Les investisseurs qui apportent des capitaux aux fonds — les « limited partners », ou LP — considèrent de plus en plus leur exposition à la Chine comme difficile à liquider et exposée aux tensions politiques. Or les sociétés de capital-investissement doivent généralement vendre des participations et restituer des liquidités avant de pouvoir lever leurs fonds successeurs.
Des actifs chinois bloqués ou difficiles à céder réduisent donc l’envie d’investir davantage, tout en fragilisant la crédibilité des gestionnaires auprès de leurs souscripteurs. Les levées de fonds en dollars destinées aux stratégies centrées sur la Chine étaient déjà presque à l’arrêt dans les précédents rapports.
Le gel actuel est l’aboutissement d’une dégradation progressive, et non un phénomène apparu en 2026. Les dix sociétés auraient investi environ 137 milliards de dollars en Chine au cours de la décennie précédente, mais n’en auraient réalisé qu’environ 38 milliards lors de leurs sorties.
À la fin de 2024, aucune d’entre elles n’avait publiquement vendu ou introduit en Bourse une société de son portefeuille chinois cette année-là. Les nouveaux investissements réalisés entre le début de 2022 et la fin de 2024 ne représentaient plus qu’environ 5 milliards de dollars. En février 2026, le groupe n’avait par ailleurs annoncé aucune cession complète au public depuis deux années consécutives.
La Chine constitue une composante majeure du ralentissement plus large des levées de fonds en Asie-Pacifique. Les fonds ciblant la région ont levé 58 milliards de dollars en 2025, soit une baisse de 37 % sur un an et un plus bas de douze ans, hors véhicules libellés en renminbi.
Les investisseurs semblent désormais évaluer la « capacité d’investissement » de la Chine — c’est-à-dire la prévisibilité des règles, l’accès aux secteurs autorisés, la mobilité des capitaux et les possibilités de sortie — comme durablement dégradée, plutôt que comme simplement affectée par un cycle défavorable.
Les propositions présentées en juin 2026 pour rassurer les investisseurs étrangers pourraient améliorer le message politique envoyé au marché. Elles ne suppriment toutefois pas, à elles seules, les contraintes qui paralysent les grands fonds mondiaux : contrôles géopolitiques, application parfois opaque des règles, restrictions dans les secteurs stratégiques, faible liquidité des sorties et réticence des investisseurs institutionnels.
Dans ces conditions, la réponse chinoise paraît insuffisante pour provoquer un retour rapide des plus grandes sociétés internationales de capital-investissement.
Il faut néanmoins nuancer le tableau. L’activité globale du capital-investissement en Chine n’a pas connu un effondrement uniforme : un rapport sectoriel a fait état d’une reprise en 2025 dans la Grande Chine, avec une hausse du volume et de la valeur des opérations ainsi que des sorties.
Le résultat mis en avant par le Financial Times concerne un groupe restreint, mais très influent, de fonds mondiaux largement financés en dollars. Leurs contraintes diffèrent fortement de celles des investisseurs chinois et des fonds financés en renminbi. Le « zéro » observé révèle donc surtout que, pour les grands fonds internationaux, le rapport entre risque, financement et possibilité de sortie est devenu particulièrement difficile à justifier.