Cette échéance n’a toutefois pas produit le compromis attendu. Trump a déclaré que l’Iran souhaitait un accord, mais pas celui qu’il juge nécessaire, et Washington a exclu une prolongation du dispositif. Le calcul américain paraît donc être le suivant : plus la pression économique s’accentue, plus les difficultés intérieures iraniennes pourraient pousser les dirigeants du pays à revoir leurs exigences.
C’est une stratégie de coercition, pas un règlement. Elle peut accroître le pouvoir de négociation américain, mais elle laisse aussi ouverte la possibilité d’une nouvelle escalade militaire.
La diplomatie américano-iranienne est rendue encore plus incertaine par des déclarations contradictoires. Jared Kushner, présenté comme un émissaire américain, a parlé de discussions « positives » et « actives » entre Washington et Téhéran. Trump a ensuite affirmé qu’aucune conversation avec l’Iran n’était en cours ni programmée.
Téhéran dément de son côté l’existence de négociations directes substantielles. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baqaei, a expliqué que les communications avec les États-Unis se limitaient à des messages transmis par des intermédiaires, tandis que les discussions principales portaient sur le transit maritime avec Oman.
Ces divergences peuvent refléter des canaux indirects, mais elles peuvent aussi servir à entretenir une ambiguïté stratégique. Pour Washington, reconnaître des négociations pourrait donner à l’Iran le sentiment que le temps joue en sa faveur. Pour Téhéran, nier des pourparlers directs permet de ne pas apparaître comme cédant sous la pression américaine.
Les deux capitales ne décrivent même pas la situation maritime de la même manière. Trump affirme que les États-Unis contrôlent entièrement le détroit d’Ormuz et que la voie navigable est ouverte. Il soutient également que les mines ont été retirées ou neutralisées, tout en maintenant que le blocus naval des ports iraniens reste en vigueur.
L’Iran affirme au contraire que le détroit demeure fermé au trafic commercial et qu’il ne sera rouvert qu’après la levée du blocus, des sanctions et des menaces militaires américaines. Des informations sur le trafic maritime ont décrit le passage comme pratiquement ou virtuellement paralysé.
Le désaccord ne porte donc pas seulement sur la circulation des navires. Il concerne aussi la question de savoir qui fixe les règles d’accès au Golfe. Washington refuse tout arrangement qui donnerait à Téhéran le contrôle des navires entrant dans le détroit, tandis que l’Iran considère la fin de la pression américaine comme une condition préalable à la reprise du trafic.
Un responsable iranien a averti que son pays pourrait passer à une posture « pleinement offensive » si un accord intérimaire n’était pas appliqué. Cette menace augmente le risque que le statu quo maritime se transforme en affrontement direct.
Les Émirats arabes unis ont annoncé la suspension, jusqu’à nouvel ordre, de l’ensemble des échanges commerciaux, transactions financières et relations économiques avec l’Iran. Abu Dhabi accuse Téhéran d’avoir tiré deux missiles balistiques ; les autorités iraniennes nient être responsables de ces tirs.
Cette décision est particulièrement importante parce que les Émirats constituent depuis longtemps un point de passage commercial et financier majeur pour l’Iran, déjà soumis aux sanctions américaines. La rupture de ces liens peut compliquer davantage l’accès iranien aux importations, aux circuits de paiement, aux devises et au commerce de réexportation.
L’effet ne serait pas uniquement extérieur. L’Iran fait déjà face à une inflation sévère et à une hausse des prix alimentaires. Une réduction supplémentaire des canaux commerciaux pourrait donc rendre les produits importés plus coûteux, accentuer les pénuries et accroître la pression sociale et politique sur le gouvernement. Cette conséquence reste une possibilité, mais elle explique pourquoi la décision émiratie peut donner une nouvelle portée à la stratégie d’isolement économique.
La situation peut durer dans un sens très limité : aucune des deux parties n’accepte les conditions de l’autre et les frappes américaines contre des cibles iraniennes ne sont plus signalées publiquement depuis la fin juillet. Mais cette apparente accalmie ne constitue pas un cessez-le-feu stable.
Les États-Unis conservent la possibilité de renforcer la pression économique ou de lancer de nouvelles frappes. L’Iran, lui, peut maintenir la perturbation du trafic maritime, brandir la menace balistique et augmenter progressivement le niveau de l’escalade. La logique actuelle ressemble donc moins à une paix froide qu’à une confrontation suspendue, susceptible de repartir à tout moment.
La durée du conflit souligne aussi l’échec de la prévision initiale de Trump. La guerre dure désormais environ 24 semaines, bien au-delà de son estimation de quatre à cinq semaines. Plus le temps passe, plus l’objectif d’une sortie rapide paraît éloigné et plus chaque concession devient politiquement coûteuse pour les deux camps.
Le détroit d’Ormuz est l’un des principaux corridors mondiaux pour le pétrole et les produits énergétiques. Les marchés commencent à intégrer l’idée que les perturbations pourraient durer plusieurs semaines ou plusieurs mois, plutôt que constituer un simple choc temporaire. Le Brent s’est rapproché de 90 dollars le baril et a atteint 91,02 dollars dans un contexte de tensions renouvelées.
Cette nouvelle donne nourrit les craintes d’un regain d’inflation. Le rendement de l’emprunt américain à 30 ans a atteint 5,327 %, son plus haut niveau depuis 2007, sous l’effet combiné des inquiétudes liées à la guerre, au prix du pétrole, aux déficits publics et aux émissions de dette.
Les actions ne sont pas épargnées. Le recul de la confiance dans une réouverture rapide d’Ormuz a pesé sur certains fabricants de semi-conducteurs et sur les marchés asiatiques sensibles aux valeurs technologiques. Des coûts énergétiques, de transport et de financement plus élevés pourraient réduire la demande industrielle mondiale et compliquer les conditions financières.
L’après-échéance de juin n’a donc pas débouché sur une nouvelle phase de négociation clairement définie. Elle a plutôt installé un rapport de force prolongé dans lequel Washington espère que le temps affaiblira l’Iran, tandis que Téhéran cherche à démontrer que le coût du blocus et de l’escalade sera mondial. Tant que ces deux calculs resteront incompatibles, Ormuz demeurera le point de bascule d’une guerre sans issue visible.