Le projet du « Board of Peace », l’instance soutenue par Washington, prévoit un désarmement progressif du Hamas, accompagné d’un retrait militaire israélien par étapes et de la reconstruction de Gaza. Le document envisage également une transition de la gouvernance du territoire, mais son application reste conditionnée par des engagements réciproques.
Netanyahu défend une position plus stricte : aucune redéploiement de l’armée israélienne et aucune reconstruction ne devraient commencer avant que le Hamas soit désarmé dans l’ensemble de la bande de Gaza.
Les responsables israéliens et américains ont annoncé la création de deux groupes de travail. Le premier doit traiter du désarmement du Hamas et de la démilitarisation de Gaza. Le second doit se concentrer sur les infrastructures civiles, notamment l’eau potable, l’assainissement et les questions de santé publique.
Les discussions ont également porté sur la possibilité de confier à un général américain la vérification de la remise ou du démantèlement des armes du Hamas. Selon la proposition évoquée, les armes seraient remises pour être mises hors service, tandis que les forces israéliennes resteraient sur place jusqu’à la confirmation du désarmement.
Ces arrangements donnent à la rencontre une apparence de progrès, mais ils ne constituent pas un accord sur les questions essentielles : le calendrier du retrait israélien, l’arrêt des opérations militaires et le début de la reconstruction restent en suspens.
Kushner a déclaré que la reconstruction ne pourrait pas commencer tant que le Hamas conserverait ses armes. Il a aussi averti qu’un refus du groupe de mettre en œuvre son engagement en faveur du désarmement pourrait conduire Washington à accorder à Israël un soutien plus large pour poursuivre ses opérations.
La communication israélienne a toutefois donné des lectures différentes de la réunion. Les déclarations en anglais ont évoqué des échanges constructifs et des avancées possibles, tandis que les informations en hébreu et les responsables israéliens ont souligné que l’armée resterait à Gaza et conserverait sa liberté d’action. Le bilan est donc celui d’une réunion positive dans le ton, mais sans percée dans les faits.
Le Hamas n’a pas accepté la séquence proposée par Israël. Le groupe affirme que la mise en œuvre de la feuille de route dépend d’abord du respect par Israël des obligations prévues par le cessez-le-feu d’octobre 2025 : cessation des violations, progression vers le retrait convenu et respect des autres engagements.
Chaque camp demande ainsi à l’autre de faire le premier pas. Israël réclame le désarmement avant le retrait et la reconstruction ; le Hamas réclame l’arrêt des attaques et le retrait israélien avant de remettre ses armes.
Mardi, une frappe israélienne a touché le café « Sweet and Bitter », dans la zone du port de pêche et du front de mer de Gaza-ville, devenue un lieu de refuge pour des personnes déplacées. Les autorités médicales palestiniennes ont fait état d’au moins six morts, dont un enfant, et de 14 blessés.
L’armée israélienne a déclaré avoir visé plusieurs commandants du Hamas qui préparaient des attaques contre ses soldats, et non le site civil en tant que tel. Des témoins et des responsables palestiniens ont indiqué que deux missiles avaient frappé le café.
Cette attaque, survenue immédiatement après une mission diplomatique présentée comme un effort pour relancer le cessez-le-feu, a renforcé le sentiment, chez les Palestiniens déplacés, que les négociations restent éloignées de leurs préoccupations les plus urgentes : la sécurité, l’accès aux soins et les conditions de vie.
Les analystes doutent d’une avancée substantielle à court terme. Netanyahu, qui se prépare aux élections israéliennes du 27 octobre, aurait peu intérêt à accepter une concession politiquement coûteuse avant le scrutin, alors que sa coalition est soumise à des pressions contradictoires.
La mission de Kushner a donc permis de maintenir le canal diplomatique ouvert et de définir des groupes de travail, mais elle n’a pas réglé le désaccord central. Tant qu’Israël et le Hamas continueront d’exiger que l’autre agisse en premier, la mise en œuvre du plan américain restera bloquée.