Pour que ce scénario favorable perdure, Deutsche Bank surveille de près les prix de l’énergie. Maximilian Uleer estime que les actions ne seraient pas sérieusement menacées par une remontée modérée des rendements obligataires ou des cours du pétrole tant que le Brent reste sous 100 dollars le baril. Il considère également qu’une hausse limitée des taux, provoquée par une demande plus forte, ne suffirait pas à elle seule à remettre en cause les perspectives boursières.
Un dépassement durable de ce seuil changerait toutefois la donne. Il pourrait raviver les craintes inflationnistes, accentuer la pression en faveur d’une politique monétaire plus restrictive et réduire le pouvoir d’achat des ménages ainsi que les marges des entreprises. Dans ce cas, la hausse des rendements obligataires serait plus inquiétante : elle pourrait signaler un retour du risque inflationniste plutôt qu’une simple amélioration de la demande.
L’autre avertissement de Deutsche Bank porte sur les comportements que le calme peut encourager. Lorsque la trajectoire des taux paraît prévisible et que la confiance reste élevée, les investisseurs peuvent s’endetter davantage ou accumuler des positions similaires. Cette dynamique peut maintenir la volatilité apparente à un niveau bas tout en rendant le système plus sensible à un changement soudain des prix, de la liquidité ou des anticipations de politique monétaire.
Le tableau peut alors devenir trompeur : un indice peut terminer la semaine presque inchangé alors que des investisseurs utilisant un fort effet de levier ont été contraints de vendre massivement pendant la baisse. Une faible volatilité des grands indices n’exclut donc pas des mouvements violents en séance, sur certains secteurs ou sur des positions particulières.
Deutsche Bank cite le retournement spectaculaire des actions sud-coréennes et la déboucle d’environ 16 milliards de dollars associée au fonds Situational Awareness comme des exemples de la manière dont l’effet de levier peut transformer une correction ordinaire en vague de ventes forcées et autoalimentée.
Ces épisodes ne prouvent pas, à eux seuls, qu’une crise systémique est en cours. Ils montrent en revanche pourquoi un cours de clôture calme peut dissimuler une forte instabilité. Lorsque les positions à effet de levier sont concentrées sur des stratégies comparables, une baisse initiale limitée peut déclencher des appels de marge, des liquidations, puis de nouvelles ventes.
C’est là que se trouve le paradoxe apparent du diagnostic de Deutsche Bank : le scénario macroéconomique de référence peut être sain, tandis que les mécanismes de marché deviennent plus fragiles. Le calme actuel peut confirmer la lecture d’une croissance correcte et d’une inflation maîtrisée, tout en nourrissant la confiance excessive qui provoquera plus tard un ajustement brutal.
Les résultats du deuxième trimestre de Deutsche Bank offrent un reflet concret de ce contexte favorable. La banque a annoncé un bénéfice après impôt de 1,9 milliard d’euros au deuxième trimestre 2026, en hausse de 10 % sur un an et à son plus haut niveau historique pour un deuxième trimestre. Reuters a de son côté rapporté que le bénéfice attribuable aux actionnaires avait augmenté de 10 % et que les revenus de la banque d’investissement avaient progressé de 19 %.
Le dynamisme de la banque d’investissement mondiale suggère que les clients sont restés actifs et que les marchés financiers ont continué de fonctionner dans de bonnes conditions pour les activités de conseil, de financement et de négociation. Cela renforce l’idée d’un environnement qui n’est pas globalement désorganisé.
Mais de solides bénéfices ne constituent pas un feu vert général pour les actifs financiers. Une banque peut profiter de marchés actifs tout en avertissant que l’effet de levier et les positions trop concentrées pourraient transformer une future correction en choc plus violent.
Le message de Deutsche Bank est donc conditionnel :
Pour l’instant, Deutsche Bank considère donc la faible volatilité comme un signe de solidité et de stabilisation économique réussie. Sa mise en garde est tout aussi importante : ce calme ne doit pas être confondu avec la disparition des risques de marché.