Cette réaction marque un durcissement notable de la position allemande. Berlin faisait auparavant partie des gouvernements qui empêchaient l’émergence d’un consensus européen sur des sanctions individuelles visant le ministre israélien. Il ne s’agit toutefois pas encore d’une décision formelle du cabinet allemand en faveur de son inscription sur une liste de sanctions européenne.
Le vice-chancelier et ministre des Finances Lars Klingbeil a déclaré que l’Union européenne devait examiner « très sérieusement » la possibilité de sanctionner Ben-Gvir. Il a insisté sur le fait que le gouvernement allemand ne pouvait accepter de telles déclarations, tout en distinguant son soutien à Israël de son refus de soutenir les propos du ministre.
Jürgen Hardt, porte-parole pour la politique étrangère du groupe parlementaire CDU/CSU au Bundestag, est allé plus loin en demandant explicitement que l’UE adopte des sanctions contre Ben-Gvir. Sa prise de position est politiquement importante, car elle émane du principal bloc conservateur auquel appartient Friedrich Merz, même si elle ne constitue pas une décision gouvernementale.
La nouvelle polémique ne survient pas isolément. Ben-Gvir a déjà défendu l’implantation de colonies israéliennes à Gaza et évoqué une « émigration » massive des Palestiniens, des positions largement interprétées comme favorables à leur déplacement forcé.
Son dernier appel semble franchir un seuil supplémentaire : il ne vise pas seulement des personnes présentées comme des combattants ou des menaces immédiates, mais réclame un nombre quotidien de mises à mort, accompagné d’un langage explicitement déshumanisant.
En juin 2025, le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande et la Norvège ont annoncé des sanctions et autres mesures restrictives contre Ben-Gvir et le ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich. Les cinq gouvernements les accusaient d’inciter de manière répétée à la violence contre les Palestiniens en Cisjordanie.
Dans leurs dispositifs nationaux respectifs, ces mesures comprennent notamment des restrictions d’entrée et le gel d’avoirs. La France a également interdit l’entrée de Ben-Gvir sur son territoire, tandis que l’Irlande a annoncé une interdiction de voyage visant les deux ministres.
Une inscription sur une liste de sanctions de l’Union européenne exige l’accord unanime des 27 États membres. Autrement dit, un seul gouvernement peut empêcher l’adoption de la mesure. En juin, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas avait déclaré que plusieurs pays soutenaient l’idée, mais qu’aucun consensus n’avait été trouvé.
Cette règle explique pourquoi une condamnation allemande, même plus ferme, ne suffit pas à déclencher automatiquement des sanctions européennes. Berlin devra transformer sa nouvelle position politique en soutien officiel à une proposition commune, tandis que les États encore réticents devront accepter de ne pas s’y opposer.
Les ministres européens des Affaires étrangères doivent revenir sur le sujet lors d’une réunion informelle de type « Gymnich », prévue les 1er et 2 septembre en Irlande, à Wicklow. Cette rencontre devrait servir à rouvrir les discussions plutôt qu’à adopter automatiquement des sanctions.
L’issue dépendra donc de deux éléments : la volonté de l’Allemagne de soutenir formellement l’inscription de Ben-Gvir et la capacité des autres gouvernements à parvenir à l’unanimité. Les informations diplomatiques disponibles laissent entendre qu’un accord restait peu probable avant ces discussions.