Le billet publié sur le site de la BCE ne constitue toutefois pas nécessairement une position officielle de l’institution dans son ensemble. Il s’agit d’une analyse d’économistes de la banque centrale.
Le chiffre de 880 milliards d’euros cité dans la question n’est pas confirmé par les sources disponibles. Les estimations rapportées font état d’environ 440 milliards d’euros d’exposition des ménages de la zone euro aux actions des « Sept Magnifiques » — Apple, Microsoft, Alphabet, Amazon, Nvidia, Meta et Tesla — notamment par l’intermédiaire de fonds indiciels et de produits d’épargne.
Le montant de 880 milliards peut correspondre à un périmètre différent ou à un doublement de l’estimation, mais les éléments disponibles ne permettent pas de l’établir. Cette distinction compte : une exposition de 440 milliards reste considérable, sans qu’il soit nécessaire de retenir un chiffre non étayé.
Le ratio CAPE de Shiller — le cours des actions rapporté à une moyenne sur dix ans des bénéfices corrigés de l’inflation — se situe autour de 41 à 41,4, un niveau proche des plus hauts atteints depuis la bulle Internet de 2000.
Cet indicateur ne permet pas de prévoir la date d’un krach. Il suggère toutefois que les investisseurs paient aujourd’hui un prix élevé pour chaque unité de bénéfice à long terme, ce qui suppose une croissance future particulièrement solide.
L’investissement américain dans les technologies, rapporté au produit intérieur brut, a également dépassé son sommet des années 1990. Les dépenses prévues par les grandes entreprises du cloud et de l’informatique ont fortement augmenté, ce qui renforce la question centrale : les revenus et les gains de productivité générés par l’IA seront-ils suffisants pour justifier ces investissements ?
Le contexte fourni évoque aussi un nouveau record de clôture du S&P 500 à 7 798,99 points et une progression de 14 % en 2026. Ces observations décrivent la vigueur du marché, mais les sources disponibles ne permettent pas d’attribuer ces chiffres précis à un avertissement formulé par la Réserve fédérale.
Les travaux et communications disponibles montrent que les équipes de la Réserve fédérale ont jugé les tensions sur les valorisations d’actifs élevées. Les ratios cours-bénéfices des actions américaines se situaient dans le haut de leur distribution historique, en partie sous l’effet des anticipations de forte croissance des bénéfices technologiques et d’un appétit élevé pour le risque.
En revanche, les éléments fournis ne montrent pas que la Fed ait elle-même publié l’ensemble des chiffres précis mentionnés dans la question — notamment un CAPE de 41,4, le record du S&P 500 ou le dépassement du pic d’investissement technologique des années 1990. Ces données proviennent d’analyses de marché et de travaux de recherche distincts.
Le financement de la course à l’IA ne repose plus seulement sur les bénéfices et la trésorerie des grandes entreprises technologiques. Les émissions de dette liées à l’IA approchaient 500 milliards de dollars en 2026 selon Goldman Sachs Research, tandis que Morgan Stanley prévoyait un montant proche de 570 milliards de dollars sur l’ensemble de l’année.
La dette associée à l’IA représentait déjà près de 15 % des émissions obligataires américaines de catégorie investissement, selon Reuters. Les besoins concernent notamment les centres de données, les puces, les réseaux et l’énergie nécessaires à l’expansion des capacités de calcul.
Le risque n’est pas uniquement celui d’une faillite immédiate. Il tient aussi au volume d’obligations à absorber, au refinancement futur et à la dépendance croissante des marchés du crédit à l’égard d’un même thème technologique.
Les entreprises peuvent recourir à des locations, des véhicules dédiés, du crédit privé, des fonds d’infrastructure ou des montages adossés à des actifs. Ces mécanismes peuvent répartir le financement au-delà du bilan directement visible des grandes entreprises technologiques.
Ils ne sont pas nécessairement problématiques en eux-mêmes. Mais ils peuvent rendre moins lisibles le niveau réel d’endettement, les besoins de refinancement et l’identité des investisseurs qui portent finalement le risque. Des engagements importants peuvent ainsi se trouver répartis entre banques, fonds privés, assureurs et autres acteurs financiers.
La comparaison avec la bulle Internet doit rester prudente : les structures actuelles ne sont pas identiques à celles de 2000. Le parallèle porte surtout sur la concentration des anticipations et sur le risque que des mécanismes présentés comme maîtrisés deviennent plus larges lorsque les prix se retournent.
Il existe aussi une différence majeure avec la fin des années 1990. Les plus grandes entreprises technologiques actuelles disposent généralement de revenus importants, de bénéfices, de flux de trésorerie et de bilans plus solides que nombre de sociétés Internet de l’époque.
C’est pourquoi un scénario de compression prolongée des valorisations — avec des cours qui progressent moins vite que les bénéfices — paraît plus plausible qu’un effondrement généralisé et instantané. Cette possibilité ne supprime cependant pas le risque : des dépenses d’investissement et un service de la dette trop élevés pourraient dépasser les revenus finalement tirés de l’IA.
Une forte baisse des valeurs technologiques américaines pourrait :
La zone euro pourrait être touchée même si elle n’est pas le principal marché des entreprises concernées. Son exposition via les fonds, les portefeuilles et les produits d’épargne la relie directement aux actions américaines, tandis que ses conditions financières dépendent fortement des marchés mondiaux.
Selon l’analyse de la BCE, les autorités monétaires et budgétaires disposent de moins de marge qu’au moment de l’éclatement de la bulle Internet pour amortir rapidement un choc. La capacité à réduire fortement les taux d’intérêt ou à mobiliser un soutien budgétaire massif est plus limitée, ce qui pourrait accroître le coût économique d’une correction désordonnée.
Le signal envoyé par la BCE et les travaux suivis par la Fed est donc moins « l’IA est une bulle vouée à l’échec » que : les prix actuels exigent une réussite exceptionnelle, tandis que la concentration des investissements, de la dette et des valorisations peut amplifier une déception.