Ces probabilités évoluent avec chaque donnée économique et ne préjugent pas du vote du comité de politique monétaire. Elles montrent néanmoins qu’une hausse en septembre est devenue le scénario central des investisseurs.
Reuters a rapporté, le 14 août, que la BdJ pourrait relever ses taux dès septembre et réfléchirait à une accélération de son rythme de resserrement, actuellement d’environ deux hausses par an. Trois personnes au fait de ses réflexions ont indiqué qu’une hausse anticipée était désormais en vue, ce qui renforce la perspective d’un mouvement lors de la prochaine réunion.
Il s’agit toutefois d’informations provenant de sources anonymes, et non d’une annonce de la BdJ. Elles témoignent de délibérations internes possibles, pas d’un engagement ferme de l’institution.
Lorsqu’elle a laissé son taux inchangé fin juillet, la BdJ a averti que l’inflation sous-jacente pourrait dépasser son objectif et a insisté sur les risques de hausse des prix. Le gouverneur Kazuo Ueda a déclaré que ces risques devraient occuper une place accrue dans les discussions à partir de la réunion de septembre.
Les données de juillet sur les prix de gros ont par ailleurs montré que les tensions sur les prix s’élargissaient. Pour la banque centrale, un taux nominal de 1 % reste donc relativement accommodant en termes réels lorsque l’inflation demeure proche ou supérieure à ce niveau.
La faiblesse persistante du yen renchérit les importations et pèse sur les ménages comme sur les distributeurs japonais. Elle constitue ainsi une raison supplémentaire de réduire l’écart de taux avec les États-Unis plutôt que de compter uniquement sur les interventions de change.
Fin juillet, Tokyo et Washington ont mené une rare intervention coordonnée en achetant du yen. L’opération a temporairement soutenu la monnaie, mais les analystes ont averti que ses effets pourraient rester limités sans un soutien durable de la politique monétaire et des fondamentaux économiques.
Le yen s’est ensuite rapproché de 159,20 à 159,30 yens pour un dollar et reste sous le seuil psychologique de 160, mais les effets de l’intervention s’estompaient déjà à la mi-août. Une nouvelle dépréciation vers 160 pourrait donc raviver les spéculations sur une intervention, tout en renforçant la pression en faveur d’une hausse des taux.
Kenya Koshimizu, codirecteur de la division marchés mondiaux de Mizuho, juge la probabilité d’une hausse en septembre « assez élevée ». Il estime que la faiblesse du yen et l’inflation pourraient pousser la BdJ à raccourcir l’intervalle entre ses décisions.
Dans ce scénario, deux relèvements supplémentaires de 25 points de base d’ici la fin de l’année porteraient le taux directeur à 1,5 %. Cette projection appartient toutefois à un intervenant de marché et ne constitue pas une indication officielle de la BdJ.
Aux États-Unis, le ralentissement des ventes au détail et des données d’inflation jugées modérées ont réduit les attentes d’une hausse imminente de la Réserve fédérale. À la mi-août, les marchés estimaient à environ 31 % la probabilité d’une hausse des taux américains en septembre, contre 69 % d’ici décembre.
Si la BdJ relève ses taux alors que la Fed temporise, la divergence anticipée entre les deux politiques monétaires deviendra moins défavorable au yen. L’écart de rendement entre les États-Unis et le Japon resterait néanmoins important, ce qui limiterait probablement le soutien apporté à la monnaie japonaise.
Le principal argument contre une hausse rapide vient de l’économie réelle. Le PIB japonais n’a progressé que de 0,3 % sur un trimestre entre avril et juin, soit 1,1 % en rythme annualisé, contre une prévision de 2 %. La consommation des ménages et les dépenses des entreprises ont pesé sur l’activité.
Cette publication souligne la fragilité de la reprise et pourrait compliquer le message de la banque centrale. Reuters rapportait toutefois que cette déception, à elle seule, ne devrait probablement pas remettre en cause la perspective d’une hausse à court terme.
L’incertitude est plus grande concernant le taux terminal, c’est-à-dire le niveau auquel les hausses s’arrêteraient. La fourchette du taux neutre — le niveau théorique qui ne stimule ni ne freine l’économie — reste difficile à estimer. Elle pourrait être plus élevée si les investissements en capital entraînent des gains de productivité durables.
Certains observateurs défendent un taux final de 1,5 % à 1,75 %, tandis qu’un ancien responsable japonais des changes a évoqué un niveau supérieur à 2 %. Ces estimations sont des analyses externes, et les informations disponibles ne permettent pas d’attribuer à la BdJ une cible arrêtée.
Des hausses chaque trimestre pourraient soutenir le yen, mais elles rendraient aussi la remontée des rendements obligataires plus sensible pour un Japon fortement endetté. La question est donc à la fois monétaire, financière et budgétaire.
Une nouvelle intervention sur le marché des changes pourrait temporairement réduire l’urgence d’une hausse. Mais si ces opérations ne suffisent pas à enrayer la baisse du yen, elles pourraient au contraire accentuer la pression pour que la BdJ s’attaque à la cause fondamentale de cette faiblesse : l’écart de rendement avec les États-Unis.
L’ensemble des éléments disponibles favorise le scénario d’une hausse en septembre et rend plausible un passage à un rythme de resserrement trimestriel si l’inflation et la pression sur le yen persistent. Les marchés ont déjà largement intégré cette possibilité, Reuters fait état de réflexions internes allant dans ce sens et Mizuho juge le mouvement proche.
Mais ni la hausse de septembre ni un taux de 1,5 % en fin d’année ne sont acquis. La croissance décevante, la fragilité de la reprise et la sensibilité des finances publiques pourraient encore conduire la BdJ à temporiser ou à espacer ses décisions.