Une pénurie qui durerait jusqu’en 2028 est donc une prévision de marché cohérente avec ces déclarations, mais elle ne constitue pas une échéance garantie.
Pour Nvidia, conclure ces contrats réduit le risque de voir ses livraisons d’accélérateurs limitées par un composant externe. La mémoire HBM doit en effet être disponible, validée et intégrée au bon moment avec les nouvelles générations de plateformes GPU. Le partenariat avec SK Hynix va donc au-delà d’un simple achat : il associe la feuille de route mémoire à celle des systèmes d’IA de Nvidia.
La mémoire est traditionnellement vendue dans le cadre d’accords relativement courts, souvent renégociés chaque année. La flambée de la demande liée à l’IA pousse désormais les fabricants à rechercher des engagements de trois à cinq ans auprès des grands groupes technologiques et des opérateurs de cloud.
Ces contrats peuvent prévoir des volumes à l’avance, des formules de prix ou des prix planchers, ainsi que des garanties financières ou des paiements anticipés. Certaines clauses dites take-or-pay obligent même le client à payer les volumes réservés, qu’il les utilise ou non.
Le mécanisme donne à Nvidia une meilleure visibilité sur ses approvisionnements. Pour les fabricants de mémoire, il garantit une demande future, facilite le financement des nouvelles capacités et améliore la visibilité sur les revenus et les marges. En contrepartie, les clients peuvent se retrouver engagés à des prix élevés si le marché se retourne plus vite que prévu.
Micron a indiqué avoir signé 16 accords avec des clients stratégiques, pour une valeur rapportée d’environ 22 milliards de dollars. Ces engagements sont décrits comme des contrats de cinq ans assortis de mécanismes de prix destinés à préserver des marges élevées.
Il faut toutefois distinguer ces accords généraux des informations faisant état d’un éventuel contrat spécifique entre Micron et Nvidia : les détails publics ne permettent pas de confirmer que l’accord Nvidia correspond à l’un de ces contrats de cinq ans, ni d’en connaître les conditions.
Micron affirme que ses clients de centres de données demandent beaucoup plus de mémoire que ce que l’entreprise peut leur garantir. Une estimation citée dans la presse évoque des demandes environ 50 % supérieures aux volumes disponibles. Cette situation illustre le changement de statut de la mémoire : d’un composant interchangeable, elle devient un véritable goulet d’étranglement stratégique pour les infrastructures d’IA.
Micron investit massivement pour augmenter sa production. Son plan américain annoncé initialement prévoyait environ 150 milliards de dollars pour la fabrication de mémoire et 50 milliards pour la recherche et développement, soit près de 200 milliards au total.
L’entreprise a ensuite relevé son ambition à plus de 250 milliards de dollars d’investissements aux États-Unis d’ici 2035.
Mais ces dépenses ne peuvent pas résoudre instantanément la pénurie actuelle. La première usine de Micron dans l’Idaho, Idaho Fab 1, vise une production des premières tranches de silicium à la mi-2027, tandis qu’Idaho Fab 2 est annoncée pour la fin de 2028. La contribution réellement significative aux volumes devrait surtout apparaître à partir de 2028.
Micron a par ailleurs publié un chiffre d’affaires trimestriel record de 41,46 milliards de dollars pour le trimestre fiscal clos le 28 mai 2026. Ces résultats montrent à quel point la demande en mémoire destinée à l’IA soutient actuellement le marché.
Les accords pluriannuels rendent les approvisionnements de Nvidia plus prévisibles et peuvent l’aider à synchroniser ses lancements de GPU avec les nouvelles générations de HBM. Ils renforcent aussi le pouvoir de négociation des fabricants, qui peuvent planifier leurs investissements sur plusieurs années.
Ils ne suppriment toutefois pas le caractère cyclique de l’industrie des semi-conducteurs. Si les fournisseurs de cloud et les entreprises d’IA réservent trop de capacité sur la base de prévisions de déploiement trop optimistes, l’arrivée de nouvelles usines à partir de 2028 pourrait coïncider avec un ralentissement de la demande.
Le marché pourrait alors connaître une accumulation de stocks, des renégociations de contrats, une baisse de l’utilisation des usines et une correction brutale des prix. La question centrale sera donc de savoir si la consommation réelle de mémoire pour l’IA progressera assez vite pour absorber les capacités qui entreront en production à partir de 2028.