de se repérer sans qu’un opérateur humain ne contrôle en permanence sa trajectoire.
L’intérêt militaire d’un tel système tient à son échelle : même si une grande partie des drones était interceptée, une vague suffisamment importante pourrait compliquer le travail de la défense antiaérienne. Cette logique s’inscrit dans une évolution plus large de la guerre des drones, utilisés non seulement contre des objectifs militaires fixes, mais aussi pour imposer des coûts économiques et politiques loin de la ligne de front.
L’Ukraine mène effectivement depuis plusieurs mois des frappes de drones à longue portée contre des cibles situées à Moscou et dans ses environs. La capitale russe a déjà connu des fermetures temporaires d’aéroports lors de précédentes alertes liées à des drones.
La logique attribuée au projet « M&Ms » aurait été avant tout coercitive. En maintenant les aéroports de Moscou fermés, l’opération aurait privé les Russes les plus aisés d’un moyen essentiel de voyager à l’étranger, souvent via des hubs comme Istanbul et Dubaï.
Selon les sources citées par The Atlantic, cette perturbation devait briser l’idée que les élites russes pouvaient rester à l’écart des conséquences de la guerre. En compliquant leurs déplacements internationaux, Kyiv aurait espéré créer une pression indirecte sur le Kremlin et pousser Vladimir Poutine à reprendre le chemin des négociations.
Mais cette stratégie aurait également exposé l’Ukraine à un risque politique majeur. Une campagne visant l’aviation civile aurait affecté les passagers, les équipages, les employés des aéroports et des voyageurs de pays étrangers. La valeur stratégique du plan dépendait donc d’un équilibre extrêmement fragile : provoquer une paralysie durable sans déclencher une catastrophe aérienne ni faire de nombreuses victimes.
Le recours à l’autonomie ne rend pas automatiquement une arme illégale. Les questions centrales seraient plutôt les suivantes : comment les cibles ont-elles été définies ? Les drones pouvaient-ils distinguer de façon fiable un objectif militaire d’un objet civil ? Les opérateurs pouvaient-ils interrompre ou modifier l’attaque ? Quelles précautions avaient été prises pour limiter les dommages prévisibles ?
Un essaim autonome évoluant au-dessus ou à proximité d’aéroports très fréquentés aurait été confronté à un environnement particulièrement complexe : avions en approche, terminaux, pistes, véhicules au sol et personnes se déplaçant dans un espace en constante évolution. Un drone guidé par reconnaissance visuelle pourrait perdre ses repères, mal identifier un objet ou devenir impossible à rediriger si aucun humain n’exerçait plus de contrôle continu.
Ces risques renvoient aux principes fondamentaux du droit international humanitaire : distinction, proportionnalité et précautions dans l’attaque. Même si la fonction militaire ou sécuritaire d’un aéroport était visée, une opération conçue pour rendre les vols civils dangereux devrait prendre en compte le risque prévisible pour les civils et les infrastructures civiles. L’ampleur envisagée du projet aurait rendu cette évaluation encore plus difficile.
Les sources de The Atlantic affirment que Volodymyr Zelensky redoutait qu’un drone percute un avion de ligne et tue des passagers, des membres d’équipage ou des employés d’aéroport. Selon cette version, le président ukrainien craignait qu’un tel incident soit présenté comme un acte de « piraterie ». Il aurait néanmoins autorisé la poursuite de la préparation pendant plusieurs mois, en raison de l’effet diplomatique espéré.
Cette version est contestée. Un porte-parole de la présidence ukrainienne a refusé de commenter l’article, tandis qu’un autre responsable a démenti le récit en affirmant que l’Ukraine ne disposait pas d’armes à longue portée suffisamment précises et fiables pour viser les aéroports de Moscou sans exposer les civils à un risque inacceptable.
Cette contestation est essentielle pour comprendre le statut de l’information : il ne s’agit pas du récit établi d’une opération qui aurait eu lieu, mais d’une enquête sur un projet présumé, principalement fondée sur des témoignages anonymes et accompagnée d’un démenti explicite provenant de l’entourage présidentiel ukrainien.
The Atlantic relie la mise en sommeil du plan au limogeage, en juillet, du ministre ukrainien de la Défense Mykhaïlo Fedorov. Celui-ci était étroitement associé à l’essor de la production de drones et à la modernisation technologique de l’effort de guerre ukrainien. D’autres articles ont fait état de tensions entre Fedorov et Oleksandr Syrskyï, alors commandant en chef, concernant la conduite du conflit et la place à accorder aux nouvelles technologies.
Les deux hommes ont ensuite été écartés dans le cadre d’un remaniement plus large de la direction militaire. Ievhenii Khmara a d’abord été nommé ministre de la Défense par intérim, avant d’être officiellement proposé puis confirmé à ce poste, selon les informations citées dans la couverture du dossier.
Le départ de Fedorov a suscité une controverse politique et des manifestations. Des articles publiés à l’époque rapportaient également qu’il avait appelé à organiser des élections en temps de guerre. Les informations disponibles ne permettent toutefois pas d’établir que le remaniement avait été décidé spécifiquement pour faire cesser le projet « M&Ms ». Elles établissent seulement un lien entre l’arrêt présumé des préparatifs et le départ de Fedorov.
The Atlantic parle d’un plan « bloqué » ou « mis en sommeil », plutôt que d’un projet définitivement abandonné. Une version modifiée pourrait donc, en théorie, être réexaminée dans d’autres circonstances ou sous une autre direction. Mais rien dans les informations fournies n’indique que l’opération ait été relancée ou exécutée.
Il faut par ailleurs distinguer cette opération présumée de la campagne ukrainienne de drones à longue portée, qui se poursuit. Le 16 août, les autorités russes ont affirmé avoir détruit 822 drones ukrainiens à travers le pays, dont plusieurs centaines auraient été dirigés vers la région de Moscou. Reuters et NPR ont rapporté ces déclarations russes, ainsi que des dégâts et des victimes dans la région moscovite ; le nombre total d’appareils lancés et les chiffres des interceptions restent difficiles à vérifier de manière indépendante.
L’affaire « M&Ms » décrit une stratégie présumée, mais non exécutée, fondée sur la saturation : envoyer des milliers de drones bon marché et guidés par des repères visuels afin de rendre le fonctionnement normal des aéroports civils de Moscou impossible.
L’effet de levier recherché aurait été politique : perturber les déplacements de la population russe la plus fortunée pour créer une pression sur le Kremlin. Mais la principale faiblesse du projet était aussi ce qui aurait fait sa force militaire : l’emploi d’armes autonomes en présence d’avions civils, de passagers et de personnels au sol.
La campagne ukrainienne de drones contre des cibles russes est documentée par plusieurs sources. Le projet précis baptisé « M&Ms », lui, reste une allégation fondée sur des sources anonymes, contestée par un responsable de l’administration présidentielle ukrainienne et ne prouve pas que des essaims de 1 000 drones aient effectivement été lancés contre les aéroports de Moscou.